L'Afrique de l'Ouest, nouveau carrefour de la drogue

Publié le par Denis-Zodo

            Selon le rapport 2008 sur la drogue, la consommation mondiale reste stable, mais la demande de cocaïne en Europe alimente le trafic en Afrique de l'Ouest.

 

À première vue, les chiffres sont plutôt rassurants. Le rapport annuel présenté hier à New York par l'ONU confirme la tendance à la stabilisation de la consommation mondiale depuis six ans. Au cours des douze derniers mois, moins d'une personne sur vingt, âgée de 15 à 64 ans, a usé occasionnellement de stupéfiants, soit moins de 5 % de la population mondiale d'âge adulte, et les 26 millions de vrais toxicomanes recensés n'en représentent qu'une infime proportion (0,6 %). Les drogues illicites tuent «seulement» 200 000 personnes dans le monde chaque année, bien moins que le tabac (5 millions) et l'alcool (2,5 millions). Mais d'autres données révèlent d'inquiétantes tendances.

La demande de cocaïne reste soutenue en Europe, entre 135 et 145 tonnes par an. Pour la satisfaire, les trafiquants délaissent les filières traditionnelles où les contrôles se révèlent efficaces, et empruntent des pistes à moindre risque en Afrique de l'Ouest. La Guinée-Bissau est devenue une plaque tournante du trafic dont la croissance a justifié la signature, le 16 juin dernier, d'un accord entre l'Union européenne et l'ONU pour le lancement, dans ce pays, d'un plan de justice et de sécurité de deux millions d'euros.

Témoignant mercredi devant le Conseil de sécurité, le directeur de l'Unodoc (le Bureau des Nations unies contre la drogue et le crime), Antonio Maria Costa, a estimé que si le trafic en Guinée-Bissau restait modeste comparativement à l'Asie occidentale, les Caraïbes ou l'Amérique centrale, «sa croissance exponentielle menace de faire de la région un épicentre de non-droit et d'instabilité». Le trafic en tout genre drogue, armes, êtres humains fera l'objet d'une grande conférence ministérielle au Cap-Vert en octobre prochain, visant à renforcer les contrôles aux frontières et les systèmes judiciaires dans la région.

Marchés émergents

«Quand le problème est apparu il y a quatre ans au Cap-Vert, qui a pris des mesures énergiques pour sauver son industrie touristique, personne ne nous a écoutés et nous avons perdu deux ans, explique Antonio Maria Costa au Figaro en précisant qu'«aujourd'hui, le mal menace plusieurs pays comme la Côte d'Ivoire, la Sierra Leone ou encore le Sénégal et la Mauritanie». Les saisies de cocaïne en Afrique de l'Ouest, qui ont atteint 6 458 kg l'an dernier, ont doublé par rapport à 2006.

Les nouvelles filières sont liées à l'apparition de nouveaux marchés dans les pays émergents, autant de nouveaux débouchés pour une offre qui reste élevée. La production mondiale d'opium a quasiment doublé depuis 2005, sous l'effet des récoltes records de pavot en Afghanistan l'an dernier. 80 % des cultures sont concentrées dans cinq provinces du sud où elles remplissent les poches des talibans. «Il existe quatre cartels de la drogue, indique Antonio Costa : un pour l'opium, un pour l'héroïne, un troisième, politique, avec les talibans, et le quatrième est aux mains de trafiquants africains.»

En Colombie, la culture de coca a augmenté de 27 % en 2007. Le directeur de l'Unodoc note que comme en Afghanistan, ce sont «les régions sous le contrôle des insurgés» qui affichent la plus forte production. La part du Brésil (10 %) dans le trafic de cocaïne lui fait craindre une poussée de la consommation à l'heure de la standardisation des styles de vie. «La menace est visible en Guinée-Bissau où les trafiquants colombiens achètent en plein jour des hôtels de luxe.» Indique le Figaro.

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