La censure du Parlement, une aubaine pour Hamid Karzaï ?

Publié le par Denis-Zodo

 

Après la censure partielle de son cabinet par le Parlement, le président Hamid Karzaï se voit offrir l'occasion de remodeler le tout récent gouvernement afghan en présentant cette fois une équipe sans reproche.

Les parlementaires ont récusé samedi dernier 17 des 24 membres de l'équipe proposée par Karzaï, un rejet perçu comme une défaite personnelle pour un chef de l'Etat réélu au terme d'un scrutin en août largement entaché de fraudes, indique l’Agence Reuters.

Toutefois, certains analystes font remarquer que ce contretemps pourrait en fait constituer une aubaine pour le président afghan, lui offrant l'occasion de se débarrasser de plusieurs figures à la réputation gênante dans un pays où la corruption demeure un mal endémique.

Hamid Karzaï a pris lundi un décret présidentiel ordonnant aux députés de continuer à siéger pendant la session hivernale et ils ont accepté mardi de prolonger leurs travaux jusqu'à ce qu'un nouveau gouvernement obtienne la confiance des élus.

Le président Karzaï devrait présenter samedi une nouvelle équipe ministérielle, a indiqué Hasib Noori, responsable des relations avec la presse à la chambre basse.

Les députés devront se prononcer sur une liste de 18 noms, le portefeuille des Affaires étrangères qui ne figurait pas dans la précédente proposition ayant été ajouté aux 17 postes dont les candidats ont été récusés.

"Le parlement va examiner leurs références et leurs projets et il votera", a déclaré Noori, précisant n'avoir aucune indication sur les noms qui pourraient figurer sur cette deuxième liste. Un haut responsable a déclaré lundi que certains récusés pourraient être à nouveau retenus, mais cette fois à un autre portefeuille.


INTENTIONS CACHÉES ?

Si les Nations unies ont interprété ce veto parlementaire comme un revers problématique, certains notent que cela ressemble plutôt à une seconde chance pour Karzaï.

"Karzaï n'est pas si mécontent que ça", juge Wahid Moudjdah, écrivain et analyste installé à Kaboul. "Il peut choisir 17 autres personnes et peut-être, cette fois, inclure des personnalités qui bénéficient de la confiance de la communauté internationale".

Réélu dans des conditions contestables, Hamid Karzaï est un homme politique habile qui a su composer avec les pressions occidentales et avec un équilibre complexe des forces au sein de l'administration afghane.

La communauté internationale a accueilli avec satisfaction les nominations de personnes de confiance aux ministères de la Défense, de l'Intérieur, des Finances et de l'Agriculture, qui constituent des postes-clés.

En revanche, des réserves se sont exprimées concernant les noms de personnalités dont la réputation n'était pas exempte de reproche, comme Abdoul Rachid Dostum accusé par l'Occident de crimes de guerre et de violations des droits de l'homme.

Des analystes avancent l'hypothèse que Karzaï ait pu volontairement inclure dans sa première liste de telles personnalités, comptant sur leur récusation, afin de mieux s'en débarrasser sans apparaître comme responsable de cet échec.

"Maintenant il peut dire: j'ai fait de mon mieux, mais mes mains sont liées par le parlement", a expliqué un diplomate étranger en poste à Kaboul.

Même ceux qui ne lui prêtent pas d'intentions cachées reconnaissent que ce veto peut être bénéfique à Hamid Karzaï.

"Je ne crois pas que Karzaï ait conçu un tel plan mais, maintenant, il a l'occasion d'apparaître comme un leader national", estime Haroun Mir, co-fondateur du Centre afghan pour la recherche et les études politiques à Kaboul.

"Il peut inviter l'opposition à participer et personne ne peut le lui reprocher car il peut dire: nous sommes dans une situation délicate", ajoute-t-il.

Le porte-parole de Karzaï a publiquement démenti que le président avait anticipé un rejet des parlementaires, mais cette position officielle n'est pas admise par tout le monde.

"Un ministre, qui n'a pas été nommé, m'a dit que Karzaï lui avait confié: 'ce n'est pas le cabinet définitif. Cela va être une très longue procédure'. Ça signifie que Karzaï savait qu'il y aurait des récusations", rapporte Wahid Moudjdah.

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