La CIA devrait virer les agents et engager des journalistes

Publié le par Denis-Zodo

 

Si on confiait le travail de l'agence de renseignement américaine aux journalistes d'investigation au chômage?

Il est rare de pouvoir résoudre deux grands problèmes de société en un claquement de doigt, mais il me semble pourtant que je viens d'y parvenir! Enfin, au moins au sens métaphorique où Swift l'entendait dans son pamphlet satirique Une Modeste Proposition. Je suis bien certain que tous les lecteurs de Slate savent que lorsqu'au XVIIIe siècle, Jonathan Swift publia sa

Modeste Proposition contre la famine en Irlande -proposition dans laquelle il incitait les parents à manger leurs enfants- son objectif était la satire. Je dis ça parce que lorsque j'ai dévoilé ma modeste proposition à une amie journaliste, elle a pris la chose au premier degré et, effarée, s'est écriée: «C'est l'idée la plus débile que j'aie jamais entendue!» C'est justement ça, le but! Souvent, quand la situation est grave, le seul moyen de s'éclaircir l'esprit est d'exposer une idée totalement dépourvue de bon sens.

 

Ceci dit, vous savez ce qu'on dit dans les mauvais films: «C'est complètement absurde, mais ça pourrait marcher!»

«Pas tout à fait capables»

Je me lance. Ma modeste proposition pour mettre un terme aux échecs répétés des services de renseignements américains consiste à renvoyer tout le personnel de la CIA et des autres agences de renseignements, dont l'incompétence est aussi notoire que tragique, et de confier toutes les missions d'espionnage à des journalistes d'investigation mis au rancart depuis que la presse écrite a sombré dans la crise. Ceci aurait l'avantage d'améliorer nos résultats en matière de renseignements (car de toute façon, on a touché le fond) et de remettre en selle des journalistes de grand talent, rompus au travail d'enquête. Vous voyez le genre? Un peu dingues et paranos sur les bords, mais tellement pittoresques et d'une efficacité redoutable, ces journalistes faisaient jadis la grandeur du métier car ils ne se contentaient pas de prendre en sténo les déclarations de la classe dirigeante.

 

Les choses vont-elles si mal pour les services de renseignement américains? Le 20 janvier dernier, devant la commission de Sécurité intérieure du Sénat, les responsables du contre-terrorisme américain ont expliqué pourquoi ils n'étaient pas parvenus à «assembler les pièces du puzzle» au sujet d'Umar Abdulmutallab, le terroriste du vol 253, alors qu'il semble établi aujourd'hui que le monde entier connaissait ses activités.

 

Un haut responsable du contre-terrorisme a répondu avec le plus grand sérieux que son agence ne disposait pas de moteurs de recherche «équivalents à Google» qui auraient permis d'identifier l'auteur de l'attentat manqué. Lors de son audition devant le Sénat, Michael Leiter, directeur du Centre National du contre-terrorisme (NCTC), dont la mission est de recouper les données des agences de renseignement en vue d'empêcher les attentats, a déclaré ne pas disposer d'un moteur de recherche capable de comparer les différentes orthographes du nom du Nigérian ni de vérifier son lieu de naissance. «Nous n'en sommes pas tout à fait capables», a-t-il avoué, ajoutant que le centre de renseignement étudiait des solutions pour y remédier dans les semaines à venir. Cela semble difficile pour les américains, selon le site slate.fr.

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