Pékin défend sa politique de changes et nie des manipulations

Publié le par Denis-Zodo

 

La Chine a vivement défendu sa politique de changes mardi, niant toute manipulation du yuan et rejetant l'argument selon lequel une hausse du yuan réduirait le déficit commercial américain avec la Chine.

Lors de conférences de presse différentes, une porte-parole du ministère des Affaires étrangères et deux économistes du gouvernement ont laissé entendre que la devise chinoise pourrait reprendre sa hausse après 20 mois de pause, mais ils ont également prévenu que Pékin agirait prudemment et selon ses propres modalités.

"Nous ne voulons pas voir notre taux de change rester inchangé", a ainsi déclaré Zhang Yansheng, directeur général de l'Institut pour la recherche économique internationale, un groupe de réflexion du Comité national de développement et de réforme, une agence de planification importante.

S'exprimant devant les caméras d'une chaîne de télévision indienne, le secrétaire américain au Trésor, Timothy Geithner, a déclaré que la réévaluation par Pékin de sa monnaie ou son maintien en l'état relevait du "choix de la Chine", tout en indiquant qu'un yuan plus flexible serait de son intérêt.

Il avait annoncé samedi le report sine die de la publication d'un rapport prévu pour le 15 avril et qui était susceptible d'accuser la Chine de "manipuler sa devise", également connue sous le nom de renminbi (RMB).

Zhang Yansheng a salué cette annonce de Washington, qu'il a considérée comme "une bonne chose", mais il a averti que la réforme en matière de changes prendrait du temps.

MANQUE D'EXPÉRIENCE AVEC LES TAUX FLOTTANTS

Rendre le yuan plus souple est une tâche difficile, notamment en raison de l'absence d'instruments de couverture en Chine et du manque d'expérience des sociétés chinoises dans la gestion d'un taux de change flottant, a souligné l'économiste.

De son côté, une porte-parole du ministère des Affaires étrangères chinois, Jiang Yu, a déclaré que son pays continuerait d'améliorer son régime de change, mais qu'il ne le ferait qu'en fonction du calendrier et des méthodes de son choix.

La porte-parole a indiqué que la Chine ne manipulait jamais le yuan et a appelé les deux pays à résoudre leurs différends par le dialogue.

"Le taux de change du renminbi n'est pas la raison principale du déficit commercial entre la Chine et les Etats-Unis", a-t-elle déclaré lors d'un point de presse. "Bien entendu, une appréciation du RMB n'est pas la solution à un rééquilibrage des échanges commerciaux entre la Chine et les Etats-Unis."

Le ministère des Affaires étrangères n'a pas en principe voix au chapitre en matière de politique de change, laquelle répond principalement à des préoccupations intérieures, telles que la nécessité de maintenir la croissance économique et l'emploi.

ÉLARGISSEMENT POSSIBLE DE LA BANDE DE FLUCTUATION

La devise chinoise est de nouveau liée au billet vert, à hauteur d'un dollar pour 6,83 yuans, depuis juillet 2008, une décision prise par Pékin afin d'aider les exportateurs à faire face à la crise du crédit. Au cours des trois années précédentes, Pékin avait laissé le yuan s'apprécier progressivement de 21% face au dollar.

Les marchés financiers espèrent que la Chine permettra à sa devise de reprendre sa progression durant l'année afin de contenir l'inflation et de soutenir la demande intérieure.

L'une des possibilités serait que l'appréciation du yuan s'accompagne d'un élargissement de sa bande de fluctuation, ce qui constituerait déjà une amélioration.

De fait, le yuan ne peut actuellement pas évoluer de plus ou moins 0,5% par rapport à un taux de change fixé quotidiennement par la banque centrale.

Ba Shusong, vice-directeur général de l'Institut d'analyse financière et économiste du gouvernement chinois, a esquissé un tel scénario mais a également dit que la Chine devrait être très prudente quant au calendrier retenu et à l'évolution de la devise.

La porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères a toutefois rappelé que toute évolution de la politique monétaire chinoise se ferait en respectant trois principes: qu'elle commence à l'initiative de Pékin et qu'elle s'opère de manière contrôlée et graduelle.

Source : Reuters

 

Publié dans Economie

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