Les violences xénophobes en Afrique du sud

Publié le par Denis-Zodo

L’Afrique du sud est un pays de l’Afrique Australe, ayant des potentialités économiques et culturelles indéniables. Il a une croissance économique de 5% par an et représente le 1/5 de la population d’Afrique Australe avec les 5/4 de la richesse de cette zone à son actif.

Dans ce pays, le tourisme représente 8% des revenus. Malheureusement, ce pays qui doit accueillir la prochaine coupe du monde de football  à  laquelle prendra part environ un demi million de visiteurs est déchiré,  par des violences xénophobes depuis le 11 mai 2008.

Quelles sont les origines de ces crises ?

Comment, le pays dont les populations autochtones ont cohabité longtemps sans conflits jusqu’à l’arrivée des colons est devenu un foyer de troubles interminables ?

En d’autres termes, au delà de l’indignation et de l’émotion, comment peut-on expliquer cette folie meurtrière ?

L’histoire de l’Afrique du sud est très riche et très complexe, du fait de la diversité des peuples, des cultures et différences d’ethniques depuis la préhistoire. Cette parcelle de terre inhabitée a été peuplée d’abord par les Bochimans depuis plus de 25 mille ans, puis par les Bantous depuis plus de 2500 ans. Ces deux peuples ont subit des transformations progressives et cohabité paisiblement jusqu’à l’arrivée des Européens. Les khoïkhoï, c'est-à-dire bochimans pastoraux se sont déplacés vers le sud (Cap de bonne espérance). Quant aux san, ils sont restés à l’intérieur des terres tout en gardant des liens étroits avec leurs frères khoïkhoï du sud. Plus tard, la fusion khoïkhoï - san va donner les khoisan.

Les peuples bantous, au même moment vont occuper le nord-ouest et migrer  vers le kwa zulu natal, puis  l’actuel cap oriental.

Successivement, les équipages européens vont y débarquer pour explorer la zone du Natal. Lorsque commence l’exploitation des richesses, naît la première crise entre les européens et les populations autochtones. Les rescapés du naufrage d’un navire hollandais ont suscité la création d’un point de ravitaillement qui deviendra plus tard une base fortifiée. Mais cette zone habitée déjà par les khoï et les san sera très hostile à ces visiteurs commerçants, Naissent alors des relations conflictuelles puis  une collaboration qui ne va pas durer longtemps. Le territoire devenu colonie en 1691, va importer la main d’œuvre des régions voisines. Là encore, on assistera à des crises, liées à la révolte des ex claves et peuples indigènes qui dénoncent les pratiques et méthodes des colons fondés sur la corruption et les inégalités. Dans l’évolution des faits, plusieurs autres crises dont celle de la lutte pour la liberté des indigènes et la suppression de l’apartheid verront le jour. Pour mémoire, l’histoire de L’Afrique du sud est fondée sur des crises et des troubles liés à la situation économique et politique. Toute fois, il est important de retenir que, lorsque les crises éclatent en Afrique du sud, c’est dans les pays voisins que les peuples sud-africains se réfugient. Ainsi, en 1990, quand les incidents ont lieu dans les quartiers sud africains, c’est au Zimbabwe que la plupart des réfugiés ont migré. Autant dire que, l’Afrique du sud dont l’économie est attractive aujourd’hui a le devoir par reconnaissance d’accueillir sur son sol tous les pays voisins en difficultés. Depuis les derniers événements, l’Afrique du sud reçoit un fort taux d’étrangers sur son sol. A toutes fins utiles, les travailleurs migrants ont joué un rôle essentiel dans l’économie sud africaine du temps de l’apartheid. Depuis le 11 mai 2008, une violence xénophobe qui le secoue  a provoqué la recrudescence des attaques dans les faubourgs de Johannesburg avant de s’étendre à plusieurs autres provinces du pays. Ces violences qui perdurent, ont occasionné à ce jour le déplacement de plus de 35000 travailleurs étrangers, dont 20 000 Mozambicains et plusieurs zimbabwéens vers les camps de fortune. On dénombre plus de 62 morts et des centaines de blessés.

Comment comprendre que le Zimbabwe qui a toujours accueilli les membres de l’A.N.C. dans les années 1980 au plus fort de l’apartheid ait ses ressortissants dans le lot ?

