L'aide tarde à parvenir aux sinistrés haïtiens

Publié le par Denis-Zodo

 La communauté internationale a promis d'aider à la reconstruction de Haïti, mais dimanche, les rescapés du tremblement de terre de mardi avaient toujours le plus grand mal à se procurer eau, vivres et médicaments.

 

Cinq jours après le séisme d'une magnitude de 7,0 sur l'échelle de Richter, dont le bilan pourrait atteindre 200.000 morts, les équipes internationales de secours ont encore trouvé des survivants sous les décombres des bâtiments détruits de Port-au-Prince.

 

Des centaines de milliers de Haïtiens affamés attendent désespérément de l'aide mais des problèmes de logistique empêchaient une grande partie des secours de parvenir aux victimes qui survivent dans des camps de fortune, dans des rues jonchées de débris et de cadavres en décomposition.

 

Je pars là-bas le coeur lourd. Il s'agit de l'une des plus graves crises humanitaires en plusieurs décennies", a déclaré le secrétaire général de l'Onu, Ban Ki-moon, en prenant dimanche l'avion pour se rendre à Haïti.

 

Les Nations unies fournissent de la nourriture à 40.000 personnes par jour et espèrent porter ce nombre à un million d'ici deux semaines, a-t-il dit.

Le défi en ce moment est de coordonner toute cette assistance qui afflue", a souligné Ban.

Au cours du week-end, des pillards ont fait leur apparition dans les rues, s'emparant dans les magasins éventrés de tout ce qu'ils peuvent y trouver et des affrontements ont éclaté entre groupes d'hommes armés de couteaux, de haches ou de pierres.

Le président René Préval a annoncé que 3.500 militaires américains aideraient les membres de la mission de maintien de la paix des Nations unies et les policiers haïtiens à assurer la sécurité dans la capitale.

"Nous avons à Port-au-Prince 2.000 policiers qui sont très affectés. Et 3.000 bandits se sont échappés de prison (pendant le séisme). Cela vous donne une idée de la gravité de la situation", a dit le chef de l'Etat à des journalistes.

LYNCHAGES

Des habitants ont découvert à leur réveil les corps de voleurs lynchés par la foule ou abattu par des hommes se présentant comme des policiers en civil.

Un journaliste de Reuters a vu le corps carbonisé d'un homme qui, selon des riverains, a été brûlé vif par des habitants qui l'avaient surpris à voler. Deux jeunes hommes gisaient sur le sol, présentant des blessures par balles à la tête et les mains liées derrière le dos.

"Les Haïtiens prennent en partie les choses en mains. Il n'y a pas de prisons, les criminels courent les rues, il n'y pas d'autorités pour contrôler cela", commente Eddy Toussaint, un enseignant, en contemplant les corps.

De nombreuses personnes emportant sur leur tête des valises avec les quelques biens qu'elles ont pu récupérer fuient à pied la capitale dans l'espoir de trouver vivres et abri à la campagne et d'échapper aux répliques et aux violences. La situation humanitaire devient de plus en plus préoccupante.

Les dégâts occasionnés par le séisme à la prison de Port-au-Prince ont permis aux 3.000 détenus de s'évader et beaucoup ont repris leurs habitudes à Cité Soleil, le plus grand bidonville de la capitale, autrefois contrôlé par des bandes armées.

"Il est naturel qu'ils reviennent ici. Cela a toujours été leur bastion", observe un policier.

Les rares policiers présents dans les rues tirent de temps à autre des coups de semonce pour tenter de disperser les pillards.

Les distributions de vivres tournent à la bagarre entre rescapés où les plus forts l'emportent sur les plus faibles.

"La distribution est totalement désorganisée. Ils n'identifient pas ceux qui ont besoin d'eau. Les personnes âgées ou malades n'ont aucune chance", se désole Estimé Pierre Deny en observant une foule se précipiter vers un camion distribuant de l'eau.

La mission des Nations unies responsable de la sécurité à Haïti a perdu au moins 40 de ses membres dans l'effondrement de son QG. L'Onu a annoncé que le chef de la mission, le Tunisien Hedi Annabi, son adjoint, le Brésilien Luiz Carlos da Costa, et le commissaire de la police de l'Onu à Haïti, le Canadien Doug Coates, avaient été tués.

Des répliques continuent de secouer Port-au-Prince, terrifiant les survivants tandis que les sauveteurs poursuivent leurs recherches.

ENCORE DES SURVIVANTS EXTRAITS DES RUINES

Dimanche aux premières heures, trois personnes ont ainsi été extraites des ruines d'un supermarché de cinq étages. Des équipes américaine et turque y ont dégagé une petite Haïtienne de sept ans, un Haïtien ainsi qu'une Américaine, a rapporté un photographe de Reuters, Carlos Rawlins.

Tous trois étaient hagards, mais aucun d'entre eux ne paraissait grièvement blessé.

Les sauveteurs étaient sur le point d'arrêter leurs recherches à cet endroit, samedi, lorsqu'une caissière a réussi à appeler un proche à Miami pour dire qu'elle était vivante sous les décombres. Une centaine de personnes pourraient avoir été prises au piège dans ce supermarché.

Samedi, une équipe russe avait dégagé deux petites Haïtiennes de neuf et onze ans des ruines d'une maison.

Le ministre de l'Intérieur, Paul Antoine Bien-Aimé, a déclaré que quelque 50.000 corps avaient déjà été enterrés dans des fosses communes creusées à la hâte à l'extérieur de la capitale, mais que le bilan définitif risque de se situer entre 100.000 et 200.000 morts.

Des dizaines de cadavres se décomposent au soleil dans la cour jouxtant le principal hôpital. Les jardins de l'hôpital sont envahis de lits où reposent des blessés, abrités par des bâches tendues entre les arbres.

Le séisme a détruit le palais présidentiel et les systèmes de communication et de distribution d'électricité. Le président René Préval vit et travaille au siège de la police judiciaire et le gouvernement n'est pas en mesure de gérer seul la crise.Lepays manque de tout.

 

 

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