L'avenir de l'Afghanistan en jeu à Londres

Publié le par Denis-Zodo

           

Invité jeudi d'une conférence internationale sur l'avenir de son pays, Karzaï doit convaincre les alliés de soutenir sa politique de réconciliation avec les talibans.

 

On ne verra pas les talibans, même s'ils font beaucoup parler d'eux lors de la conférence sur l'avenir de l'Afghanistan qui se tient ce jeudi à Londres avec les représentants d'une soixantaine de pays, dont Hillary Clinton, Bernard Kouchner et le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon. Mais la vedette de la réunion sera incontestablement le président afghan Hamid Karzaï. Un chef d'État sous pression : réélu l'an dernier lors d'un scrutin marqué par des fraudes massives, actuellement incapable de compléter la formation de son gouvernement, il vient de repousser de quatre mois les prochaines élections législatives. Surtout, ses soutiens occidentaux le tiennent désormais en piètre estime et l'accusent de traîner les pieds en matière de gouvernance, de défense, de développement et de lutte contre la corruption.

          Contreparties démocratiques

C'est donc un président afghan sur la défensive qui va s'efforcer à Londres de «vendre» sa politique de «réconciliation nationale» avec les talibans. L'appui des pays occidentaux risque d'être mesuré. Les États-Unis ont exclu de négocier directement avec les talibans. Mais, avec en tête l'exemple du retournement des tribus sunnites en Irak, ils ne sont pas hostiles à la main tendue du président Karzaï envers les éléments les plus modérés des talibans. Selon le Times de lundi, les participants de la conférence de Londres approuveront d'ailleurs la politique consistant à rétribuer les insurgés pour obtenir leur ralliement.

À la veille de la conférence, cette démarche a reçu un coup de pouce de l'ONU, qui a retiré cinq talibans de sa liste des personnes faisant l'objet de sanctions pour leurs liens passés avec al-Qaida. Selon un diplomate occidental, ces cinq hommes, pour la plupart des anciens ministres du régime taliban, sont désormais considérés comme des «talibans modérés», avec lesquels Kaboul pourrait ouvrir un dialogue. Les talibans ont fait savoir à la veille de la conférence qu'ils n'entendaient pas répondre à ces sollicitations et qu'ils continueraient la lutte contre l'«invasion» étrangère.

De leur côté, les Occidentaux exigeront sans nul doute des contreparties de leur partenaire afghan. Ce dernier devra notamment rassurer ses alliés sur sa capacité de gouverner démocratiquement et d'assumer le transfert progressif de la sécurité aux forces afghanes. Cette question clé sera au cœur de la conférence, tant elle préoccupe les pays de l'alliance qui, sans toujours le dire, commencent sérieusement à envisager leur «sortie». Selon la presse britannique, les Occidentaux pourraient toutefois avoir encore à combattre les talibans pendant cinq ans avant que les Afghans ne puissent prendre le relais. Une échéance bien plus lointaine que celle évoquée par Barack Obama, qui a annoncé le début du rapatriement des troupes pour juillet 2011. Washington demandera donc une nouvelle fois à ses alliés de s'impliquer davantage.

L'échec ou le succès de l'engagement de la communauté internationale dépendent de la conférence de Londres, a dramatisé mercredi Angela Merkel. L'Allemagne a annoncé mardi l'envoi de 850 hommes supplémentaires. La France attendra quelques jours pour indiquer sa contribution ?CITE LEFIGARO.FR

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