Le conflit du Sud-Soudan pourrait devenir, selon des ONG, "l'une des plus grosses urgences en Afrique en 2010"

Publié le par Denis-Zodo

La guerre civile du Darfour, dont l'intensité s'est relativement atténuée, a éclipsé l'autre foyer de tension soudanais, situé au sud de ce pays. Or ce conflit-là reprend de l'ampleur et risque de "devenir l'une des plus grosses urgences en Afrique en 2010", a averti, jeudi 7 janvier, un groupe de dix organisations non gouvernementales (ONG), dont Oxfam et le Secours catholique dans un rapport alarmant.

Le Sud-Soudan, aussi vaste que la France, à dominante chrétienne et animiste, est sorti en 2005 de vingt-deux années d'un autre conflit sanglant, qui l'opposait au pouvoir central, musulman, de Khartoum. Mais les ratées du plan de stabilisation mis en place sous l'égide de l'ONU et le retour de la violence menacent de replonger le Sud-Soudan dans "une grande instabilité" à l'approche de deux échéances politiques majeures : les élections législatives d'avril et surtout le référendum d'autodétermination du Sud, prévu pour janvier 2011.

Le document des ONG analyse la montée des périls dans une région dont les habitants tardent à bénéficier des "dividendes de la paix". "Aux yeux de la plupart des citoyens ordinaires du Sud-Soudan, (...) aucun développement significatif n'a été constaté à la suite du conflit", constate amèrement le document.

Ces derniers mois, les violences se sont multipliées. Exacerbées par la rareté de l'eau et de la terre et par des haines ethniques, dans un contexte de dissémination des armes où les plaies du dernier conflit ne sont pas refermées, elles ont causé la mort de 2 500 personnes en 2009 et contraint 350 000 autres à se déplacer. Accentuée par des précipitations erratiques, cette insécurité a compromis les quelques progrès enregistrés et "considérablement aggravé la situation humanitaire", écrivent les ONG.

Augmenter les moyens

Mais les difficultés sont aussi d'ordre institutionnel : le gouvernement local semi-autonome est dépassé, la mission des Nations unies peu efficace, des financements sont perdus dans une tuyauterie complexe et des querelles de boutique opposent les agences de l'ONU aux ONG.

Le rapport dresse un tableau peu reluisant des actions menées sur le terrain et plaide pour une remobilisation de la communauté internationale. Il exhorte par exemple "les donateurs, le gouvernement (du Sud-Soudan) et la Banque mondiale (à) se coordonner pour garantir que les 350 millions de dollars restant" de l'aide prévue "soient dépensés de sorte à fournir des résultats tangibles pour la population". La Mission des Nations unies au Soudan (Minus) n'est pas épargnée : forte de 3 000 agents, elle "pourrait en faire plus avec les ressources existantes (...) pour contribuer à réduire les risques auxquels sont exposées les commmunautés".

Devant pareille situation, le rapport réclame que les autorités soudanaises et la communauté internationale agissent "de façon immédiate et concertée", non seulement pour parer aux urgences, mais pour enclencher des processus de développement dans une région riche en pétrole. Estimant "indispensable d'augmenter les moyens déployés pour fournir les services de base pendant et au-delà de la période du référendum", le document demande que les fonds dégagés soient mis "directement à la disposition des ONG" et invite le gouvernement semi-autonome à "renforcer ses capacités à garantir la sécurité interne".

Alors que le renouvellement du mandat de la Minus doit être débattu en avril, le rapport exhorte le Conseil de sécurité à "faire de la protection des civils une priorité" pour sortir le Sud-Soudan du cercle vicieux de la violence et du sous-développement, devoile le Monde

Publié dans Politique africaine

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