Avant la présidentielle du 28 février 2010, la classe politique togolaise divisée

Publié le par Denis-Zodo

Ils sont venus, ils se sont vus, ils ne se sont pas entendus. C’est, pour paraphraser la célèbre déclamation de César après sa victoire rapide et écrasante sur Pharsale et la mort de Pompée, le résultat auquel sont parvenues les deux parties togolaises (Opposition et Majorité présidentielle) pendant leur dernière rencontre qui a eu lieu à la Présidence du Faso le dimanche 27 décembre 2009.

11 heures à 15 heures. C’est le temps qu’ont pris les discussions, fait remarquer l’Observateur Paalga, un quotidien burkinabé. A la précédente rencontre, soit le 14 décembre 2009, elles ont duré à peine deux heures, nous a fait remarquer un confrère qui avait fait le pied de grue ce jour-là. A ces retrouvailles d’avant Noël, à défaut de consensus, l’hôte qu’était le Président du Faso avait renvoyé les deux groupes dos-à-dos, leur conviant à un énième rendez-vous pour « la semaine prochaine ».

Cette fois-ci, avec les heures qui s’égrenaient dans les montres des journalistes qui attendaient la fin des travaux, l’on se disait qu’il y avait de la détente dans l’air et que les parties ont probablement accepté d’accorder leurs violons. Et pourtant ! Celui qui avait parié une grosse somme en faveur de cette éventualité n’aura que ses yeux pour pleurer.

Chaque tendance est encore restée campée sur sa position, notamment sur la principale pierre d’achoppement qu’est le mode de scrutin. Me Djodji Apévon, président du CAR (Comité d’action pour le renouveau), porte-parole de l’Opposition : « Nous avons demandé avec insistance que le prochain scrutin se déroule à deux tours, mais la Majorité souhaite qu’il soit maintenu à un tour. Pendant plusieurs semaines nous avons essayé d’accorder nos violons mais, malheureusement, nous nous rendons compte que les positions sont restées tranchées sur la question. Nous n’avons donc pas pu nous entendre. Il n’y a pas eu de consensus ».

Oui, il a raison. La position de la Majorité présidentielle n’a pas varié d’un iota, elle qui ne jure que par le scrutin à un tour. Après avoir développé l’argumentaire de cette structure, son principal représentant, Pascal Bodjona, dont la silhouette est reconnaissable parmi mille sur le perron du palais de Kosyam, a ensuite levé un petit pan du voile sur les espoirs du Facilitateur Blaise Compaoré : « Le président du Faso a souhaité que le mode de scrutin ne soit pas la référence de la qualité du scrutin présidentiel de février 2010. Pour le reste, nous allons continuer à travailler pour que le processus qui est enclenché puisse se poursuivre dans un climat apaisé, en respectant les normes et les standards afin que cette élection soit vécue comme un rendez-vous démocratique ».

Du reste, l’argument massue que ne cesse de brandir les envoyés du président Faure Gnassingbé, c’est d’abord l’Accord politique global né du Dialogue inter togolais où, nulle part, il n’est mentionné que le mode de scrutin doit être changé ; ensuite, et surtout, les articles 59 et 60 de la Constitution togolaise de 1992, remaniée en 2002, qui stipulent que le président de la République est élu au suffrage universel direct et secret pour un mandat de 5 ans et que cette élection a lieu au scrutin nominal à un seul tour.

Même si elle ne se faisait pas beaucoup d’illusions en quittant Lomé, l’Opposition togolaise rentre au bercail certainement déçue. Quelle sera sa position relativement à la prochaine présidentielle ? Celui qui a été mandaté pour parler en son nom ne s’est pas hasardé à prendre position. Tout dépend de la décision de chaque entité politique, a prudemment avancé Me Djodji Apévon : « Nous ne pouvons décider au nom de qui que ce soit. Je suis président national du CAR et c’est au niveau de ma formation que nous apprécierons si nous irons ou pas aux élections. Je pense que c’est la même procédure pour les autres regroupements qui composent l’opposition ». La perspective de candidatures nombreuses et en rangs dispersés semble donc toute tracée. Et c’est d’ailleurs le reproche fait toujours à cette Opposition togolaise qui peine elle aussi à se trouver un consensus en son propre sein. Peut-on par cette sortie médiatique du porte-parole dire adieu à une candidature unique de l’Opposition ? Sans répondre par l’affirmative ou la négative, le président national du CAR a préféré verser dans l’optimisme.

« Ça, c’est un autre problème que vous posez. Sur ce sujet, le débat n’est pas clos. Nous continuons de réfléchir ! Peut-être que les derniers événements vont nous contraindre à cela ! ».

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Publié dans Politique africaine

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