Mesures Mangou contre le racket :pour combien de temps !!!

Publié le par Denis-Zodo

                   

« Nous avons décidé effectivement de prendre à bras le corps le problème de la lutte contre le racket ». Déclarait le chef d’état-major des Forces de défense et de sécurité ivoiriennes, le Général de division Philippe Mangou. Ces propos du chef militaire sont parus dans les colonnes du quotidien d’Etat «  Fraternité matin » du vendredi 30 mai dernier. Dans cette même interview, le Général Mangou poursuit : « il s’agit donc pour nous, d’aider les transporteurs à travailler dans de bonnes conditions sans avoir à débourser un sou ».

Vous l’avez compris. Il est question pour l’Etat de Côte d’Ivoire de combattre le racket, qui est à la base, selon des spécialistes, d’énormes pertes financières pour le pays. Ainsi, les autorités ont décidé de frapper fort les agents corrompus. Il est clair que la mesure ne fait pas l’unanimité au sein de la marée chaussée. Qu’à cela ne tienne ! Mangou et ses collaborateurs entendent aller jusqu’au bout. Ce qui du reste crée des doutes dans l’esprit de nombreux Ivoiriens qui, comme des « Saint Thomas », attendent de voir pour croire. Car, disons-le tout net. Ce n’est pas une première en Côte d’Ivoire. Des décisions draconiennes, on en prend beaucoup dans ce pays. Mais leur application sur le terrain pose problème. Souvent même, elles se retrouvent dans les tiroirs des douillets bureaux.

Le lundi 2 juin dernier, en effet, les nouvelles mesures sont entrées en vigueur. Un usager qui doutait certainement du caractère sérieux de ces mesures, s’est permis de brûler un feu tricolore, passé au rouge. Mal lui en prit. Voulant négocier avec l’agent en service, il a sorti la somme de 1000fcfa pour le soudoyer de sorte à éviter la sanction suprême qui s’élevait à 2000fcfa. Mais, l’usager s’est plutôt vu réclamer la somme à devoir, suivie d’une quittance. Les propriétaires des véhicules particuliers et de transport en commun, non en règle, l’ont si bien compris, qu’ils ont garé. Comme l’avait préconisé le général Mangou. C’est à croire que les mesures sont sérieuses. Du moins pour un début. Et le comité technique mis sur pied, comprenant le chef d’état-major, différents responsables de l’armée, de la gendarmerie, de la police, des élus de l’Assemblée nationale, des conseillers économiques et sociaux, des représentants de nos deux ports, des transporteurs, des consommateurs, etc…, est chargé de veiller au respect de ces mesures sur le terrain. Un autre ouf de soulagement, c’est la réduction des barrages routiers.

 

Suspicions légitimes

 

En dépit des professions de foi et des dispositions prises pour faire respecter les récentes mesures, les Ivoiriens estiment qu’ils connaissent assez mieux le fonctionnement de l’administration de leur pays, tout comme la mentalité de leurs compatriotes ; parmi lesquels figurent des agents des Forces de défense et de sécurité, habitués à percevoir des prébendes. On ne peut s’empêcher de le dire ; ou du moins de le penser. Le contrôle routier est un système négativement métamorphosé, et dans le fonctionnement duquel la légèreté a pris une place prépondérante. Devenue une seconde nature, la corruption, pour ne pas dire le racket, qui frise souvent même le vol chez nos agents, est une tare que d’aucuns estiment enracinée dans le vécu de ces hommes et femmes. Et donc difficile à éradiquer dans une société où les autorités ne font rien pour décourager les tricheurs. On eût dit même que celles-ci les y encouragent dans ce sens. L’organisation des examens et concours dans ce pays qu’est le nôtre, a donné l’occasion à tous, de voir le degré de corruption de la société ivoirienne.

Avec la décision énergique des autorités, à commencer par le chef de l’Etat lui-même, de mettre fin à cette gangrène, peut-on espérer avoir des lendemains meilleurs dans un pays pourri par un système laxiste ?

Mais jusqu’à quand durera cette campagne d’assainissement au sein des Forces de défense et de sécurité ?

Le mal est profond ; ça, on le sait. C’est pourquoi, il faut aller le combattre à la racine, c'est-à-dire là où sont formés nos agents.

En tout état de cause, les Ivoiriens espèrent, et c’est une doléance, que le Général Mangou et le lieutenant-colonel Ange Kessy, commissaire du gouvernement et procureur militaire, iront jusqu’au bout. Parce que les Ivoiriens sont maintenant habitués à ces mesures qui s’arrêtent toujours à mi-chemin.

Dans la même veine, rappelons que le nombre de barrages avait été porté à dix-huit(18) sur l’ensemble du territoire national au début et à la fin des années 90, puis en 2001. Mais que ne fut la surprise des Ivoiriens de remarquer qu’à chaque fois, les points de contrôle supprimés, se dressaient devant les usagers de la route. « On a tendance à dire en Côte d’Ivoire, que quand on prend une décision, c’est sur une période et après, on laisse tomber ». Semblait rassurer Mangou. Comme pour dire que cette fois sera la bonne.

Mais malgré toutes ces assurances, « wait and see », comme disent les Anglais. Parce qu’en Côte d’Ivoire, dire, ce n’est pas faire.     

 

 

 

Publié dans Politique ivoirienne

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