Les affidés du pouvoir aux trousses du général Konaté

Publié le par Denis-Zodo

Les occidentaux basés à Conakry et plusieurs affidés du pouvoir en Guinée, voient désormais en Dadis Camara,   le garant d’une transition politique pacifique dans le pays. C’est pourquoi, ils manifestent pour exiger son retour au pays.  Mais en réalité, plusieurs raisons militent en faveur de ces actions. Ceux qui soutiennent Dadis ne le font pas objectivement, ils le soutiennent pour plusieurs raisons divergentes, d’autres le soutiennent pour le simple fait qu’ils sont de la même ethnie ou région, donc voient  en cela, leur tour, comme il est de coutume en Guinée. D’autres le font pour s’enrichir et ne veulent pas abandonner cette « mangeoire » qui est une machine pour nourrir leur famille. Pour les uns, le retour de ce dernier entraînerait  inéluctablement des risques de guerre civile et de divisions de l'armée, et des menaces sur les prochaines élections. Un éventuel retour en Guinée du chef de la junte suscitait en effet, de nombreuses inquiétudes à Conakry, avant sa « libération » par le Royaume chérifien où il recevait des soins après son assassinat manqué le 3 décembre 2009.

On entend souvent dire "Le retour de Dadis Camara dans les conditions actuelles risque de provoquer une guerre civile en Guinée".

Dans cette tractation pour réclamer le retour de Dadis ou le maintien de Sékouba Konaté en Guinée, la vérité pointe à l’horizon.

L'hypothèse d'un retour imminent du chef de la junte en Guinée est-il possible ?

Dadis est encore en convalescence et cela nécessite un bon temps. De plus, le pays tente de sortir avec Sékouba Konaté, de la grave crise provoquée par le massacre de plus de 150 opposants le 28 septembre 2009 à Conakry. Son arrivée imminente suscitait des inquiétudes de la communauté internationale, notamment des Etats-Unis, et de la population à Conakry. C’est pourquoi, les autorités politiques, notamment le facilitateur de la crise Guinéenne, Dadis et le président intérimaire de ce pays, ont trouvé un consensus consistant à laisser Konaté conduire la transition à terme. Le chef intérimaire de la junte, le général Konaté, s'est dit prêt à partager le pouvoir avec l'opposition lors d'une période de transition devant mener à des élections présidentielle et législative. Pourtant, selon Moussa Keïta, ministre secrétaire permanent du Conseil national pour la démocratie et le développement (CNDD, junte), le président Dadis rentrera quand il l'aura décidé. Ce qui est conforme à la déclaration que ce dernier a lui-même faite à Ouagadougou : "J'ai besoin de repos, donc d'une période de convalescence, après laquelle je serai libre d'aller où je le choisirai".

Quel est l’avenir de Dadis ? Konaté Est-il sincère dans sa dernière démarche qui a consisté à nommer des personnes civiles ? Quelle est sa véritable marge de manœuvre ?

 

Le ministre de la Défense va –t-il faire oublier définitivement  Camara ?

Sékouba Konaté  a nommé un Premier ministre issu des rangs de l’opposition et a ouvert ainsi la voie à la formation d’un gouvernement d’union nationale et posé les jalons d’un processus censé rendre le pouvoir aux civils par la voie des urnes. En effet, Sékouba Konaté a bel et bien participé au coup d’Etat qui a porté au pouvoir une junte dont il a par prudence,  refusé de prendre la tête. Il a préféré rester loin des considérations politiques pour se concentrer sur les questions militaires.

Sommé d’assurer l’intérim de Camara hospitalisé au Maroc, il ressent une peur effroyable. En effet, propulsé à un poste qui suscite bien des convoitises au sein d’une junte minée par les luttes de clans, le général Konaté craint pour sa sécurité. Avant de répondre favorablement à la demande des Occidentaux qui lui demandaient d’accélérer le retour à la démocratie dans son pays, il n’a pas hésité à obtenir des États-Unis et de la France une aide technique qui devrait lui permettre de restructurer une armée guinéenne réputée instable, sinon frondeuse. On le sait, c’est en quête d’un leader courageux que les putschistes confié les rênes du Comité national pour la démocratie et le développement (CNDD) au capitaine Moussa Dadis Camara, le très populaire directeur général des hydrocarbures de l'armée. Le général parachutiste est loin d’un politicien averti. De plus, il reconnaît la côte de popularité de Dadis. Dans ces conditions, il ne peut avancer qu’avec l’onction de celui-ci. C’est pourquoi, le général Sékouba Konaté s’est entretenu avec son compagnon d'armes, le capitaine Dadis Camara, en présence du Président Blaise Compaoré, médiateur dans la crise guinéenne. Cette rencontre avait pour but de trouver un terrain d'entente sur un éventuel retour du chef de la junte en Guinée. Après sa tentative de démission, par crainte de représailles, il a eu le quitus de Dadis au Burkina faso. C’est pourquoi, il s’est donné six mois pour offrir à ses concitoyens une élection présidentielle libre et transparente. Six mois durant lesquels il devra s’assurer qu’aucun militaire mal intentionné ne veut prendre sa place. Cependant, il doit faire attention car les affidés du pouvoir et les faucons sont autour de lui. En face, le peuple et la communauté internationale l’attendent. Mais qu’il sache que le discours émis peut rattraper. Surtout, dans un pays dirigé depuis plus de 25 ans par les militaires, la défiance reste toutefois de mise. En effet, par le passé, beaucoup de promesses de ce genre ont été faites. Mais elles n’ont jamais été tenues.

                                             Le contraste de l’opposition

Le problème de l’opposition guinéenne, c’est qu’elle ne veut pas de la junte non pas parce qu’elle ne peut pas gérer le pays, mais  pour la simple raison qu'elle est constituée de militaires. C’est pourquoi,  il a dit ceci au chef de la junte : « c’est une erreur de croire que le pays a besoin de nous, au contraire, il est fatigué de nous ».

Cependant, ils sont convaincus que seule la junte est capable d’organiser des élections libres et transparentes à l’issue de laquelle un régime civile sera élu. Ce qui confirme la déclaration de Dadis selon laquelle, ni les membres de la junte, ni les membres du gouvernement de transition ne seront habilités à se présenter aux élections présidentielles réclamées par la communauté internationale. Manifestement, aujourd’hui, nombre d’observateurs se demandent en effet si la junte acceptera de céder les clés de la Présidence à des politiques depuis trop longtemps éloignés de la chose publique.

Car, on ne se gène plus de s’interroger si le général Konaté bénéficie de suffisamment d’appuis au sein de l’armée ?

A la vérité, Dadis est toujours là, car dit-il, à la fin de sa déclaration à Ouagadougou :"Konaté et moi-même continuerons à travailler ensemble à une transition réussie, afin de permettre l'élection d'un Président choisi démocratiquement

Publié dans Politique africaine

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