Persistance des tensions à Téhéran et arrestations d'opposants

Publié le par Denis-Zodo

La tension, selon l’Agence Reuters, demeure palpable dans les rues de Téhéran, au lendemain des affrontements entre partisans de l'opposition et forces de sécurité qui ont fait au moins huit morts et ont conduit à l'arrestation de plusieurs membres de l'opposition.

La chaîne de télévision en langue anglaise Press TV a fait état de huit morts lors des heurts qui ont endeuillé la fête religieuse de l'Achoura, citant un bilan fourni par le Conseil suprême de la sécurité nationale.

Dans un premier temps, la police iranienne avait annoncé que cinq personnes avaient été tuées lors de ces émeutes qui ont embrasé les rues de la capitale et de plusieurs villes du pays, à Qom, Shiraz, Ispahan, Najafabad, Mashhad et Babol.

Ces violences, vivement dénoncées par les opposants au pouvoir, sont les plus meurtrières depuis les manifestations sanglantes consécutives à l'élection présidentielle du 12 juin qui avait vu la réélection de Mahmoud Ahmadinedjad.

"Ce sont les plus violents affrontements que nous ayons vus depuis le mois de juin", a reconnu un diplomate occidental en poste à Téhéran.

Selon lui, ces nouvelles victimes risquent d'exacerber les tensions en Iran, entraînant de nouvelles vagues de protestation et une répression accrue de la part du pouvoir.

La tension demeurait grande lundi dans la capitale iranienne où les policiers ont fait usage de gaz lacrymogènes pour disperser des partisans de Mirhossein Moussavi, principal adversaire d'Ahmadinedjad.

 

"MORTS SUSPECTES"

 

Les manifestants entendaient rendre hommage au neveu de Moussavi tué dimanche et présenté comme un martyr. "Un groupe de partisans de Moussavi s'est rassemblé devant l'hôpital Ibn-e Sina où se trouve le corps de son neveu. La police a fait usage de gaz lacrymogènes pour les disperser", indique le site Norooz.

La télévision d'Etat a affirmé qu'Ali Habibi Moussavi Khamene avait été victime d'agresseurs inconnus et la police a annoncé que les "morts suspectes" faisaient l'objet d'enquêtes.

Un haut responsable de la police iranienne, cité par la télévision, a indiqué que les forces de sécurité n'ont pas fait usage d'armes, voulant sans doute signifier d'armes à feu.

Bien que soumises à une intense pression de la rue, les autorités iraniennes semblent conserver la haute main sur l'appareil de sécurité qui demeure fidèle au guide suprême, l'Ayatollah Ali Khamenei, a précisé ce diplomate.

Quelque 300 manifestants, dont des membres de l'organisation des moudjahidines Khalq, groupe d'opposants en exil, ont été arrêtés lors de ces émeutes qui ont fait des dizaines de blessés parmi les membres des forces de l'ordre, précise la police.

Selon le site réformateur Jaras, l'opposant Ebrahim Yazdi, chef du Mouvement pour la liberté, organisation interdite, et ancien ministre des Affaires étrangères dans le premier gouvernement né de la révolution islamique de 1979, a été arrêté à son domicile lundi matin.

Yazdi, déjà interpellé lors des manifestations de juin, est une des voix qui compte au sein de l'opposition, même si son audience dans l'opinion publique demeure limitée.

Jaras a précisé que trois conseillers de Moussavi avaient également été interpellés lundi.

 

"POINT DE RUPTURE"

 

Face à ce nouvel embrasement, le réformateur Mehdi Karoubi, un proche de Moussavi, a accusé les dirigeants iraniens d'être responsables de la mort de civils innocents.

"Qu'est-il arrivé à ce régime religieux pour qu'il en vienne à ordonner que l'on tue des innocents en ce jour saint de l'Achoura ?", a demandé Karoubi, membre du clergé chiite et ancien candidat à la présidentielle de juin.

"Pourquoi une journée aussi sainte n'a-t-elle pas été respectée par les dirigeants ?", a-t-il encore interrogé dans un communiqué publié par Jaras.

Le site a signalé dimanche que des violences avaient éclaté dans plusieurs villes, mais aucune de ces informations n'a pu être vérifiée de manière indépendante ; les journalistes étrangers n'étant pas autorisés à couvrir ces événements.

Le procureur de la ville de Tabriz a démenti les informations de Jaras, précisant à l'Agence Isna, qu'aucune manifestation ne s'était déroulée dans sa cité.

Un groupe de théologiens de la ville sainte de Qom a appelé les autorités "à identifier ceux qui se trouvent derrière ces événements et à prendre les mesures appropriées pour les contrer et les punir suivant les critères légaux et religieux".

Pour Trita Parsi, spécialiste des questions iraniennes, ces violences pourraient constituer un "point de rupture".

"Le peuple d'Iran est le principal protagoniste de ce drame, utilisant les mêmes symboles que ceux employés lors de l'instauration de la République islamique afin de fermer le chapitre d'un siècle de lutte en faveur de la démocratie", a jugé Parsi, président du Conseil national irano-américain.

 

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