Régionales: la gauche triomphe, la droite sauve l'Alsace

Publié le par Denis-Zodo

La gauche a infligé une sévère défaite à la droite au second tour des élections régionales sans toutefois lui ravir son bastion historique, l'Alsace.

L'opposition engrange 54,15% des voix contre 35,39% à la droite parlementaire au plan national, selon des résultats partiels du ministère de l'Intérieur. Le Front national confirme, voire amplifie son score de deux à quatre points dans les 12 régions où il avait provoqué des triangulaires. Son étiage national s'établit autour de 10%.

La participation, en chute record au premier tour, est en hausse à environ 52%, profitant selon les instituts de sondage à la gauche et à l'extrême droite.

L'Alsace est désormais la seule des 22 régions métropolitaines aux mains de la droite, sa deuxième citadelle, la Corse, ayant basculé à gauche.

Après un score historiquement bas au premier tour (26,2%), la majorité, qui avait appelé un électorat démobilisé à "calmer les ardeurs" de l'opposition, limite les dégâts en conquérant, outre-mer, au moins La Réunion et la Guyane.

En Alsace, enjeu symbolique du second tour, la liste UMP conduite par Philippe Richert l'emporte avec 46,16% contre 39,27% à la liste de gauche et 14,57% à la liste FN.

C'est pour le président Nicolas Sarkozy et son Premier ministre, François Fillon, le scénario le moins humiliant, même s'il n'élude pas l'avertissement adressé par les électeurs.

Le mot "défaite" ne rebute plus l'exécutif, qui l'excluait de son lexique jusqu'ici. Le ton a radicalement changé dimanche soir mais le mot d'ordre est à la "continuité" des réformes.

François Fillon a salué "le succès" de la gauche, soulignant la "déception" de la majorité de n'avoir pas "su convaincre".

"J'assume ma part de responsabilité", a-t-il dit lors d'une allocution à Matignon.

 

REMANIEMENT GOUVERNEMENTAL ATTENDU

Le chef du gouvernement "fera le point" lundi matin à 09h00 avec le président de la République et ne présentera pas sa démission, même pour la forme, dit-on dans son entourage. Selon le secrétaire général de l'Elysée, Claude Guéant, le remaniement ministériel attendu sera "modeste" et "technique".

Les huit ministres engagés comme têtes de liste dans le scrutin ont été battus. En Ile-de-France, la ministre de l'Enseignement supérieur, Valérie Pécresse, est nettement dominée par le président socialiste sortant, Jean-Paul Huchon (44,70% contre 55,30%, selon des résultats partiels).

Le président du groupe UMP à l'Assemblée nationale, Jean-François Copé, a souhaité qu'au soir d'"une réelle défaite", "le message soit entendu" et que la droite renoue avec ses "fondamentaux".

Pour Xavier Bertrand, secrétaire général de l'UMP, "le message des électeurs, ça veut dire faire preuve de sang-froid, ça veut dire faire preuve de solidité, et ça veut dire aussi faire preuve de lucidité".

"Je n'ai pas entendu qu'on disait 'non' aux réformes", a-t-il toutefois affirmé, évoquant "un vote de crise".

La ministre de l'Economie, Christine Lagarde, juge impératif de poursuivre les réformes avec l'emploi pour priorité.

Selon un sondage TNS-Sofres Logica diffusé par France 2, 71% des Français souhaitent un changement de politique.

Nicolas Sarkozy a réuni dimanche en fin de journée François Fillon, le ministre de l'Intérieur, Brice Hortefeux, et Xavier Bertrand, notamment. Selon ce dernier, le chef de l'Etat a exhorté au "sang-froid" et à la "solidité".

La gauche s'est abstenue de tout triomphalisme, malgré l'un de ses plus hauts scores de la Ve République, et a pressé Nicolas Sarkozy d'entendre le signal en changeant "profondément" de politique.

"Nous recevons cette victoire avec responsabilité", a déclaré le premier secrétaire du PS, Martine Aubry. "C'est un encouragement et une exigence, un espoir d'une France plus juste", a-t-elle dit, appelant à la consolidation du partenariat avec Europe Ecologie et le Front de gauche.

Le PS était parvenu à des alliances dans la quasi-totalité des régions, hormis la Bretagne et le Limousin.

 

LA GAUCHE EN POSITION DE FORCE POUR 2012

Benoît Hamon, porte-parole du PS, a souhaité "qu'on puisse dire 'nous' le plus longtemps possible", se plaçant dans la perspective de l'élection présidentielle de 2012.

"Dans les semaines et les mois qui viennent, notre responsabilité est de continuer à travailler sur les solutions", a dit Cécile Duflot, secrétaire nationale des Verts.

Pour Jean-Luc Mélenchon, chef de file du Front de gauche, "la gauche doit être aussi vite que possible en situation de jouer son rôle dans le pays".

Daniel Cohn-Bendit, fondateur d'Europe Ecologie, prône "une coopérative politique", "ni parti machine, ni parti entreprise", dans une tribune à paraître lundi dans Libération.

Si elle n'obtient pas la carte "toute rose" espérée, Martine Aubry affirme son autorité au faîte d'un bloc de gauche désormais nettement majoritaire en France.

Un rapport de forces que les états-majors politiques évalueront à l'aune du rendez-vous de 2012.

Lors des précédentes régionales de 2004, la gauche avait recueilli 49,9% des suffrages, contre 38,6% à la droite parlementaire. Lors des élections européennes de juin 2009, l'UMP était arrivée en tête avec 27,8%, le PS reculant à 16,48%.

Cette embellie printanière est une victoire personnelle pour Martine Aubry, mais le très bon score de Ségolène Royal, sa rivale putative, en Poitou-Charentes (60,61%), est une épine dans sa brassée de roses.

Ségolène Royal, rivale malheureuse de Nicolas Sarkozy à la présidentielle de 2007, a demandé que le chef de l'Etat prenne "toute la mesure de cette défaite cinglante".

La dirigeante du PS devra aussi compter avec la voix dissidente de Georges Frêche, qui est réélu sous l'étiquette diverse gauche en Languedoc-Roussillon avec 54,19% des voix. Il a appelé dimanche soir à "faire de la politique autrement"

Le Front national confirme son retour à l'avant-scène.

Jean-Marie Le Pen et sa fille Marine améliorent leur score du premier tour, respectivement en Provence-Alpes-Côte d'Azur (22,8%), et dans le Nord-Pas-de-Calais (22,2%).

"La seule nouveauté, c'est la victoire du Front national", a déclaré le président du FN.

Source : Reuters
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