Le Nigérian de bonne famille devenu apprenti terroriste

Publié le par Denis-Zodo

Vêtu d’une tenue d’hôpital vert pâle, menotté à son fauteuil roulant, Omar Farouk Abdulmutallab souriait, samedi 26 décembre, lorsqu’il a été entendu par le juge Paul Borman, dans une salle de l’hôpital de Detroit. Il portait des bandages aux poignets et sur les mains, et a répondu sobrement aux questions du juge, assis à une distance respectable, à l’autre bout d’une longue table, rapporte lemonde.fr.

La question va hanter les proches du jeune Nigérian : comment un garçon de bonne famille, éduqué dans les meilleurs établissements de l’élite africaine, a-t-il pu tenter de commettre un attentat-suicide qui a failli coûter la vie à près de 300 personnes, et a semé le chaos dans les transports aériens mondiaux ?

Appartenant à l’ethnie haoussa, prédominante dans le nord du Nigeria à majorité musulmane, Omar Farouk Abdulmutallab est le fils d’Omar Mutallab, un banquier fortuné, ancien ministre du développement, qui a créé la première banque islamique du pays, la Jaiz International Bank.

 

"LE PAPE"

 

Adolescent, Omar Farouk Abdulmutallab fréquente la British International School de Lomé, au Togo, où se mêlent les enfants de l’élite africaine. Sur la BBC, un ancien professeur d’histoire, Michael Rimmer, l’a décrit comme un élève "très assidu, enthousiaste, très brillant, très poli", le "rêve de tout professeur". Le jeune garçon est déjà très religieux, au point que ses camarades le surnomment "le pape". "Il avait cette espèce d’aura de saint", a expliqué à l’Associated Press l’ancien professeur.

En 2001, au cours d’un débat sur l’Afghanistan, le jeune homme avait défendu le régime des talibans. A l’époque, son professeur pense qu’il se fait l’avocat du diable. Et s’il proteste contre la visite d’un pub (parce qu’on y vend de l’alcool) au cours d’un voyage à Londres, il ne montre "aucun signe d’intolérance" à l’égard de ses amis catholiques.

Comment expliquer sa dérive ? La réponse passe peut-être par Londres, où le jeune homme a étudié, d’octobre 2005 à juin 2008, à l’University College, un établissement réputé, fréquenté par de nombreux étudiants étrangers. Omar Farouk Abdulmutallab habite alors dans la demeure cossue de ses parents sur Mansfield Street, dans le quartier huppé de Marylebone. "Il faisait toujours le strict minimum" et interrompait souvent son travail "pour aller prier", a expliqué à The Independent, Fabrizio Cavallo Marincola, un ancien camarade. "Il était assez calme, fréquentait peu de gens et n’avait pas, autant que je sache, de petite amie. (…) On n’aurait jamais pu imaginer qu’il puisse faire une chose pareille", a ajouté l’étudiant.

A en croire sa famille, c’est pourtant durant cette période que le jeune homme aurait été converti à l’islam radical. Lorsque, après un passage par l’Egypte et les Emirats arabes unis, il part pour le Yémen, coupant tout lien avec sa famille, son père, qui soupçonne une dérive extrémiste, contacte, en novembre, l’ambassade américaine au Nigeria. Le nom du jeune homme est alors inscrit sur une liste américaine où sont recensées près de 550 000 personnes soupçonnées de sympathies terroristes.

Mais lorsqu’Omar Farouk Abdulmutallab monte à bord du vol 253 de la Northwest, muni d’un visa valide pour les Etats-Unis, personne ne l’arrête, alors qu’il porte sur lui de l’explosif militaire que lui ont remis, selon ses dires, des responsables d’Al-Qaïda au Yémen.

Selon Jasper Schuringa, le passager néerlandais qui s’est interposé pour l’empêcher de faire exploser sa bombe, le jeune homme nigérian ne s’est pas débattu. "Il était très calme, c’est tout. Il tremblait, mais il n’a pas du tout résisté", a-t-il expliqué sur CNN. "Il avait l’air parti", a-t-il ajouté.

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