Le Premier ministre éthiopien en quête de reconnaissance

Publié le par Denis-Zodo

Le Premier ministre éthiopien, Meles Zenawi, a invité mardi la communauté internationale à prendre acte de la large victoire de son parti aux élections législatives, malgré les réserves des observateurs européens.

Sans remettre en cause l'issue du vote, la mission d'observation de l'Union européenne considère que les conditions du scrutin de dimanche n'étaient pas suffisamment équilibrées et "penchaient dans de nombreuses régions en faveur du parti au pouvoir".

Le Front démocratique révolutionnaire du peuple éthiopien (FDRPE), au pouvoir depuis deux décennies, a remporté 499 des 536 circonscriptions dont les résultats ont été annoncés par la commission électorale. Le Parlement compte 547 élus. Les résultats définitifs devraient être proclamés le 21 juin.

"Il y a eu des informations faisant état de harcèlement et d'intimidation, y compris des cas de violence relevés à la fois par l'opposition et, dans une certaine mesure, par le parti au pouvoir", a déclaré le chef de la mission européenne, Thijs Berman, lors d'une conférence de presse.

Ces manquements, a-t-il ajouté, "nous ont conduits à la conclusion que le processus électoral n'avait pas répondu à certaines normes et exigences internationales. Cela signifie que l'issue a probablement été affectée dans une certaine mesure. Mais cela ne signifie pas qu'elle est elle-même invalide."

Des dizaines de milliers de partisans de la formation au pouvoir se sont massés sur une place d'Addis-Abeba pour fêter la reconduction de Meles Zenawi, que l'opposition et des mouvements de défense des droits de l'homme disent entachée de fraudes.

Les autorités ont promis de punir toute incitation à l'agitation postélectorale. En 2005, de nombreux représentants de l'opposition avaient été arrêtés après les émeutes qui avaient alors suivi la victoire contestée de Meles Zenawi.

"RESPECTER NOTRE CHOIX!"

"Le vote populaire ne sera pas remis en cause par des forces étrangères", a dit le Premier ministre, s'adressant à ses partisans sur la place Meskel de la capitale.

"Certains de nos amis étrangers nous ont déçus, mais c'est du passé. Nous les exhortons désormais à reconnaître le choix du peuple. La politique de la haine n'a plus cours. Aucune vie ne doit être sacrifiée dans des violences électorales", a-t-il poursuivi, s'exprimant à l'abri d'une vitre blindée.

"Respectez notre vote! Respectez notre décision! Respectez notre choix!", a scandé la foule.

"Même si vous n'avez aucun siège au Parlement, nous promettons de vous consulter sur les thèmes d'intérêt national. Nous vous considérons comme une part importante de cette renaissance", a ajouté Meles, à l'adresse des chefs de file de l'opposition.

Le FDRPE faisait face à une alliance de huit partis, le Medrek (Forum), dans la plus vaste région d'Ethiopie, l'Oromie, pays des Oromos qui forment le premier groupe ethnique du pays.

Dans un entretien accordé dimanche à Reuters, Meles Zenawi disait s'attendre à une victoire confortable sur la base de ses succès économiques et de la réforme du paysage politique et judiciaire. L'Ethiopie a connu une croissance à deux chiffres ces sept dernières années, mais 10% de la population dépendait encore de l'aide alimentaire extérieure l'an dernier.

Le gouvernement a beaucoup investi dans les infrastructures et Meles souhaite à présent intensifier la production d'électricité, améliorer les télécommunications et développer l'industrie.

Le Premier ministre est arrivé au pouvoir en 1991, lorsque son mouvement rebelle a mis fin à une dictature communiste responsable de plusieurs centaines de milliers de morts.

Si le pays a connu depuis lors un retour à la stabilité et un net essor économique, les chancelleries occidentales souhaitent voir l'Ethiopie devenir un pôle démocratique face à l'islam radical qui s'enracine en Somalie voisine.

Meles, qui a représenté l'Afrique lors d'importantes réunions internationales, avait été encensé par les Occidentaux en 1991. Il est aujourd'hui de plus en critiqué par des militants des droits de l'homme qui l'accusent d'une dérive autocratique.

Source : Reuters

 

Publié dans Politique africaine

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