Les socialistes divisés sur le maintien de la retraite à 60 ans

Publié le par Denis-Zodo

 

 

 

Martine Aubry a évoqué la possibilité d'aller «vers 61 ou 62 ans», à condition de prendre en compte la pénibilité et l'emploi des seniors alors que Benoît Hamon a rappelé l'attachement du parti au maintien de l’âge de départ à la retraite à 60 ans.

Les socialistes sont-ils prêts à serrer les rangs sur la réforme des retraites, grand rendez-vous social de l’année 2010? Pas sûr à en croire le récent cafouillage sur un point des plus symboliques, le maintien de l’âge légal de départ à la retraite à 60 ans.

Interrogée, dimanche, au Grand Jury RTL-Le Figaro-LCI,, relayer par lemonde.fr. Martine Aubry a semblé juger inévitable de repousser cet âge de départ: «Je pense qu’on va très certainement aller vers 61 ou 62 ans, je n’imagine pas qu’on aille plus loin, mais à condition qu’on traite le problème de la pénibilité et des seniors», a-t-elle admis.

«Une sortie irresponsable»

Le lendemain, lors de son point-presse hebdomadaire, son porte-parole tente de rectifier en minimisant la divergence: «Elle a dit que c’était un élément du débat, elle n’a pas dit que c’était la position du PS que de reculer l’âge du départ à la retraite». Benoît Hamon va plus loin, défendant mordicus le seuil des 60 ans: «Aujourd’hui, l’âge légal du départ à la retraite est de 60 ans et le PS a toujours dit qu’il était attaché à ce que ce soit l’âge du départ à la retraite.»

Le secrétaire national, Razzy Hammadi, le confirme quelques heures plus tard à l’AFP: «Une position en faveur de l’allongement de la durée de cotisation, dans le cadre de la réforme des retraites, n’engage ni le PS et son bureau national, ni ses militants qui n’ont à aucun moment été consultés.»

Le député PS Henri Emmanuelli a, lui aussi, fait valoir, ce mercredi son désaccord avec la numéro un socialiste et défendu, sur RTL, la retraite à 60 ans comme «une conquête sociale majeure». Reculer sur ce point serait, selon lui, «un très mauvais signal, un très mauvais symbole»: «pour revenir là-dessus, il faudrait vraiment qu’on soit dans une situation catastrophique, ce qui n’est pas le cas.»

Le porte-parole du PCF Olivier Dartigolles s'en était mêlé mardi dans l'après-midi. Il a appelé la patronne du PS à «se ressaisir», dénonçant «une sortie irresponsable» et «totalement désespérante pour l’électorat de gauche» et estimant que lâcher du lest sur la question de l’âge légal signifiait «renoncer à gauche à une réforme juste et efficace».

Le porte-parole du gouvernement, Luc Chatel, s’est fait, jeudi matin, un plaisir d’appuyer sur les divergences du PS, faisant mine d’attendre «avec une certaine impatience» les propositions socialistes sur les retraites. Sur Europe 1, il avoue avoir «un peu de mal à les comprendre» pour l’instant, «puisque Mme Aubry, dimanche, annonce qu’elle revient sur la retraite à 60 ans, immédiatement contredite par son porte-parole et par les caciques du parti».

Rocard «heureux qu'Aubry lève un obstacle»

Mais plusieurs responsables socialistes sont disposés à mettre de l’eau dans leur vin. Ainsi, le député-maire d’Evry, Manuel Valls, est de «ceux qui pensent depuis longtemps qu’il faut évoluer» sur la question des retraites, invoquant, sur France 2 ce mardi, le fait qu’«il y aura demain beaucoup plus de retraités par rapport aux actifs, qu’il y a des déficits importants sur le plan financier, que tout simplement on va vivre plus longtemps». Valls, qui souhaite un «pacte national» entre pouvoir et opposition, penche pour «une retraite à la carte, qui ne soit pas figée» et «intègre la question de l’emploi des seniors, la pénibilité du travail».

Michel Rocard a carrément salué, ce mardi, «le courage» de la première secrétaire du PS qui, selon lui, «a raison» d’envisager un recul de l’âge de départ à la retraite. Sur la radio BFM, il s’est dit «heureux que Martine Aubry lève un obstacle». L’ancien premier ministre socialiste, lui, est convaincu depuis belle lurette. Rappelant que «la fixation de l’âge du départ à la retraire à 60 ans comme un droit s’est faite en 1981 ou en 1982, à un Conseil des ministres» auquel il participait - en tant que ministre du Plan du gouvernement de Pierre Mauroy, il ajoute: «Tous les ministres compétents en économie, Jacques Delors, moi et quelque-uns, nous étions catastrophés, nous savions très bien que cette mesure n’était pas compatible avec l’évolution de la démographie française», a-t-il raconté.

«Le PS prêt à participer à un débat honnête»

Au delà de cette seule mesure, d’autres socialistes ont pointé la nécessité d’aboutir à un consensus avec le pouvoir, si celui-ci joue, de son côté, la concertation. Claude Bartolone, député PS de Seine-Saint-Denis, a assuré, sur Europe 1, que les socialistes étaient «prêts à participer à un débat qui soit honnête» sur les retraites. «Mais il ne faut pas que cela revienne «simplement à avoir l’opposition pour obtenir un aval», a-t-il prévenu.

Sur France Inter,  Arnaud Montebourg s’est dit, à son tour, «favorable», «à titre personnel», à un «compromis national sur le dossier majeur» des retraites, si l’exécutif «s’interdit par avance de passer en force», alors que le député de Paris, Jean-Marie Le Guen, a écrit à Martine Aubry pour que le PS demande «officiellement» au gouvernement à être «associé» aux discussions. Dans cette lettre qu’il a publiée sur son blog, il note que l’attitude du PS sur ce chapitre a jusqu’alors été «cantonnée» à «la seule dénonciation» et qu'il lui faut désormais établir ses «propres propositions».

La première secrétaire, elle-même, s’était dite ouverte à un débat «si le président de la République est prêt à travailler véritablement pour que nous trouvions des principes justes», en «gardant la retraite par répartition». «Si pour la première fois nous avons, depuis que Nicolas Sarkozy est au pouvoir, une réforme juste, qui va dans le sens du progrès social et règle un vrai problème, je serais heureuse d’y contribuer», lance-t-il.

 

 

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