Côte d’ivoire : Un coup d’état en force

Publié le par Denis-Zodo

 Le président Laurent Gbagbo a prononcé le vendredi soir, dans une déclaration télévisée, la dissolution du gouvernement et de la Commission électorale indépendante (CEI). Cependant, il a reconduis le Premier ministre Guillaume Soro dans ses fonctions et l’a chargé de lui proposer, dès le lundi 15 février 2010, un nouveau gouvernement.

Quant à la CEI, il a demandé au Premier ministre de lui proposer, dans un délai de sept jours, à compter du jour de sa déclaration, le format d’une nouvelle Commission électorale crédible qui pourra organiser des élections justes et transparentes.

 

Ces mesures dit-il, « ont été prises en vertu de l’article 48 de notre Constitution afin de lever toute hypothèque sur le processus de paix et permettre à la Côte d’Ivoire d’aller, en toute confiance, à des élections propres. » C’est donc en raison de la menace grave et immédiate de l’intégrité du territoire et de l’exécution de ses engagements internationaux que M .Gbagbo est intervenu…

 

 

Cependant, à l’analyse de cet acte on comprend aisément le projet savamment élaboré par M. Gbagbo. En effet, ayant perdu le contrôle de l’organisation des élections de sortie de crise pour lesquelles il se proclamait vainqueur, il cherche à mettre en place une nouvelle configuration d’organisateurs d’élection qui lui sera très favorable. Mambé a été très inflexible il ne peut disposer autrement. Mais, pour éviter la flagrance de cet acte impopulaire et anti-démocratique, Il met en avant Soro le premier ministre qu’il vient de reconduire. A en croire à Affi N’Guessan Pascal, président du Front populaire ivoirien (FPI) dans sa déclaration de samedi, « C’est un acte de réalisme, de lucidité, de courage et de responsabilité. Une décision salutaire pour reprendre les choses en main » ; Ce qui montre manifestement que les refondateurs ont perdu le contrôle de l’organisation des élections qu’il croyait maitrisée. Si ce n’est le cas, comment comprendre une telle action démesurée et inopportune. Comme nombreux ivoiriens, on ne voit pas en quoi l’affaire Mambé peut entraîner la dissolution de tout le système, c`est-à-dire de toute une institution chargée d`organiser les élections, encore moins la dissolution du gouvernement qui est un gouvernement consensuel issu des différents accords qui ont pu être conclus entre les acteurs du processus de paix. Car, on le sait, la dissolution du gouvernement risque de remettre en cause tout le processus de sortie de crise de  huit ans de recherche.

 

Pourquoi une telle configuration de la CEI ?

 

Partant, des textes législatifs et réglementaires, la nouvelle configuration de la Commission électorale indépendante est née des pourparlers de Pretoria. Son fonctionnement et sa composition sont issus des textes de ladite institution qui reconnaissent sa composition actuelle. Comme l’indique la Constitution de 2000, la CEI est une institution neutre et indépendante qui a en charge en autres l’organisation des  élections en Côte d’Ivoire. Dans le sens du consensus qui a toujours caractérisé les négociations, il a été décidé que la composition de cette CEI se fera en fonction des mouvements et partis politiques signataires de Linas Marcoussis.  Cette répartition  existait jusqu’à hier et qui a permis au président Robert Beugré Mambé d’être élu à la tête de cette institution. Cette clé de répartition a été non seulement entérinée depuis fort longtemps, par les différents accords qui ont suivi, mais également permis à la CEI d’abattre un travail formidable apprécié et récompensé par le chef de l’Etat et le Facilitateur dans la crise ivoirienne.

 

Aujourd’hui, en décidant de dissoudre la CEI, Laurent Gbagbo vient de porter un coup mortel à l’accord politique qui a été signé le 4 mars 2007. Ce qui est encore plus grave, c’est la dissolution du gouvernement. Laurent Gbagbo, en le faisant, dénie toute légitimité et toute paternité à l’autre signataire de l’accord politique de Ouagadougou qui est le Premier ministre Guillaume Soro, secrétaire général des Forces nouvelles. Tout le monde sait que le gouvernement actuel est non seulement issu de l’APO, mais qu’il porte, en plus, la griffe des autres accords qu’a adossés cet accord. C’est donc une décision qui plonge la Côte d’Ivoire dans une ère d’incertitudes et de tous les dangers

 

Mambé victime de son inflexibilité

 

S’'inspirant de la Constitution et de retour de Ouagadougou, le président Laurent Gbagbo a signé le décret d'installation de Beugré Mambé Robert, après que les membres de la commission centrale de la CEI eurent voté. Chacun des Ivoiriens, à commencer par le Chef de l'Etat, était plein de confiance. En août 2009, le président l'a félicité publiquement pour le travail bien fait. En novembre encore, il ne lui reprochait rien. Or donc Mambé craignant Dieu est resté un homme intègre. Non satisfait de ce qu’il souhaite avoir à son profit, Il a, contre toute attente, le 08 janvier 2010, à la télévision nationale dans un communiqué émanant de lui, l’accusant de fraude. Depuis ce jour, le ministre de l'Intérieur, le Cnrd, Blé Goudé, le FPI et tous les groupements affiliés au FPI font feu de tous bois pour que Mambé soit débarqué. C’est pourquoi, le vendredi 12 février 2010, le Chef de l'Etat qui n'a plus confiance en Mambé, parce qu'il aurait des preuves concrètes de la fraude cautionnée par Mambé, le débarque en faisant dissoudre la CEI par décision, au nom de l'article 48. Mambé est limogé parce que le Chef de l'Etat au pouvoir qui est aussi candidat n'a plus confiance en lui pour le faire gagner les élections.

 

UN coup  d’état en force

 

Aussi un nouveau coup d’état, comme il avait prévu. Sans consulter l’assemblée nationale, le conseil constitutionnel, il n’y avait pas le feu à la demeure, la CEI(Commission Electorale Indépendante) faisait peur à Gbagbo. Depuis 2005, il a bénéficié d’une rallonge. C’est ça la concertation ??????

Publié dans Politique ivoirienne

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