De fait, excédés par le chômage et la criminalité qui ont peau de fleur en Afrique du Sud, des bandes armées s’en  sont pris aux immigrés. Ces dernières reprochent aux immigrés d’être à la base du fort taux de criminalité et du chômage dans le pays. En effet, sur cinq millions de ressortissants étrangers en Afrique du sud, on compte environ 3 millions de ressortissants Zimbabwéens, en raison de la guerre dans leur pays et à la crise économique. La violence qui secoue le pays depuis le 11 mai 2008 avec pour épicentre les bidonvilles du pays, a été savamment analysée par plusieurs observateurs chargés des questions de crises. Selon eux, les actes de vandalisme sur les étrangers tiennent leurs origines de la lutte pour la libération du peuple sud africain  fondé sur l’appel  à la vigilance. A l’analyse, on constate que les incidents sont demeurés dans les zones les plus pauvres des townships. On l’a vu,  les hôtels où sont logés les zimbabwéens ont été visités par des criminels qui ont avoué avoir reçu de l’argent pour tuer les étrangers. Les raisons sont plus d’ordre économique que politique. D’abord il convient de savoir que les transformations des économies des pays de l’Afrique Australe  depuis des années 60 ont été très négatives. La faillite des programmes d’ajustement structurel qui ont été imposés par le FMI ont appauvri tous les pays de la région. Ainsi, les personnes qui ont cru trouver une vie meilleure dans la nouvelle Afrique du sud sont désespérées. La politique économique mise en place n’a pu freiner la montée du chômage et la pauvreté. Pour preuve, plus de 12 millions de pauvres vivent de l’aide sociale en Afrique du sud, selon le Programme Alimentaire Mondial (PAM)

Or,  les capitalistes en général, et ceux de l’Afrique de sud en particulier profite de la transformation de l’économie pour exploiter au maximum les travailleurs étrangers. Justement parce que  ceux-ci ne sont pas protégés par les lois du travail. Tous les investisseurs du continent utilisent et exploitent cette main d’œuvre à bon marché. Du coup, les sud africains sont mis à l’écart, donc sans emplois. Surtout avec l’accentuation de la crise au Zimbabwe, le flux des réfugiés économiques et politiques va augmenter. Non seulement le gouvernement s’est abonné au laxisme mais aussi  aucune mesure n’est prise pour faire face à cette situation qui perdure. En effet, pour le gouvernement, ces personnes ne sont pas des réfugiés politiques mais plutôt des immigrants pour cause économique. Dans cette confusion totale sur le statut réel de ces personnes, victimes d’agressions et qui n’osent pas se plaindre tout a été rangé aux calendes grecques. En réalité, le fardeau de ces choix politiques est supporté par les pauvres qui viennent à se disputer les maigres ressources devenues rares, alors que se développe à côté une petite bourgeoisie agressive qui vit confortablement.  Le chômage touche plus de 40% de la population. Ce paradoxe, a été entretenu par le favoritisme et la corruption de la nouvelle Afrique du sud dont les dirigeants  ont usé et abusé de leur pouvoir pour accorder des avantages à leurs proches. En outre, l’arrogance  des nouveaux riches a fait naître la haine au sein des adversaires du pouvoir qui sont toujours à l’affût.     Cela évidement a aiguisé les frustrations et les sentiments de revanche. Même le parti au pouvoir a abandonné ses électeurs et sa base. La lutte quotidienne de ces derniers pour survivre dans leur environnement corrompu et hostile n’inquiète outre mesure le parti  au pouvoir. Il y’a donc un déficit de communication entre eux. Dans ces conditions, la réaction immédiate face à cette injustice   criarde est  le sentiment de revanche. C’est ce qui explique les multiples attaques xénophobes qui ont lieu depuis quelque temps en Afrique du sud. Au demeurant, les étrangers accusés de collusion avec les gouvernements pour leur voler le travail sont les cibles privilégiées de ces bandes armées. En réalité, ceux-ci, fort de plus de 5 millions de personnes sont souvent mieux formés et bon marché. Toute chose qui intéresse les potentiels employeurs. A la lumière de ce qui précède, on peut retenir que l’Afrique du sud n’a pas mis fin aux inégalités sociales héritées de la colonisation et de l’apartheid .Secoué  actuellement par les problèmes alimentaires et par une crise énergétique, il doit mettre tout en œuvre pour mettre fin à ses attaques criminelles qui ternissent son image. La situation est extrêmement grave. C’est pourquoi, le gouvernement doit sortir de son inertie pour envisager des solutions idoines. Car le danger c’est que l’aggravation des violences xénophobes peut se transformer en une rivalité ethnique et pourquoi pas en une guerre civile, si on n’y prend garde.

 

Comme on le voit, dans ces crises, les révolutionnaires exploitent la carence des services d’informations et de l’autre côté, les contre révolutionnaires exploitent et manœuvrent les plus exploités à l’insu du gouvernement aveuglé par son inertie. Il y a donc danger à l’horizon !

Pour ce faire, la nécessité de renforcer très urgemment les forces de sécurité et les agents de renseignements, arrêter, renforcer l’éducation en y intégrant les aspects du respect d’autrui, de la tolérance,  et de l’équité s’impose. Au total, il faut reconstruire en mettant l’accent sur l’intégrité, la confiance et en soumettant les gouvernements et les partis politiques à l’épreuve de la bonne gouvernance.

 

 

                                                                Paru dans le jour plus N° 1418 du jeudi 12 juin 2008

                                  

Publié dans Politique africaine

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