Crimes contre l'humanité en Guinée et ailleurs

Publié le par Denis-Zodo

 Ce n’est pas du tout le grand bonheur pour Moussa Dadis Camara, le chef de la junte militaire guinéenne. Non seulement, il risque de ne plus se lever de son lit d’hôpital, où il séjourne depuis le 4 décembre dernier, suite à la tentative d’assassinat perpétrée par son aide de camp sur lui, la veille, mais aussi, il pourrait se retrouver dans la mailles de la justice internationale après les massacres du 28 septembre dernier au stade de Conakry. En somme, le capitaine pourrait sortir perdant de sa gouvernance à la tête de l’état guinéen. Car, s’il est rétabli, la cour pénale internationale(CPI) qui a un pied dans le dossier, pourrait l’inquiéter. Si ses blessures l’emportent, ce qui n’est nullement pas notre souhait, il s’en ira avec bien des regrets. En effet, la Commission d’enquête de l’ONU qui a séjourné récemment dans le pays, a rendu son rapport sur les  malheureux évènements du 28 septembre, au secrétaire général Ban Ki-Moon. Ledit rapport accable le pouvoir de Dadis Camara sur les tueries du stade du 28 septembre et recommande une saisine de la CPI. Le rapport parle d’un ‘‘crime contre l’humanité’’.

Ce n’est ni un accident, ni un débordement, mais d’un acte prémédité dans le but de tuer, violer et intimider les partisans de la démocratie et une partie précise de la population guinéenne. Les trois rapporteurs demandent à ce que la CPI soit saisie pour l’inculpation de Moussa Dadis Camara et des personnes nommément citées, proches de lui. Il s’agit, outre Dadis Camara, du lieutenant Aboubacar Sidiki Diakité dit Toumba, l’ex aide de camp qui a tiré sur le chef de la junte, le commandant Moussa Thiegboro Camara, chef des services spéciaux et le capitaine Claude Pivi, ministre chargé de la sécurité présidentielle. Le rapport fait mention de 156 personnes assassinées, même si le nombre des victimes est très probablement plus élevé. Au moins 109 jeunes femmes ou jeunes filles ont été victimes de viols, de mutilations sexuelles ou d’esclavage sexuel. Près de 700 témoins ont été auditionnés dans le cadre de cette enquête.

Pour sa part, la CPI dit suivre le dossier depuis novembre 2009 et compte se rendre au début de 2010 dans le pays.

Pour l’instant, Dadis est encore hospitalisé à Rabat au Maroc pour des soins intensifs, après des balles reçues à la tête ; Toumba Diakité qui l’avait pris pour cible, est toujours caché, rejetant la responsabilité des massacres su 28 septembre 2009 sur Dadis. Quant au général Sékouba Konaté, lui, assure l’intérim du chef de la junte. Et il le fait bien. Récemment, il a passé une semaine au chevet de Dadis à Rabat au Maroc. Mais selon des indiscrétions, le chef de la junte ne serait pas en possession de toutes ses facultés. Si bien que la Communauté internationale souhaiterait que le chef de l’Etat par intérim passe le témoin aux civils aussi rapidement que possible, car, il n’y a pas lieu, selon elle, d’attendre la guérison de Dadis Camara.

On le constate, les crimes commis se paient toujours, quelle que soit la durée que cela peut mettre. Charles Taylor du Libéria, alors l’homme fort de ce pays d’Afrique de l’ouest, pensait-il être menotté, répondant ensuite aux crimes commis en Sierra Léone ?

Jean Pierre Bemba, l’ancien vice-président de la République démocratique du Congo(RDC) pouvait-il à son tour, imaginer le tribunal international le juger à la face du monde pour les crimes commis en Centrafrique par les rebelles du mouvement pour libération du Congo (MLC) dont il était le chef ?

Pour tout dire, un crime se paye toujours. Il finit par rattraper celui qui l'a perpétré. C'est pourquoi, la Côte d'Ivoire qui traverse une période sensible, avec la tenue prochaine de l’élection présidentielle, doit savoir raison garder. Car, si l’on n’y prend garde, des individus risquent de poser des actes ignobles sur d’autres individus. Il est clair que si c’est le cas, les auteurs et leurs commanditaires feront après ces violations des droits humains, l’objet de poursuites judiciaires de la part des tribunaux internationaux. Parce que les naïfs peuvent croire que les tueries d’octobre et de décembre 2000, et celles des 25 et 26 mars 2004 qui avaient fait 120 morts selon l’ONU, toutes perpétrées en Côte d’Ivoire, sont aux oubliettes. Que non ! Qu’ils ne se méprennent pas. Ce sont des dossiers qui ressurgissent un beau jour.

Que ceux qui peuvent s’empêcher de jouer les zélés, évitant ainsi de commettre des actes de violence sur des franges de la population, le fassent. Civils, policiers, gendarmes, militaires coupables de tels actes seront poursuivis. Une chose est certaine. Lorsqu’un massacre est occasionné, on ne peut imaginer que tous ceux qui sont visés, soient effacés de la surface de la terre. Il y a toujours des rescapés. Et ce sont ces derniers qui témoignent. Alors, attention à ceux qui manifesteraient l’intention d’éliminer leurs voisins parce que ceux-ci refuseraient de regarder dans la même direction qu’eux. Les tribunaux internationaux ne sont pas ceux des tropiques où une complaisance notoire est souvent remarquée dans les systèmes judiciaires. Des responsables rwandais qui croupissent dans des geôles en occident peuvent témoigner.

 

Publié dans Politique africaine

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