Petite histoire européenne des unions homosexuelles

Publié le par Denis-Zodo

La première décennie du XXIe siècle aura été celle de la reconnaissance, en Europe, des couples de même sexe. Depuis la création, au Danemark, du premier partenariat homosexuel, en 1989, cinq pays se sont engagés dans la voie du mariage gay : les Pays-Bas, la Belgique, l'Espagne, la Suède et la Norvège. L'Allemagne, la Finlande, la Grande-Bretagne, la Suisse et la France ont, plus modestement, créé des partenariats civils qui permettent aux couples de même sexe d'organiser leur vie commune.

Nés dans la foulée des textes antidiscrimination européens, les premiers débats sur la reconnaissance des couples homosexuels voient le jour en Scandinavie, à la fin des années 1980. "Les pays nordiques portent une attention particulière à l'égalité des droits, au développement de l'individu et à l'intégration des minorités dans l'Etat", souligne Marie Digoix, historienne à l'Institut national d'études démographiques, dans un livre collectif Mariages et homosexualités dans le monde (Autrement, 2 008).

Rapports d'enquêtes, commissions de réflexion, débats parlementaires : en 1989, le Danemark ouvre la voie en créant un "partenariat enregistré" réservé aux couples de même sexe. "Dans les années 1970-1980, le Danemark occupe une position particulière dans l'espace nordique, poursuit Marie Digoix. Considéré comme le carrefour scandinave de la vie homosexuelle, le pays est alors reconnu pour son libéralisme sexuel." Quatre ans plus tard, la Norvège suit son exemple en instaurant, elle aussi, un partenariat pour les couples de même sexe.

En 1994, le Parlement européen vient consolider ces expériences : à la suite du rapport de la députée néerlandaise Claudia Roth, il demande aux Etats membres de mettre un terme aux discriminations envers les homosexuels avant de lancer un appel en faveur de la reconnaissance des couples de même sexe. Les pays scandinaves, où le débat est déjà bien avancé, décident de s'engager dans cette voie : la Suède crée un contrat inspiré du modèle danois en 1995 ; l'Islande, en 1996.

"Affinité élective"

En dix ans, ce partenariat, qui paraissait totalement révolutionnaire dans les années 1980, finit par convaincre de nombreux pays européens. La France instaure ainsi en 1999 un "pacte civil de solidarité" (pacs) ouvert à tous les couples, tandis que l'Allemagne crée en 2001 un "partenariat de vie" permettant aux homosexuels de porter le même nom et de bénéficier, en matière d'héritage, des mêmes droits que les couples mariés. Ils sont rejoints en 2002 par la Finlande, en 2006 par la République tchèque, en 2007 par la Suisse.

Ces réformes mènent bien vite à un débat plus large sur l'ouverture du mariage aux couples de même sexe. Quelques années suffisent pour que cinq pays européens mettent les couples sur un pied d'égalité : le mariage gay est reconnu en 2001 aux Pays-Bas, en 2003 en Belgique, en 2005 en Espagne, en 2009 en Suède et en Norvège. Signe que les temps ont changé, cette petite révolution est, dans certains pays, approuvée par les autorités religieuses : lors d'un synode réuni en octobre 2009, l'Eglise luthérienne de Suède approuve ainsi officiellement le mariage des homosexuels. Au fil des ans, le mariage gay est entré dans les moeurs : en Espagne, plus de 5 000 couples homosexuels se sont unis entre 2005 et 2008. "Quoi qu'on en pense, l'autorisation du mariage homosexuel est pour ainsi dire inscrite dans le "sens de l'Histoire" pour une raison de fond, écrivait en 2007 le philosophe Luc Ferry dans un rapport du Conseil d'analyse de la société. Depuis l'"invention" du "mariage d'amour" au XVIIe siècle, les motifs traditionnels du mariage - le lignage et la religion - se sont progressivement estompés au profit du sentiment ou, pour parler comme Goethe, de l'affinité élective." Indique Le Monde

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