Les Tories, en tête, n'auront pas la majorité absolue

Publié le par Denis-Zodo

 

Le Parti conservateur britannique est redevenu vendredi la première force politique à la chambre des Communes mais sans atteindre la majorité absolue, ce qui ouvre la voie à des tractations en vue de la création d'une coalition ou d'un gouvernement minoritaire.

C'est la première fois depuis 1974 que la Grande-Bretagne se trouve dans la configuration particulière d'un "hung parliament", un parlement sans majorité claire.

Après proclamation des résultats du scrutin de jeudi dans 615 des 650 circonscriptions, les conservateurs disposent de 290 sièges, le Labour du Premier ministre sortant, Gordon Brown, de 247 et les Libéraux Démocrates (centristes) de 51.

Il faut au moins 326 sièges à un parti pour disposer de la majorité absolue à la chambre basse à Westminster.

En termes de voix, cela représente 36,1% pour les Tories, 29,2% pour les travaillistes et 22,9% pour les "Lib dem".

David Cameron, chef de file des Tories qui entendent bien sortir de treize ans d'opposition, a affirmé que le Labour avait perdu toute légitimité à se maintenir au pouvoir.

"Je pense qu'il est d'ores et déjà clair que le Parti travailliste a perdu son mandat pour gouverner notre pays", a-t-il dit dès la proclamation de son élection dans la circonscription de Witney, dans l'ouest de Londres.

Dans les rangs travaillistes, on rappelle que la pratique institutionnelle donne au Premier ministre sortant la priorité pour tenter de former un gouvernement dans le contexte d'un "Parlement bloqué".

RECUL DE LA LIVRE

"Le peuple a parlé, mais nous ne savons pas exactement ce qu'il a dit", déclarait jeudi dans la soirée Ed Miliband, ministre travailliste de l'Environnement.

En pleine crise économique, ce scénario est une source d'inquiétude pour les marchés financiers. La livre sterling a du reste reculé face au dollar.

Les projections créditent au final les Tories de 305 sièges, le Parti travailliste en obtiendrait 255 et les libéraux-démocrates 61, soit deux de moins que dans le parlement sortant, ce qui serait une surprise.

Nick Clegg, chef de file des "Lib Dems", n'a pas caché sa déception: "Il est clair que c'est une soirée décevante pour les Libéraux démocrates. Nous n'avons tout simplement pas atteint ce que nous espérions".

"Nul ne l'a emporté de façon claire. Je crois qu'il vaudrait mieux que chacun, à ce stade, prenne un peu de recul pour que la population ait le meilleur gouvernement possible", a ajouté celui qui, après une prestation jugée brillante lors du premier débat télévisé entre chefs de parti, avait permis aux "Lib Dems" de grimper dans les intentions de vote.

Nombre d'observateurs parient sur un gouvernement minoritaire dirigé par David Cameron qui pourrait tenter de négocier l'appui ponctuel des petits partis nationalistes d'Irlande du Nord, d'Ecosse et du Pays de Galles, quitte à organiser plus tard de nouvelles élections.

"Cameron va obtenir la mise en oeuvre de son programme, faire la preuve de ses compétences et convoquer de nouvelles élections cet automne ou au printemps", prédit Mark Wickham-Jones, professeur de sciences politiques de l'université de Bristol.

APPEL DU PIED AUX "LIB DEMS"

Mais le Labour n'a pas l'intention de céder sans résistance. "Les règles sont qu'en cas de 'hung parliament', la priorité ne revient pas au parti ayant le plus de sièges, mais au gouvernement en place", a souligné Peter Mandelson, ministre des Entreprises.

Et il a fait un appel du pied aux "Lib Dem": "Ce que les Libéraux démocrates vont comprendre, c'est que le seul moyen qu'ils ont de faire avancer les choses sur leur priorité numéro un, la réforme du code électoral, c'est de travailler avec le Labour et non pas avec les Tories".

De source travailliste, on confirme que Gordon Brown tentera de former un gouvernement de coalition avec les "Lib Dems". Son porte-parole a toutefois indiqué que le Premier ministre n'avait pas encore pris de décision à ce sujet.

Pour Jonathan Tonge, directeur du département de sciences politiques à l'université de Liverpool, il est toutefois "pratiquement inconcevable que Gordon Brown puisse essayer de se maintenir au pouvoir". "Mais constitutionnellement, il ne fait aucun doute qu'il est habilité à tenter de former un gouvernement", ajoute-t-il.

Si l'on en croit les projections, l'addition des groupes Labour et Lib Dem aux Communes ne formerait pas une majorité absolue.

"Le Labour ne peut espérer rester au gouvernement après ce rejet humiliant. Avec 100 sièges perdus, ce serait une insulte faite aux électeurs que de prétendre le contraire", a quant à lui commenté Henry McRory, porte-parole du Parti conservateur.

Quel qu'il soit, le prochain locataire du 10 Downing Street héritera d'un déficit public record, supérieur à 11% du produit intérieur brut, et devra satisfaire, un an après le scandale des notes de frais des députés, aux appels à réformer le système politique et électoral.

Source : Reuters

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