Comment le Yémen est-il devenu une base arrière pour al-Qaida?

Publié le par Denis-Zodo

Et si le sort de la prison de Guantanamo, que Barack Obama a promis de fermer d’ici janvier 2010, se jouait à des milliers de km de là, dans les sables du désert du Yémen. Plus d’un tiers de ses captifs - 96 exactement sur 240 - sont originaires de ce pays du Golfe, le plus pauvre et l’un des plus instables des états arabes. Les Yéménites forment le plus important contingent de détenus sur la base américaine de l’île de Cuba. Mais Washington refuse de renvoyer chez eux ces « combattants ennemis », au risque de créer une crise de confiance avec un de ses alliés dans la lutte antiterroriste. 

 

L’administration américaine redoute que sitôt libérés, les Yéménites rejoignent la mouvance locale d’Al-Qaïda, qui a fusionné en janvier 2009 avec la branche saoudienne du réseau terroriste, faisant craindre du même coup à Riyad l’émergence d’« une nouvelle Afghanistan » à sa frontière.

 

Depuis, deux attentats-suicide ont tué quatre touristes sud-coréens. Et en avril, la visite de Nicolas Sarkozy a dû être reportée, en raison d’incidents sécuritaires répétés sur le site d’exportation du gaz par Total que le président de la République devait inaugurer dans le Golfe d’Aden. En 2008 déjà, deux Belges ont été tués en visitant un site touristique dans l’Hadramaout, et l’ambassade américaine à Sanaa était la cible d’un attentat suicide faisant 17 tués, Yéménites.

 

« Le Yémen est devenu un refuge pour djihadistes », met en garde le général David Petraeus, le plus haut gradé américain au Moyen-Orient. Deux des Saoudiens les plus recherchés ont été arrêtés en mars près de Taez, au sud de Sanaa. Mais la plupart de la centaine d’autres « wanted » par Riyad sont toujours repliés au-delà des 1 300 km de frontière poreuse entre les deux pays. Et début avril, la découverte d’une grotte - contenant armes, cordes et caméras pour ligoter et filmer des otages - est venue confirmer les craintes de Dennis C. Blair, le directeur du renseignement américain : la patrie ancestrale d’Oussama Ben Laden sert de « base pour des opérations d’Al-Qaïda à l’intérieur et à l’extérieur du pays, mais aussi à l’entraînement de terroristes et à faciliter leurs déplacements ».

 

« La menace est sérieuse », reconnaît Abdel Karim Eriani, le conseiller politique du président Ali Abdallah Saleh. « Al-Qaïda, dispose d’argent pour recruter, ajoute-t-il, depuis son salon encombré de livres, et Ben Laden ne s’est jamais caché pour dire que le Yémen constituait un terrain idéal pour son organisation ». Un Etat faible, des tribus puissantes enclines à abriter des activistes au nom de la légendaire hospitalité clanique, et des montagnes pour cacher les cellules djihadistes : les similitudes avec l’Afghanistan sont frappantes.

 

Pendant longtemps, le président Ali Abdallah Saleh joua la carte islamiste pour consolider son fragile pouvoir. Après avoir envoyé des milliers de djihadistes combattre les Russes à Kaboul dans les années 80 ; à leur retour, Sanaa les enrôla dans l’armée pour mâter la rébellion séparatiste du sud. Plus récemment, le pouvoir utilisa encore ces supplétifs contre les insurgés zaïdites (chiites) dans le nord. 

 

La menace islamiste fut provisoirement neutralisée par un programme de réhabilitation des terroristes, auquel participèrent plus de 400 sympathisants al Qaida, emprisonnés sous pression américaine, après les attentats du 11 Septembre 2001. Mais « ce programme a surtout permis aux autorités de sceller un accord tacite avec les djihadistes aux termes duquel ces derniers s’engageaient à ne pas commettre d’attentats au Yémen, mais ailleurs, le pouvoir fermait l’œil », déplore l’analyste politique, Mourad Zafer. Quelques-uns allèrent en Irak combattre les forces américaines. « Vous nous avez trompé, nous disent aujourd’hui les Américains, qui n’ont plus confiance dans les Yéménites pour accueillir les prisonniers de Guantanamo et les réhabiliter», constate, amer, Eriani.

 

Furieux, les Américains le furent déjà quand Sanaa libéra fin 2007 Jamal Badawi, l’un des cerveaux de l’attentat contre le torpilleur USS Cole, qui tua 17 Marines, en octobre 2000 au large d’Aden. Mais en matière de reconversion de djihadistes, le Yémen voit les choses différemment. « Badawi est en résidence surveillée, il rencontre sa famille, il est coopératif », affirme un ministre qui tient à rester anonyme. « N’est-ce pas mieux de le neutraliser ainsi ? Il devient une source d’informations. Les Américains ne sont pas très contents, mais ce n’est pas notre problème », balaie ce ministre.

 

Pour manger avec le diable, mieux vaut se munir d’une longue cuillère. Depuis l’attentat contre un bâtiment des forces de sécurité, en août 2008, les autorités mesurent les limites de la cooptation des djihadistes. « En visant désormais le régime, les terroristes ont franchi un nouveau palier », relève un diplomate occidental.

 

« Al-Qaida cherche à harceler le pouvoir en multipliant ses opérations, pas forcément spectaculaires, afin de maintenir un état de peur à travers le pays, déjà confronté à la reprise de la rébellion au sud et à une révolte au nord pas complètement éteinte», affirme le journaliste Abdulilah Shaya, le seul à avoir pu rencontrer, en début d’année, Abdel-Karin al-Wahaishi, le chef clandestin d’Al-Qaïda dans la Péninsule arabique. Ce dernier lui a énoncé les cibles de l’organisation terroriste : « les étrangers, leurs intérêts (ambassades ou installations pétrolières, ndlr) et les responsables yéménites de la sécurité ».

