Les bidonvilles : enjeu électoral, mais illusion de développement !

Publié le par Denis-Zodo

L’ouverture du champ électoral en Côte d’Ivoire depuis les années 90  transforme de plus en plus les ressorts et les logiques de la compétition politique. Dans les bidonvilles en particulier, la mise en concurrence des candidats les amène à proposer des infrastructures collectives et des formes d’aménagement de l’espace jusqu’alors inédites, au risque même d’entrer en conflit avec les autorités. Du coup, les menaces de destruction font place à la tolérance et aux promesses de constructions.

La Côte d’Ivoire est un pays comprenant une forte population des quartiers précaires appelés « Bidonvilles ». Malgré les politiques d’« éradication » ou de « résorption » des bidonvilles engagées par l’Etat ivoirien, ces espaces qui abritent aujourd’hui encore plus de 25 % des ménages urbains font l’objet de convoitise. Ainsi, fortement stigmatisants, les bidonvilles sont souvent perçus comme des « réservoirs naturels » du vote clanique après avoir été longtemps considérés comme des outils de gestion  électoral du pouvoir. L’équation consistant à associer pauvreté, religion et politique, fait que nos hommes politiques sont toujours présents. Il faut, selon eux, que cela soit un facteur de progrès pour ces populations.

En effet, l’ouverture, certes relative, de la compétition électorale a permis l’entrée de nouveaux acteurs dans la course à la représentation et encouragé l’expression de pratiques renouvelées de légitimation pour séduire des électeurs. L’instauration d’un clientélisme électoral concurrentiel a ainsi favorisé la mise en place de formes alternatives du lien avec des électeurs en position de négocier leur vote de manière plus avantageuse, en obtenant plus que la marchandisation des suffrages. Dans ces conditions, la population en difficulté en général et celles des quartiers précaires en particulier, deviennent la cible privilégiée des politiques. Que recherchent réellement les politiques ?

Transformer le quotidien du groupe pour se légitimer ou tromper la population à travers des promesses qui ne se réaliseront jamais ?

Dans les pays du nord, ces évolutions ont eu une portée significative dans certains quartiers  urbains populaires et davantage dans les bidonvilles, caractérisés par une forte demande habitante en termes d’équipements collectifs.

Les attentes « bidonvilloises » insatisfaites et refoulées par l’administration ou l’ancien pouvoir, ont rencontré dans ces années (années électorales) une offre politique jusqu’alors inexistante. Sans s’inscrire totalement en dehors du cadre clientéliste régulant la relation aux votants, les candidats ou partis politiques ont toutefois contribué à le transformer, en favorisant l’émergence d’un clientélisme collectif où les dons du patron ne sont plus individualisés mais constituent des services indivisibles, s’adressant au groupe.

Il s’agit, pour s’affirmer comme patron politique, d’introduire des faveurs susceptibles de modifier radicalement le cadre de vie des bidonvillois et de prouver sa capacité à mieux faire concrètement que ses concurrents. L’ordinaire des populations a ainsi évolué grâce à des formes d’aménagement de l’espace inédites, comme la mise en place de réseaux d’adduction des eaux usées ou encore la construction « en dur » des logements ou de la voirie  pour certains.

Ainsi, les nouvelles élites politiques ne jouent plus seulement le rôle qui leur est traditionnellement alloué en régime autoritaire d’intercesseurs, d’intermédiaires entre le pouvoir central et leur base. Elles sont souvent obligées d’abandonner leur posture de « courtiers privilégiés » pour adopter celle de porte-parole et de défenseur des intérêts des électeurs, quitte pour cela à défendre des initiatives contraires aux codes et aux injonctions du pouvoir central.

Cependant, les patrons politiques ne cherchent pas à renverser l’ordre social et politique : ils ont plutôt intérêt à maintenir plus ou moins le statu quo imposé au bidonville par les autorités en le rendant plus « vivable » et en s’attribuant les mérites des évolutions instaurées. Le but étant de conserver sur place un électorat captif et dépendant. Il n’empêche que les solutions bricolées qu’ils proposent, remettent en cause le veto étatique sur l’aménagement de l’espace et agissent sur le groupe habitant, en créant de nouvelles attentes et en stimulant de nouvelles .

Mais, les problèmes ressurgissent après les élections, car pour être tolérés par les pouvoirs publics et se pérenniser, ces territoires doivent en effet rester des lieux du provisoire. Dès lors, les initiatives d’appropriation et d’aménagement de l’espace y sont à la fois largement prohibées et étroitement contrôlées, car susceptibles d’être interprétées comme une forme de reconnaissance du droit à l’existence des bidonvilles et de leurs habitants.

Fort de tout cela, l’insertion des « bidonvillois » dans des réseaux de clientélisme électoral limite formellement la mobilisation de ces populations

Certains partis politiques, ont fondé leur légitimité en grande partie, sur la dénonciation de ces formes de négociation politique qu’ils appréhendent uniquement sous le prisme de la corruption. Envisager à l’échelle nationale, les mesures de « libéralisation » de ces zones, c’est créer une illusion de développement pour ces populations.

 

Publié dans Environnement

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