De nouveaux bidonvilles fleurissent autour de Port-au-Prince dévastée

Publié le par Denis-Zodo

 

Les Haïtiens n'ont pas attendu un plan du gouvernement et des organisations humanitaires pour se reloger après le séisme du 12 janvier. Les camps de tentes ont poussé comme des champignons et se transforment rapidement en bidonvilles autour de Port-au-Prince, la capitale dévastée.

Pendant que les autorités examinent les meilleures solutions pour les 1,2 million de sans-abri, comparant tentes et bâches en plastique et cherchant des terrains, les camps prennent des allures de moins en moins provisoires.

Des villages de bois et de tôle se sont ainsi improvisés sur la Route de piste, une ancienne piste d'atterrissage près de l'aéroport. Entre les rangées de petites cabanes, des hommes couverts de poussière continuent de s'affairer, marteau et scie en mains, tandis que les enfants jouent près d'une baraque de loterie. L'odeur du pain s'échappe de la "Boulangerie Pep La".

C'est toute la carte de la capitale qui évolue avec l'apparition de ces nouveaux quartiers sur des terrains de la périphérie auparavant inoccupés. Il règne dans ces bidonvilles l'animation et l'insécurité habituelles, mais aussi la maladie, la faim et le désespoir hérités du tremblement de terre du 12 janvier, qui a fait plus de 200.000 morts. Et les répliques n'en finissent pas de secouer le sol.

Les habitants se sont installés où ils pouvaient, y compris dans des endroits dangereux, au pied de collines qui risquent de s'effondrer pendant la saison des pluies toute proche, sur les berges de rivières en crue chaque année, ou dans des zones polluées, sans sanitaires, où des maladies commencent déjà à se répandre.

"Le gouvernement dit depuis des semaines qu'il a identifié des sites mais cela devient urgent et il n'y a pas beaucoup de progrès", critique Ian Bray, porte-parole de l'organisation humanitaire Oxfam.

Le relogement est d'autant plus problématique que beaucoup de Haïtiens veulent rester près de l'endroit où ils ont toujours vécu et travaillé. Le choix est pourtant limité, avec 38% des logements de Port-au-Prince détruits, selon les observations des satellites des Nations unies.

"Les gens sont déplacés, ont perdu leur logement, mais ils n'ont pas perdu leur travail. La clef, c'est le terrain", explique Alex Wynter, de la Fédération internationale des sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge.

En visite pendant quelques heures en Haïti mercredi, le président français Nicolas Sarkozy, a promis 1.000 tentes et 16.000 bâches pour plus de 200.000 personnes, mais le président René Préval n'a pas encore décidé du meilleur moyen d'abriter ses concitoyens. "Nous devons trouver une solution pour fournir un abri aux gens -un mélange quelconque de tentes, de bâches, d'abris en tôle", a-t-il dit à l'Associated Press. Les autorités comptent cependant distribuer 250.000 bâches pour la saison des pluies.

Attendons de voir, répond Lens Beny, porteur d'eau de 20 ans. "S'ils nous chassent, on partira. En attendant, on reste ici." Il a bâti une cabane de bois et de tôle de 2m50 sur 2m70 pour lui et cinq de ses proches. Le toit est fait de sacs plastique qui ne couvrent que deux tiers de la surface, la porte est un simple rideau de crochet. Une averse a ruiné les panneaux de bois aggloméré à 3,70 dollars pièce qui servaient de murs, explique Lens.

Environ 27.000 sinistrés vivent désormais dans ce nouveau bidonville de la Route de piste, selon des employés de la Croix-Rouge haïtienne. Les autorités locales, agences onusiennes et étrangères envoient de l'aide mais soulignent qu'il faut "décongestionner" le site surpeuplé. Le manque de place est la principale raison avancée par les autorités pour refuser aux habitants des tentes résistant à l'eau.

Source : AP

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