Bras de fer Tripoli-Berne, Rachid Hamdani part, Max Göldi détenu

Publié le par Denis-Zodo

Au terme d'un bras de fer diplomatique qui a culminé avec l'encerclement de l'ambassade de Suisse à Tripoli, un des deux hommes d'affaires helvétiques retenus en Libye depuis juillet 2008 a pu quitter le pays lundi tandis que l'autre été incarcéré.

Max Göldi a quitté la mission pour être emmené en prison où il doit purger une peine de quatre mois pour infraction à la loi sur l'immigration. Poursuivi pour les mêmes faits, mais relaxé en appel, son compatriote Rachid Hamdani a été escorté en voiture jusqu'à la frontière tunisienne.

La police libyenne avait bouclé en fin de matinée la mission diplomatique suisse à Tripoli, exigeant que lui soient remis les deux hommes d'affaires, dont les ennuis en Libye remontent à la brève interpellation à Genève d'un des fils du colonel Mouammar Kadhafi, Hannibal, et de son épouse.

Le couple avait été appréhendé le 15 juillet 2008 par une vingtaine de policiers dans un palace genevois pour mauvais traitements envers leurs domestiques, une Tunisienne et un Marocain, à la suite d'un esclandre signalé par le personnel de l'établissement.

Le couple Kadhafi a démenti ces accusations et a pu quitter la Suisse après avoir versé une caution. La justice helvétique a renoncé quelques semaines plus tard à ses poursuites contre les Kadhafi, lorsque les deux domestiques ont retiré leur plainte après être parvenus à une transaction avec leurs employeurs.

Bien que Tripoli nie tout lien entre les deux affaires, les démêlés judiciaires des deux ressortissants helvétiques sont intervenus dans la foulée de cette affaire. L'indignation de Tripoli s'était aussi manifestée par le retrait de cinq milliards de dollars d'avoirs libyens des banques suisses et par l'interruption de ses livraisons de pétrole à la Confédération.

MENACE D'INTRUSION

La Libye a obtenu un an plus tard des excuses du président helvétique Hans-Rudolf Merz, en visite à Tripoli, pour le traitement réservé à Hannibal Kadhafi. Berne espérait que ce geste faciliterait la libération de ses deux ressortissants, mais il n'en fut rien.

Depuis, le contentieux concernant les deux hommes d'affaires suisses avait traîné en longueur, notamment parce qu'ils s'étaient réfugiés à l'ambassade de Suisse dans l'attente de l'issue de leurs appels, de crainte d'être emprisonnés.

Le 11 février dernier, une cour d'appel libyenne a réduit à quatre mois la peine de 16 mois de prison infligée en première instance à Max Göldi pour infraction à la législation sur l'immigration. Mais Hamdani avait pour sa part été blanchi en appel.

Le contentieux helvético-libyen a pris la semaine dernière une dimension européenne lorsque Tripoli a cessé d'accorder des visas à la plupart des ressortissants européens, en représailles d'une décision suisse d'interdire d'accès à la confédération plusieurs dizaines de Libyens, dont la famille Kadhafi.

La Libye avait donné à la Suisse jusqu'à 10h00 GMT ce lundi pour remettre ses deux ressortissants, faute de quoi elle menaçait de prendre des mesures non spécifiées. Selon le ministre autrichien des Affaires étrangères, les policiers libyens menaçaient de faire intrusion dans la mission.

Plusieurs ambassadeurs européens se seraient rendus sur place en signe de solidarité, a-t-il dit. Finalement, la reddition des deux Suisses a remis les choses "dans le cadre de l'application de la loi", a déclaré un responsable du ministère libyen de la Justice, Khaled Kouaïeb.

Le premier, Hamdani, est "innocent et a été autorisé à quitter le pays", le second "va purger sa peine de quatre mois de prison", a précisé ce haut fonctionnaire devant le bâtiment de l'ambassade, où les effectifs de police ont ultérieurement été allégés.

On ignore encore dans quelle mesure ce dénouement pèsera sur les restrictions concernant les visas pour les Européens, que l'UE a déplorées la semaine dernière. Selon un diplomate européen, "nous nous dirigeons vers une solution à cette question".

Source : Reuters

Publié dans Politique africaine

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