La famille Ben Laden vue par Omar, un des fils d'Oussama

Publié le par Denis-Zodo

 

Très autoritaire, Oussama ben Laden n'a jamais été un père facile. Un livre écrit par un de ses fils et des informations fournies par une de ses filles qui a trouvé refuge dans l'ambassade d'Arabie Saoudite en Iran, apportent un nouvel éclairage sur la grande famille du cerveau des attentats du 11 septembre 2001.

Il y a deux semaines, ce fils, Omar ben Laden, a révélé que beaucoup des enfants qui habitaient avec leur père en Afghanistan s'étaient enfuis en Iran après l'intervention américaine de la fin 2001, et qu'ils se trouvaient toujours ensemble dans un site protégé par une enceinte à Téhéran, sous la garde d'Iraniens.

La confirmation a été donnée par des informations selon lesquelles une de ses filles, Eman ben Laden, 17 ans, était réfugiée à l'ambassade d'Arabie Saoudite à Téhéran. Des responsables saoudiens négocient avec les autorités iraniennes pour permettre à Eman de rentrer en Arabie Saoudite, où elle est née. Omar ben Laden a dit à l'Associated Press mardi qu'il avait demandé, ainsi que sa femme et sa mère, des visas pour se rendre à Téhéran et essayer de faire accélérer le dossier d'Eman.

Omar et son épouse, Zaïna Alsabah, ont ensuite envoyé un courriel à l'AP pour dire que Bakr, un autre fils de Ben Laden âgé de 16 ans, avait été autorisé à partir le 25 décembre. Il se trouve désormais avec des parents, souligne le courriel, en précisant seulement que ce n'est pas en Arabie Saoudite.

La famille de Ben Laden avait déjà été placée sous les projecteurs fin octobre dans "Growing Up Bin Laden", un ouvrage écrit par Omar et sa mère, Najwa ben Laden.

Le livre évoque de nombreux enfants -il pourrait y en avoir 20 de différentes femmes- élevés dès leur plus jeune âge par un père autoritaire fuyant le luxe qu'il aurait pu s'offrir avec la fortune dont il avait hérité.

La mère et le fils racontent que les enfants ont grandi en Arabie Saoudite, au Soudan et en Afghanistan, sans jouets, qu'ils étaient fréquemment battus et ne riaient jamais, et qu'ils perdaient les uns après les autres leurs animaux domestiques, souvent empoisonnés par des hommes de son père qui se livraient à des expériences.

Quand ils sont devenus de jeunes adultes, leur père leur a demandé d'être volontaires pour des missions suicide. Lorsqu'Omar a protesté, Oussama ben Laden aurait répondu: "Tu n'a pas plus de place dans mon cœur que n'importe quel homme ou garçon dans le pays tout entier. C'est vrai pour tous mes fils."

C'est alors, a raconté Omar, que "j'ai enfin su exactement quelle était ma place. Mon père haïssait ses ennemis plus qu'il n'aimait ses fils". Omar a confié à l'AP qu'il avait visité les camps d'entraînement de son père en Afghanistan et été envoyé au front pendant la guerre civile qu'a connue ce pays dans les années 1990.

"J'ai failli perdre la vie de si nombreuses fois", a-t-il déclaré. "Les gens peuvent se demander pourquoi j'ai quitté mon père. Je l'ai quitté parce que je ne voulais que personne choisisse ma destinée (...) Et je crois que j'ai choisi correctement, car j'ai choisi la vie. J'ai choisi la paix."

Oussama ben Laden avait 17 ans quand il a épousé une de ses cousines syriennes, Najwa, alors âgée de 15 ans. Le couple a vécu dans la ville portuaire de Djeddah (ouest), où Ben Laden s'est marié avec trois autres femmes. Il en prendra une cinquième, probablement yéménite, en Afghanistan.

Dans la chaleur suffocante de Djeddah, Ben Laden interdisait réfrigérateurs et climatiseurs. Quand Omar a eu des problèmes liés à son asthme, son père lui a ordonné de se soigner avec du miel et des oignons.

Au début des années 1990, Ben Laden s'est brouillé avec la famille royale saoudienne à propos de la présence de troupes dirigées par les Etats-Unis sur le sol saoudien, et il est parti avec ses épouses et ses enfants au Soudan. Là, il a acheté des fermes, fait pousser des tournesols et monté plusieurs affaires.

Lors d'une nuit à camper en dehors de Khartoum, la capitale soudanaise, Ben Laden a demandé à ses fils aînés de creuser des fossés dans le désert, et a ordonné à ses épouses et enfants de se coucher dedans, selon le livre. Quand quelqu'un se plaignait du froid du désert, Ben Laden lui disait de se couvrir de terre ou d'herbe. "Ne pensez pas aux renards ni aux serpents", leur aurait-il alors dit. "Des épreuves stimulantes nous attendent."

En 1994, le gouvernement saoudien a retiré sa citoyenneté à Ben Laden. Contraint de quitter le Soudan en 1996, il s'est installé en Afghanistan, à Tora Bora. Omar a quitté l'Afghanistan et sa famille en 2001. Le 9 septembre 2001, sa mère, Najwa, a quitté Ben Laden et est retournée vivre en Syrie avec un fils et ses deux plus jeunes filles, laissant Eman et d'autres enfants avec leur père.

Dans le livre, Omar raconte qu'un jour, son père lui a parlé de son intention de détruire les Etats-Unis de l'intérieur. "Je suis resté muet", a raconté Omar. "Je voulais seulement qu'il soit comme les autres pères, préoccupé par son travail et sa famille."

 

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