En Guinée, l'heure de l'après-Dadis a sonné

Publié le par Denis-Zodo

Grièvement blessé par son aide de camp, le chef de la junte guinéenne Moussa Dadis Camara est soigné dans un hôpital marocain. Provisoire ou définitive, sa sortie de scène ouvre une nouvelle période d'incertitude dans un pays meurtri.

Soyons francs. La tentative d'assassinat perpétrée le 3 décembre dans un camp militaire de Conakry à l'encontre du capitaine Moussa Dadis Camara, chef de la junte guinéenne, n'aura  pas plongé le "village" franco-africain dans une affliction sans fond. Les plus cyniques reprochent moins à son aide de camp, le lieutenant Aboubacar Sidiki Diakité, alias Toumba, d'avoir attenté à ses jours que d'avoir manqué de précision. Blessé à la tête, "Dadis" a été acheminé à Rabat puis opéré selon la version officielle d'un "traumatisme crânien" dans un hôpital des Forces armées royales marocaines.

Ce mardi, l'état de santé réel de ce putschiste fantasque et vindicatif relève encore du mystère. A en croire son ministre des Affaires étrangères, le blessé, désormais "hors de danger",  "reconnaît son entourage" mais "ne peut encore communiquer." Soit deux scoops en une phrase: trahi par l'un des siens, "MDC" aurait donc depuis lors gagné en discernement; et l'on ignorait qu’il n’ait jamais su maîtriser sa communication. Sinon au gré des "Dadis shows", happenings télévisés au cours desquels le capitaine se plaisait à humilier ses collaborateurs et à sermonner les visiteurs étrangers.

Soyons clairs. Ceux qui imaginent que le seul trépas de l'irascible officier suffirait à solder les malheurs de la Guinée-Conakry se bercent d'illusions. L'homicide manqué de Toumba-Brutus, toujours en fuite ce 8 décembre, jette une lumière crue sur les profondes divisions qui déchirent l'armée. Ambitions rivales, certes, mais aussi contentieux ethniques anciens et tenaces, notamment entre les "forestiers" -tel le guerzé "MDC"- et les autres coteries, voire au sein même des fils de la Guinée forestière. Au demeurant, les initiés suggèrent que le malinké Toumba Diakité, qui redoutait de porter le képi du carnage du 28 septembre -158 civils tués dans un stade de la capitale, théâtre d'un meeting de l'opposition-, aurait ainsi pris les devants, tentant de supplanter celui qui s'apprêtait à le sacrifier..

.Tout indique que l'heure de l'après-Dadis a sonné. "L'idéal, confie un expert français, serait qu'il reste à Rabat le plus longtemps possible. Voire qu'il ne rentre jamais au pays. " En l'absence de son chef, qui dirige la junte, parvenue aux commandes voilà près d'un an, au lendemain de la mort du vieil autocrate Lansana Conté? En apparence, le ministre de la Défense Sékouba Konaté assure l'intérim. "Un moindre mal, avance un proche d'Alain Joyandet, secrétaire d'Etat à la Coopération. Lui semble respecté dans l'armée et n'est pas détesté au sein de la société civile." Selon la dépêche de l’express.fr

Formé à l'école militaire de Meknès (Maroc), Konaté peut en dépit d'une santé défaillante tabler sur la loyauté d'un clan de fidèles, dont le commandant du Bataillon autonome des transports aéroportés (Bata), unité d'élite, le chef d'état-major et le patron de l'armée de terre. La Lettre du Continent précise en outre qu'il contrôle le renseignement militaire. Reste à savoir ce qui adviendra, dans cette période d'incertitude, de la médiation conduite par le président burkinabé Blaise Compaoré entre les putschistes et l'opposition. Et quelle sera la posture du "Groupe international de contact", qui se réunira le 13 décembre -dimanche prochain- à Ouagadougou.

Soyons lucides. Temporaire ou définitif, le retrait de la scène de Moussa Dadis Camara pourrait replonger la Guinée dans le chaos. A la tête d'une bande de Bérets rouges, le très brutal capitaine Claude Pivi, dit "Coplan", ministre de la Sécurité présidentielle, a semé la terreur lundi dans la banlieue frondeuse de Cosa, peuplée pour l'essentiel de peuls. Le commando aurait notamment raflé un marabout ainsi que l'imam de la grande mosquée du quartier, emmenés l'un et l'autre manu militari au camp Alpha Yaya Diallo, siège de la junte. "Sale ambiance en ville, admet une source française. On nous signale une recrudescence des vols de 4X4 et un regain de tension aux check-points.La situation guinéenne n’est pas encore jugulée.

 

 

 

 

 

 

 

Publié dans Politique africaine

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