Essais nucléaires: Barack Obama encore loin de la ratification du traité CTBT

Publié le par Denis-Zodo

Barack Obama et son homologue russe Dimitri Medvedev doivent signer le 8 avril à Prague un nouveau traité bilatéral de réduction de leurs arsenaux. Malgré ce succès majeur, le président américain est encore loin d'un autre objectif: la ratification par le Sénat américain du traité d'interdiction complète des essais nucléaires (CTBT).

Finalisé le 26 mars, le nouveau texte de réduction des arsenaux nucléaires vise à remplacer et élargir le Traité de réduction des armes stratégiques (START-1), signé par George Bush et Mikhaïl Gorbatchev en 1991 et arrivé à échéance le 5 décembre dernier.

Il prévoit la réduction d'environ un tiers des stocks russe et américain, qui passeraient chacun de 2.200 ogives nucléaires à 1.550. Les deux pays ont sept ans après la ratification pour y parvenir.

Washington avait espéré qu'un accord avec Moscou crée une dynamique favorable à la ratification du CTBT, qui comme le nouveau traité succédant à START, doit être ratifié par le Sénat des Etats-Unis. Mais la chambre haute n'aura désormais le temps d'examiner qu'un seul des deux textes avant les élections de mi-mandat en novembre, qui devraient voir les démocrates perdre des sièges.

L'administration Obama avait initialement espéré boucler le nouveau traité START en 2009, mais cela n'a pas été possible, les négociations avec la Russie se prolongeant au-delà. Elle a maintenant l'intention de transmettre le texte fin avril au plus tôt au Sénat, où son examen et un vote ne devraient pas intervenir avant plusieurs mois.

Dans ces conditions, la ratification du CTBT devra sans doute attendre. "Elle n'aura pas lieu cette année", prédit Joseph Cirincione, président du Fonds Ploughshares, une organisation anti-nucléaire.

Pour être ratifiés, les deux textes devront être approuvés à la majorité des deux tiers, soit 67 voix. Le Parti démocrate comptant 59 sièges au Sénat, M. Obama aura besoin du soutien d'un nombre suffisant de républicains. Ce ne devrait pas être trop difficile pour le nouveau START, qui bénéficie d'un large soutien bipartisan et pourrait être ratifié dès cette année. Mais il n'en va de même pour le CTBT.

Négocié dans les années 1990, le CTBT doit être ratifié par 44 Etats dotés de capacités nucléaires pour entrer en vigueur. En dehors des Etats-Unis, huit pays doivent encore le ratifier: Chine, Egypte, Inde, Indonésie, Iran, Israël, Corée du Nord et Pakistan.

En 1999, sous l'administration Clinton, le Sénat américain avait rejeté sa ratification à une majorité écrasante, tous les élus à part trois républicains votant contre. Les adversaires du texte estiment qu'il saperait la supériorité technologique américaine.

Ils affirment également qu'il sera difficile de vérifier que d'autres pays ne mènent pas des essais en secret et de garantir que l'arsenal américain pourra être entretenu et amélioré sans procéder à des essais. L'administration Obama rétorque que des progrès technologiques, notamment en matière de simulations informatiques, rendent les essais désormais inutiles, et leur détection à l'étranger plus facile.

Sans une avancée dans le processus de ratification du CTBT, Barack Obama risque d'avoir du mal à convaincre les Etats non nucléaires à soutenir son objectif de renforcer le traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP) à l'occasion de la conférence d'examen du TNP, qui se tiendra du 3 au 28 mai à New York.

Le CTBT représente un "test décisif pour de nombreux Etats non dotés d'armes nucléaires", souligne Leonor Tomero, du Centre pour le contrôle des armements et la non-prolifération. "Il demeure une promesse que les Etats-Unis doivent remplir pour maintenir la viabilité du TNP."

Source : AP

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