 

 

Les militants ne sont peut-être que quelques centaines dans le pays. Mais leur présence est suffisamment inquiétante pour que le président Saleh ait demandé en février aux tribus du « Triangle du mal » de livrer les extrémistes qu’elles abritent dans ces trois provinces limitrophes de l’Arabie saoudite. Message bien reçu. De récentes arrestations auraient été rendues possibles grâce aux informations que les tribus ont fournies aux forces de sécurité. « Nos services ont récupéré de nombreux ordinateurs, poursuit Mulhi al-Dhabi, vice-ministre des Affaires étrangères. Nous avons pu remonter des filières et démasquer des sympathisants. Nous menons une bataille, mais elle n’est pas encore gagnée ». 

D’autant moins que la dernière génération d’activistes ne veut plus entendre parler de « deal » avec le pouvoir. Influencés par la guerre en Irak, ces jeunes désoeuvrés sont en opposition totale avec le gouvernement, et considèrent les anciens djihadistes comme des traîtres, ayant coopéré avec les autorités. Leur leader, al-Wahishi, est un ancien collaborateur de Ben Laden, qui s’évada avec 22 autres militants d’une prison de Sanaa en 2006, grâce à d’évidentes complicités parmi la sécurité du pénitencier.

 Nul doute que pour ces radicaux, les futurs libérés de Guantanamo constituent une cible de choix à recruter. Après sept ans d’emprisonnement sans qu’aucune charge n’ait été reconnue contre eux, la rancœur, aggravée par les mauvais traitements, est profonde. Pourtant, Safiah, la mère de l’un d’entre eux le jure, en levant les bras: « Salman ne retournera pas avec les moujahidines, on le gardera enfermé à la maison, s’il le faut », s’écrie la vieille dame recouverte de la longue abbaya noire traditionnelle. Comme la plupart des autres détenus yéménites de Guantanamo, Salman, capturé en 2001 au Pakistan, s’oppose à un transfert dans le centre saoudien de réhabilitation des terroristes, le compromis qui semble se dessiner entre Sanaa et Washington.

 

En décembre 2008, après une longue détention, l’ancien chauffeur d’Oussama Ben Laden est rentré au Yémen. Depuis, Salim Hamdane est au chômage. Comme les treize autres Yéménites revenus au pays, ces deux dernières années. « Personne ne veut les employer », regrette l’ONG locale Hood, qui milite pour leur réhabilitation dans la société. Dans son dernier rapport, l’organisation américaine, Human Rights Watch, dénonce, de son côté, les tortures, dont la plupart ont été victimes, durant leur passage en prison, à leur retour au Yémen. Aucun d’entre eux n’a pourtant « repiqué » au terrorisme, indique le Figaro.

 

Mais un journaliste, qui a réussi à contourner l’interdiction officielle de les rencontrer, met en garde : « Les anciens de Guantanamo sont étroitement surveillés. Certains se sont mariés. Leurs familles se sont porté garantes de leurs agissements. Mais à moyen terme, ceux qui n’auront toujours pas retrouvé du travail succomberont de nouveau aux sirènes d’al-Qaida ».

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sonja 05/01/2010 11:33


Bonjour
Le terrorisme est le cancer de notre société à l'échelle internationnale. Une virulente façon de montrer son désacord contre un autre genre de terrorisme. Celui là plus insidueux. Nos sociétés
dites civilisées torturent et tuent elles aussi. A des niveaux différents. La torture n'est pas le monopole d'un groupe ou d'un pays défini. C'est le genre de chose que les pays européens ont par
le passé mis au point. Notre siècle de colonisations a vu lui aussi dans ce qu'il y a de plus atroce la violence. Au nom de la dite "civilisation". On avait seulement oublié que chaque pays possède
une civilisation qui lui est propre. La colonisation a laissé derrière elle un très mauvais exemple et de bien mauvaises manières. La violence ou la torture sous toutes ses formes, et où qu'elle se
pratique c'est une odieuse façon de conjuguer le monde des hommes. La révolte à l'échélle planètaire occupe les esprits.
On prive pratiquement tous les humains de leurs droits fondamentaux. Alors oui, cela ne peut générer qu'un autre terrorisme.
Les pays riches ont de ces libertés qui tuent les voisins pauvres.
Alors oui, nous avons apporté une civilisation de violence.
N'a-t-on pas dépeuplé certains continents au nom de la "civilisation" ?
Si cela ne s'appelle pas terrorisme...
Où est la liberté des hommes aujourd'hui ?
Et on s'amuse à réprimer la violence ou le terrorisme avec les mêmes armes. Il y a de quoi s'interroger...
Sous n'importe quelle forme la violence est une abominatioln et ne montre pas la voix d'une intelligence pratique
Alors vive la civilisation à laquelle nous avons droit !
Bonne joiurnée
Sonia


Denis-Zodo 06/01/2010 15:52


Dans quel univers vivons-nous? Hier des amis de circonstance, aujourd'hui des ennemis sans nom.Je pense que le développement et le sous développement sont la cause de
tous ces phénomènes sociaux. Ah oui, j'ai tout vu et j'ai tout compris. Le plus fort reste le plus fort, et le plus faible reste le plus faible. D'où vient Al Qaida? N'est-ce pas une fabrication
toute trouvée de l'Occident pour accuser les pays sous développés comme le Nigéria? Je condamne la violence sous toutes ses formes. Mais cela ne m'empêche pas de dire que l'Occident
en rajoute.
Je te souhaite une très bonne reprise pour ce début d'année 2010 que je souhaite pleine de santé. Quant à moi, je traîne les pieds encore. Toutes mes amitiés.