Le Japon s'interroge sur les conséquences économiques et diplomatiques de l'affaire Toyota

Publié le par Denis-Zodo

   

La classe politique japonaise n'ignore pas le risque que les problèmes rencontrés par Toyota n'endommagent les relations entre Tokyo et Washington, mais préfère croire que les intérêts commerciaux des deux pays prévaudront.

"Pour l'instant, c'est le problème de Toyota. Mais s'il est mal géré, c'est un problème qui pourrait faire tache d'huile", résume Yoshinobu Yamamoto, professeur de relations internationales à l'université Aoyama de Tokyo.

Ce pronostic fait écho à l'inquiétude du ministre des Affaires Etrangères Katsuya Okada, qui a déclaré il y a une semaine que l'affaire n'était "pas le problème d'une seule entreprise, mais un problème diplomatique".

Cette semaine, le parlementaire américain Darrell Issa a convié le patron de la marque, Akio Toyoda, à venir s'expliquer en personne devant deux commissions du Congrès américain (les 24 et 25 février), où doit déjà comparaître le patron de filiale américaine, Yoshimi Inaba.

M. Toyoda, qui a bien prévu un voyage aux Etats-Unis, n'a pas encore répondu favorablement à cette requête. M. Issa a pour sa part évoqué la possibilité d'une injonction en justice pour le faire venir, ne semblant pas reculer devant la ligne dure.

Le ministre japonais de l'Economie et du commerce Masayuki Naoshima a instamment prié M. Toyoda de faire une déclaration publique lors de son voyage américain. "Il faut que le PDG s'explique convenablement", a-t-il dit.

"Il doit se montrer et expliquer la situation, et dire ce que l'entreprise a l'intention de faire pour résoudre les problèmes", convient le professeur Yamamoto.

Avant la découverte d'anomalies en série sur les véhicules Toyota, qui a conduit au rappel pour révision d'environ 8,5 millions d'automobiles dans le monde, les sujets de contentieux existaient déjà entre les deux pays. ; rapporte la  dépêche d’associaded press.

D'une part, le Japon a mis en place sur son marché un programme d'incitation fiscale favorisant les véhicules "verts", dans lequel ne figurait aucun véhicule américain, ce dont Washington s'est plaint. Le programme a été rectifié depuis pour faire une place à des marques américaines.

D'autre part, le projet de relocalisation de la base militaire américaine de Futenma vers l'archipel d'Okinawa a été suspendu, à cause de l'opposition des habitants. Le projet complet de réorganisation des troupes américaines stationnées au Japon s'en trouve affecté, et Washington s'impatiente.

Dans ce contexte, la sortie du ministre des Transports américain Ray LaHood, qui avait conseillé aux automobilistes de laisser purement et simplement leur Toyota au garage, avait été très mal perçue. Le ministre a depuis fait marche arrière.

Pour Tsuneo Watanabe, chercheur du think tank Tokyo Foundation, la relation privilégiée entre les deux pays survivra à ces tensions, en raison d'enjeux supérieurs.

"Les deux pays connaissent l'importance de leur relation sécuritaire, c'est quelque chose qu'ils ne veulent pas fragiliser", dit-il. Une guerre commerciale comme celle des années 1980 et 90 lui semble hors de question.

C'est également le sentiment du ministre japonais des Transports Seiji Maehara, qui a rencontré mercredi l'ambassadeur américain à Tokyo, John Roos. "Un problème comme celui-ci n'affectera pas nos relations bilatérales ni notre marché libre. Ce ne serait pas dans notre intérêt", a-t-il résumé.

Toyota a d'ailleurs trouvé des avocats haut placés aux Etats-Unis mêmes, en la personne des gouverneurs de l'Alabama, de l'Indiana, du Kentucky et du Mississippi, qui ont demandé aux autorités fédérales de faire preuve de "responsabilité" dans ce dossier. La raison de cette indulgence: Toyota dispose d'usines importantes dans ces Etats.

 

 

 

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