POURQUOI S'ATTAQUER à UNE EQUIPE DE FOOT.

Publié le par Denis-Zodo

 

Après avoir perdu un bras et la plupart de ses amis dans la lutte armée pour l'indépendance de l'enclave de Cabinda, Pedro Puna a renoncé à une guérilla que l'attentat de vendredi contre l'équipe du Togo de football a ramenée sur le devant de la scène.

S'il condamne cet acte revendiqué par ses anciens camarades du Front de libération de l'Etat de Cabinda (Flec), l'ex-rebelle âgé de 50 ans dit comprendre la colère que les habitants de l'enclave angolaise continuent à ressentir envers le pouvoir.

Lui-même vit dans un village de préfabriqués des faubourgs de Cabinda construit pour loger d'anciens combattants du Flec, mais aussi de l'Unita, autre mouvement rebelle, et des forces angolaises (FAA).

"On vit ici depuis février. Nous sommes mêlés aux anciens membres de l'Unita et des FAA. L'ambiance est bonne, mais les conditions de vie ne sont pas parfaites", dit-il, en frappant sur le mur bien mince d'un préfabriqué.

A ses côtés, Modesto, 69 ans, raconte avoir combattu pendant 34 ans dans les rangs du Flec. Aujourd'hui colonel, il a été reversé dans l'armée après l'accord de paix conclu en 2006 par le Forum cabindais pour le dialogue, qui regroupait la plupart des anciens combattants séparatistes.

L'accord a toutefois été rejeté par une fraction du Flec, emmenée par son président, N'Zita Tiago, qui vit aujourd'hui en exil à Paris et les violences se sont poursuivies. Ce dernier a précisé que l'attentat de vendredi ne visait pas les footballeurs togolais, mais leur escorte angolaise.

"PLEIN DE PÉTROLE"

Comme Pedro, Modesto est loin de se satisfaire de son sort. Il regrette notamment de ne pas bénéficier davantage des revenus tirés des importants gisements pétroliers de l'enclave.

"On n'a pas d'eau courante. De temps en temps, il y a des pannes de courant de trois ou quatre jours. Si on ne paye pas, pas moyen d'avoir de l'essence, alors qu'il y a plein de pétrole, ici, à Cabinda", déplore-t-il. Dépêche  Reuters

Les racines du conflit sont profondes et complexes, mais la répartition des revenus pétroliers de l'enclave, séparée du reste de l'Angola par une bande de terre appartenant à la République démocratique du Congo, est l'un principaux griefs des rebelles.

"Je vois qu'ils (les membres du gouvernement) gagnent beaucoup d'argent avec le pétrole, mais je continue à vivre sans eau courante et sans électricité. Comment expliquer ça? Parfois, je comprends le Flec, même si je ne soutiens pas le terrorisme", renchérit un autre Cabindais ayant requis l'anonymat.

Les gisements au large des côtes du Cabinda valent à l'ancien territoire portugais le surnom de "Koweït de l'Afrique". Ils fournissent plus de la moitié de sa production de deux millions de barils par jour. Cela permet à l'Angola de disputer au Nigeria le titre de premier producteur du continent.

Le pétrole représente 90% des recettes d'exportation du pays, qui, depuis l'accord de 2006 avec le Flec, réinvestit sur place 10% des royalties tirées de l'or noir cabindais.

En juin, Amnesty International a dénoncé les détentions arbitraires et les actes de torture infligés, selon elle, aux Cabindais soupçonnés de liens avec la guérilla . pourquoi s'attaquer à une équipe de foot-ball   ?

 

 

 

 

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