une année noire pour les journalistes sportifs

Publié le par Denis-Zodo

L'année 2009, entâchée d'innombrables scandales, a encore fait tomber quelques illusions sur le sport.

Le journalisme sportif est un jeu d'enfant. Pas qu'il soit facile à exercer, loin de là. Plus que tous ses autres confrères de presse écrite, le journaliste sportif est, par exemple, en permanence sur le fil du rasoir, travaillant «en direct», dès la fin d'un match, entre 23h et minuit, c'est-à-dire écrivant fiévreusement ses quelques feuillets avec, dans la tête, le compte à rebours obsédant du bouclage.

Travailler dans le sport, c'est aussi se confronter en permanence à des stars devenues les nouvelles icônes de notre époque et donc parfois aussi inapprochables qu'un dictateur nord-coréen. Avec, aujourd'hui, dans le sillage majestueux de ces vedettes tout un tas d'agents ou d'attachés de presse aussi nuisibles qu'inutiles mais qui savent transformer une simple demande d'interview en une négociation onusienne.

Mais quelle que soit sa complexité, le journalisme sportif reste, c'est vrai, un jeu d'enfant exercé par des hommes et des femmes toujours ancrés dans les souvenirs de leurs plus jeunes années, quand ils se gobergeaient de retransmissions sportives à la télé en rêvant de devenir... journalistes sportifs. Rendus à l'âge adulte, ils continuent à passer le plus clair de leur temps au bord de terrains de jeu à regarder jouer des joueurs -et par-dessus le marché, ils sont désormais payés pour cela et on leur offre la possibilité de courir le monde.

Piquette

Mais il a fait très mauvais, en 2009, sur la tête de ceux qui exercent ce métier, parfois plus en supporters qu'en analystes neutres (surtout en France). Sur le champ de ruines fumantes de l'année écoulée, le journaliste sportif -et j'en suis un- peut contempler l'étendue des dégâts. Même si les années en 9 sont rarement des grands crus (pas de Jeux Olympiques ou de Coupe du monde de football), 2009 a été une drôle de piquette qui lui a mis l'estomac en capilotade. La récolte s'annonce meilleure en 2010, marquée par les Jeux Olympiques d'hiver de Vancouver (12-28 février) et le Mondial en Afrique du Sud (11 juin-11 juillet), mais une nouvelle grêle sur ses dernières illusions n'est pas à exclure.

Tricher n'est pas jouer, dit-on dans les cours de récréation. Oui, mais tricher, c'est gagner ou au moins limiter la casse, nous a enseigné 2009, égayée par des scandales en pagaille. Comme si la gangrène du dopage n'avait pas déjà dévoré une bonne partie de notre tendre innocence. La liste est longue...

En France, il y a eu, bien sûr, la main de Thierry Henry qui a aidé les Bleus à se qualifier pour le Mondial sud-africain. Dans ce cas, le concept de tricherie est à relativiser, la défaillance de l'arbitre, seul maître à bord, étant à l'origine de cette pseudo imposture et de ce charivari médiatique. Il n'en reste pas moins qu'aux yeux du monde, l'équipe de France n'a pas triomphé dans les règles de l'art et qu'elle ne sera plus regardée de la même manière dans les mois à venir.

Tiger Woods

Aux Etats-Unis et ailleurs, on n'observera plus non plus Tiger Woods comme avant. De ce coté de l'Atlantique, on se fiche bien de savoir comment le golfeur occupait ses soirées, sauf qu'on est bien obligé de constater que sur le plan publicitaire, il s'était vendu comme une autre personne pour honorer ses contrats avec ses généreux sponsors. A sa manière, le champion n'était donc qu'un faussaire de l'image. Il a été spectaculairement démasqué. En révélant dans son livre qu'il avait échappé aux conséquences d'un contrôle anti-dopage positif à une drogue récréative en 1997, Andre Agassi a, lui, officialisé les duperies d'hier. Il nous a même confié qu'il avait toujours détesté le tennis et qu'il avait donc été un fieffé comédien.

Outre-Manche, le rugby, jusque-là plus ou moins fidèle à ses fameuses valeurs, a été plongé à son tour dans un scandale baptisé Bloodgate: un joueur de l'équipe des Harlequins a simulé une blessure en faisant exploser une capsule de sang dans sa bouche afin de permettre un remplacement. Filouterie vite repérée qui a débouché sur une suspension de trois ans du coupable.

Aux Mondiaux d'athlétisme de Berlin, Caster Semenya, venue d'Afrique du Sud, est devenue championne du monde du 800m dans une odeur de soufre. Femme? Homme? Les deux? Dissimulation? On ne sait toujours pas vraiment. Et voilà notre pauvre journaliste sportif obligé d'élargir son champ d'investigation et d'enquêter sur le sexe des athlètes qui défilent sous ses yeux comme s'il n'avait pas déjà d'autres doutes à gérer. Quand il n'est pas contraint de faire le récit des supposées pelles roulées par Richard Gasquet à une jeune femme censée l'avoir contaminé à la cocaïne et mis dans le camp des tricheurs malgré lui.

Crashgate

En 2009, la Formule 1 n'a laissé aucun répit à la conscience du journaliste sportif. Elle s'est déconsidérée (au moins) à deux reprises. Au Grand Prix d'Australie, Lewis Hamilton a délibérément menti en tentant d'induire en erreur les commissaires de course à la suite d'un dépassement. Attrapé et disqualifié, mais vite pardonné par les autorités de la F1. Cet automne, le Crashgate a explosé à la face du monde sur la foi des confessions du pilote brésilien Nelson Piquet Jr qui a avoué avoir volontairement jeté sa Renault contre un mur lors du Grand Prix de Singapour 2008, afin de favoriser la tactique de course de son coéquipier Fernando Alonso. Sachant que Piquet avait reçu l'ordre de provoquer cette sortie de route de la voix de ses patrons, Flavio Briatore et Pat Symonds.

Alors quelles tromperies sur la marchandise, ou plutôt sur la médaille, nous réserve 2010? Tremble journaliste sportif, pas même à l'abri d'un scandale lors d'une épreuve de patinage artistique des prochains Jeux de Vancouver, huit ans après le Skategate des Jeux de Salt Lake City déclenché par la juge française Marie-Reine Le Gougne, qui avait volontairement favorisé un couple russe aux dépens de leurs adversaires canadiens.

En conséquence, résolution n°1 du Nouvel An: plus question pour un journaliste sportif d'hurler dans un micro «c'est extraordinaiiiiiiiiiiiiiiiiire» ou «c'est incroyaaaaaaaaaable» ou d'employer à toutes les sauces le mot exploit complètement démonétisé. Il est temps de grandir un peu plutôt que de continuer à regarder ce gigantesque cirque avec les yeux d'un enfant. Fini de tricher avec son âge

Publié dans Communication

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