Après l'échec démocrate dans le Massachusetts, Barack Obama contre-attaque

Publié le par Denis-Zodo

  Sur la défensive, il a signifié, au cours d'un entretien sur la chaîne ABC, publier par lemonde.fr, qu'il préférerait être "un très bon président" qui n'accomplirait qu'un mandat plutôt qu'un "président médiocre qui en ferait deux". Il voudrait que l'on retienne qu'il n'a pas changé. "Que les gens ne disent pas Washington l'a changé mais il a changé Washington."

Sans même attendre son discours annuel sur l'état de l'Union, mercredi 27 janvier, Barack Obama a été contraint de dévoiler lundi certaines de ses propositions, un ensemble d'abattements fiscaux et de mesures en faveur des étudiants, de familles avec enfants en bas âge et des retraités, qui figuraient déjà dans le budget l'an dernier mais n'avaient pas trouvé de financement. Il a profité de la 12e réunion du "groupe de travail sur la classe moyenne", dirigé par le vice-président Joe Biden, pour exposer le nouvel ordre de priorités de son gouvernement : la création d'emplois, la réduction du déficit budgétaire et le "changement" à Washington. La réforme du système de santé a été reléguée dans la liste à une place non précisée, mais qui continue à faire l'objet de discussions entre la Maison Blanche et le Congrès.

Montrant qu'il a pris en compte l'inquiétude de ses compatriotes - et notamment des électeurs indépendants - quant à l'ampleur du déficit budgétaire (1 400 milliards de dollars), M. Obama a aussi décidé de geler les dépenses de l'administration pendant trois ans, à l'exception de celles concernant l'armée, la sécurité nationale, les retraites et l'assurance santé. Il devait annoncer cette mesure pendant son discours et l'inclure dans le projet de budget 2011 que le président soumet traditionnellement au Congrès le 1er février pour l'année fiscale commençant le 1er octobre.

Sont concernés par le gel les subventions agricoles, le contrôle aérien, les parcs nationaux et l'une des priorités - jusque-là - de M. Obama : l'éducation. L'économie réalisée serait de 10 à 15 milliards de dollars dès 2011, un chiffre trop maigre aux yeux des républicains qui ont ironisé sur le "régime" intervenant après les "excès". M. Obama a exclu d'augmenter les impôts "lorsque l'économie est encore aussi faible".

Le président a également décidé de la création d'une commission nationale sur la réduction du déficit qui serait composée de démocrates et de républicains. La gauche est tout à fait opposée à cette idée, qu'elle voit comme le prélude à une érosion du système de retraites. Au Sénat, où la mesure devait être examinée mardi, les 60 voix nécessaires à la création de la commission n'étaient pas réunies. Mais M. Obama a indiqué qu'il procéderait par décret. Avant de geler les dépenses, M. Obama souhaiterait voir définitivement adopté un nouveau plan de 150 milliards de dollars pour favoriser la création d'emplois. La Maison Blanche parle d'aide à l'emploi pour éviter le terme de "plan de relance", qui rappelle le programme de 787 milliards adopté en février 2009 et devenu impopulaire. Selon un sondage CNN/Opinion Research Corporation, les trois quarts des Américains pensent que la moitié au moins des sommes investies ont été gaspillées. Et 63 % sont persuadés que l'argent a été distribué selon des critères de favoritisme politique.

Lundi soir, M. Obama a admis des erreurs de communication, comme d'avoir tenu les dernières discussions sur la réforme de la santé à huis clos, contrairement à ses promesses électorales. Devant l'urgence de la situation et le nombre de décisions à prendre, a-t-il dit, "nous nous sommes plus souciés de prendre les bonnes décisions que du processus". Mais, a-t-il admis, "j'avais fait campagne sur le processus, sur le fait de changer Washington, sur la transparence (...). Le débat sur la santé a fait naître de légitimes inquiétudes, pas seulement parmi les opposants mais aussi parmi si les supporters".

Mais il a assuré qu'il n'entend pas "ralentir" même si "le plus simple serait d'éviter la controverse et de proposer des choses qui ne menacent pas les intérêts particuliers à Washington". Et d'ajouter : "Je ne veux pas repenser à mon passage ici et me dire : tout ce qui m'intéressait, c'était de conforter ma propre popularité."

Signe que la campagne 2010 est déjà lancée, Obama a fait revenir David Plouffe, un maître de la carte électorale, l'artisan de sa victoire de 2008. Basé au Parti démocrate, M. Plouffe va coordonner la campagne pour les élections de novembre (renouvellement de la Chambre des représentants et d'un tiers du Sénat). Il a tenté de revigorer ses camarades assurant que "le cauchemar de novembre" n'est pas inéluctable et que la manière de l'éviter, c'est de "prouver que nous n'avons pas seulement l'intellect pour gouverner" mais aussi "les tripes". Mais les démocrates n'ignorent pas que leur sort dépendra largement de l'état de l'économie à la rentrée de septembre.

 

 

 

 

 

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