Crise électorale : vers la « rwandaïsation » de la Côte d’Ivoire ?

Publié le par Denis-Zodo

La crise de la commission électorale indépendante(CEI) est en train de prendre des proportions importantes, de nature à inquiéter plus d’un sur l’issue du processus électoral qui tirait pourtant à sa fin. Quoi de plus normal quand on sait que le dit processus est aujourd’hui bloqué par les accusations de fraude dirigées contre le président de la CEI Robert Beugré Mambé. A qui donc la faute ? A Mambé ? L’homme réfute les accusations portées contre lui et se défend bec et ongles. Mais son argumentaire ne convainc pas les partisans du chef de l’Etat qui le pointent du doigt dans cette affaire. A eux la faute ? Eux qui ne veulent rien céder ? En tout cas, l’opposition rejette la faute au camp présidentiel, estiment que celui-ci n’a qu’un seul objectif. Celui de bloquer les élections, par l’affaire Mambé, alors que Gbagbo, Affi, Désiré Tagro et les autres savent pertinemment qu’il s’agit d’un montage grossier pour retarder le processus.

Alors, l’attitude du camp présidentiel qui consiste à durcir le ton et à ne rien lâcher, laisse croire que la mouvance présidentielle recherche bien quelque chose. Si non, pourquoi insiste-t-elle sur la reconstitution de l’institution ? D’ailleurs, ces dénonciations, très souvent non fondées, sur la nationalité des pétitionnaires, en vue de leur radiation de la liste électorale indiquent bien les relents exclusionnistes des hommes du pouvoir de ramener la crise identitaire qu’est à la base du malheur qu’a connus le pays depuis septembre 2002.

Le camp présidentiel ne veut-il pas profiter de l’affaire des 429.000 cas litigieux pour demander la démission de Mambé, contrôler l’organisation des élections avec un valet qu’il propulsera à la place du président de la CEI au cas où il obtenait le départ de celui-ci ?

Gbagbo et les siens n’ont-ils pas à l’esprit de gagner du temps avec la question Mambé ?

Ne nourrissent-ils pas l’intention de reprendre à zéro le processus électoral si Mambé est contraint à la démission ?

Les interrogations sont nombreuses sur l’attitude des pseudos refondateurs ivoiriens. Des interrogations que se posent certainement l’opposition. Laquelle est jugée amorphe et perçue par Laurent Gbagbo et ses partisans, comme une opposition qui ne s’oppose que lorsque les leaders qui la composent sont assis sans leurs salons feutrés devant leur télévision, à commenter les sorties des membres du camp présidentiel. D’où, leur désignation par de vocable « d’opposition de salon ». Mais ce que le chef de l’Etat et son camp oublient, c’est sa propension à facilement donner la mort à ceux qui s’opposent à lui. En d’autres termes, à créer une atmosphère d’insécurité, une ambiance de terreur. Houphouët Boigny faisait-il ce que Gbagbo fait de nos jours ? Si le père fondateur le faisait, il est certain que Gbagbo n’aurait pas eu la vie sauve, pour prétendre gouverner la pays ? Si le PDCI avait été un régime de sang, le 18 février 1992, lorsque la main fut mise sur le chef de FPI, il n’aurait pas eu accès à la maison d’arrêt et correction d’Abidjan (MACA. Il aurait été mis à mort, tout simplement.

Pour en revenir à l’affaire de la CEI, il est clair que l’opposition ne se laissera pas faire. Le Rassemblement des Houphouétistes pour la démocratie et la paix (RHDP) avec à sa tête, les leaders des partis politiques qui le composent, va-t-il accepter de « livrer » Mambé à la volonté du pouvoir. Si Bédié, Ouattara, Mabri et Anaky « sacrifient le président de la CEI, alors le RHDP aura consacré sa mort politique devant le camp présidentiel. Car, avec le départ de Mambé, il ne faut rien envisager, si ce n’est son remplacement par un pion du FPI.

Mais avec la réunion du cadre permanent de concertation (CPC) de ce jeudi à Ouagadougou au Burkina Faso, le facilitateur dans la crise ivoirienne, le président Blaise Compaoré tentera de trouver une solution médiane. Comme le RHDP, M. Compaoré sait qu’admettre le départ de Mambé laisse porte ouverte à tous les risques. La radiation des personnes de la liste électorale, qui reste un des objectifs des tenants du pouvoir est en train de plonger le pays dans des troubles. Divo, Katiola, Man et Vavoua n’ont pas échappé à des saccages. Si bien qu’à l’heure actuelle, la tension est perceptible et le blocage du processus électoral, total. Toute chose, avouons-le, qui a nécessairement un impact sur la date des élections. Car, annoncée pour la période de fin février début mars, on imagine mal la tenue du premier tout de la présidentielle à ladite période, surtout avec le présent blocage. Mais le plus grave, c’est que la situation ne laisse penser qu’à la résurgence d’un conflit identitaire. Un scénario à la rwandaise ? Le ministre du tourisme et de l’artisanat, porte-parole des Forces Nouvelles ne donne pas dans la langue de bois. « Il faut craindre la rwandaïsation de la situation en Côte d’Ivoire », a averti Konaté Sidiki. Et c’est vrai.

Le départ du président Mambé est dans le subconscient des refondateurs comme s’ils rêvaient.

 

 

Publié dans Politique ivoirienne

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