. Le président de l'Université libre de Tunis critique M. Ben Ali : l'établissement devra fermer.

Publié le par Denis-Zodo

 

Pour Mohamed Bouebdelli, il s'agit d'une "décision politique, dictée par la haine et la vengeance". Quatre mois après avoir publié sur Internet un livre critique sur le président Ben Ali, le fondateur et président de l'Université libre de Tunis (ULT) a été sanctionné. Sa création, sa fierté - la plus ancienne des universités privées de Tunisie -, s'est vu notifier la suspension de ses activités par le ministère de l'enseignement supérieur.

Née il y a trente-cinq ans, l'ULT, très cotée en Tunisie, forme chaque année 1 500 étudiants en ingénierie, architecture, droit et gestion. Elle n'a désormais plus le droit de prendre de nouvelles inscriptions. Tout juste est-elle autorisée à achever les cursus en cours.

Officiellement, l'ULT présente "nombre de carences et irrégularités d'ordre administratif et pédagogique". Pour Mohamed Bouebdelli, ces reproches ne sont qu'"une mise en scène destinée à (le) sanctionner".

C'est en octobre 2009 que cet ingénieur de formation, qui a passé vingt ans de sa vie en France avant de regagner la Tunisie en 1972, bascule dans l'opposition ouverte au président Ben Ali. Il met en ligne un ouvrage - Le jour où j'ai réalisé que la Tunisie n'est plus un pays démocratique (www.bouebdelli.com) - dans lequel il rappelle les promesses de M. Ben Ali au moment de son arrivée au pouvoir en 1987 et souligne ses reniements. Dans la foulée, l'auteur avance une série de propositions pour faire de la Tunisie un pays démocratique.

Au sein de l'opposition, le "ralliement" de Mohamed Bouebdelli en fait grogner quelques-uns. Si l'homme est reconnu pour ses compétences d'éducateur - outre l'université, il a créé un collège et un lycée privés -, on lui reproche d'avoir mis trop de temps avant de se démarquer franchement du pouvoir. D'autres, au contraire, voient en lui un symbole éclatant de l'échec du régime. "Ben Ali décourage même ceux qui sont les mieux intentionnés à son égard, souligne un observateur. Bouebdelli aurait pu être son allié, pas son adversaire ! Mais il a fini, comme tant d'autres, par se lasser du système."

"Le déclic"

En réalité, avant même d'entrer en dissidence ouverte, Mohamed Bouebdelli avait déjà des ennuis avec le régime. Tous les cinq ans, un membre du clan au pouvoir (les Ben Ali ou les Trabelsi, du nom de l'épouse du chef de l'Etat) lui réclamait un passe-droit pour l'un ou l'autre de ses protégés. Passe-droit qu'il refusait, affirme-t-il, malgré les sommations et les mesures de rétorsion. La tension montait.

En mai 2007, c'est le clash. On lui annonce la fermeture de son lycée, vraisemblablement pour ne pas faire de concurrence à l'école que vient d'ouvrir l'épouse du chef de l'Etat... "Ç'a été le déclic. J'ai compris ce jour-là ce qu'était l'arbitraire", dit-il.

M. Bouebdelli reçoit chaque jour des manifestations de sympathie, de parents d'élèves autant que de policiers ou de cadres de l'administration, tous consternés par la sanction qui frappe l'université. "Les gens sont scandalisés, mais ils sont paralysés par la peur. Chacun me dit : "Je suis avec vous, mais j'ai une famille, comprenez-moi"", soupire-t-il. Contactées par Le Monde, les autorités tunisiennes n'ont pas souhaité réagir.

 

 

 

Publié dans Politique africaine

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