Incendie des marchés : installations électriques anarchiques ou pyromanie ?

Publié le par Denis-Zodo

Des incendies récurrents En début de semaine dernière, un incendie s’est déclaré dans l’un des grands marchés du pays et a tout détruit au passage. Et cela fait la énième fois qu’un marché brûle. Pour les occupants, l’origine est inconnue. Mais, quelles sont les causes en générale des incendies des marchés ? La réalité du phénomène du risque d’incendie Dans la plupart des incendies, le voisinage indexe les connexions anarchiques des câbles électriques comme causes réelles. D’après le constat fait sur le terrain, par l’expert, l’enchevêtrement des câbles électriques visibles autour, voire à l’intérieur de la plupart des bâtiments qui servent de magasins, de dépôts de marchandises, de boxes de vente, accrédite ce fait. En effet, plus de 80% des incendies de marchés survenus ces derniers temps en Côte d’Ivoire, selon les riverains, proviendraient des installations électriques anarchiques pratiquées par de nombreux occupants des boxes dans ces grands marchés communaux. Les autres sont des incendies criminels ou par imprudence, ou encore d’origine inconnue. On l’a vu ces derniers temps, plusieurs incendies de marchés sont survenus dans les villes de Côte d’Ivoire, causant d’énormes dégâts matériels et des pertes en vies humaines. Ces incendies peuvent être le fait non seulement des installations électriques précaires et non conformes aux normes, mais aussi de l’encombrement de l’espace du marché, rendant impossible toute intervention extérieure ainsi que de l’absence d’un système efficace de lutte contre l’incendie ou de l’éloignement du service de secours. Mais, qu’est ce qui explique ces installations anarchiques ? Plusieurs installations anarchiques Pour les riverains, s’il y a autant d’installations anarchiques, cela est simplement dû au fait que les coûts des services des sociétés agréés pour accomplir ce genre de travaux sont jugés exorbitants. En plus, indiquent-ils, elles sont très lentes dans l’exécution des travaux. Cependant, ils sont conscients du danger. Ainsi, disent-ils « nous reconnaissons que ces branchements sont mal faits, mais nous sommes quelques fois obligés de le faire, car il est très compliqué de déplacer un agent des sociétés agréées pour une quelconque réparation, d’où le recours à ces électriciens à portée de main, en dépit des risques encourus. » Plusieurs commerçants ont déjà perdu des centaines de milliers de francs au cours des incendies causés par ces branchements électriques anarchiques. N’y a-t-il pas aussi de pyromanes parmi les pompiers? Beaucoup de rumeurs circulent sur les causes des incendies de marchés. La plus répandue laisse entendre que les maires des communes concernées eux-mêmes ordonnaient la destruction des marchés afin de les remplacer par des centres commerciaux modernes (car ces espaces devenus, selon elles, anarchiques et difficile à contrôler) et pour justifier par ailleurs leurs mauvaises gestions, et construire une argumentation politique. Cependant, Attention aux Supers Témoins ! Car, selon André Prévost, il y a trois sortes de témoins : celui qui a bien vu mais qui doute de ce qu'il a vu. Celui qui a mal vu et croit avoir bien vu. Celui qui n'a rien vu et jure d’avoir tout vu. Ici, on ne rencontre généralement que la dernière catégorie … En outre, les OVNIS seraient-il à l'origine des incendies ? On dirait un épisode de X-Files. Sauf que le document confidentiel remis aux autorités italiennes et dévoilé par L’Espresso est tout ce qu’il y a de plus sérieux. Et ses conclusions, troublantes : “Tests militaires secrets ou expériences extraterrestres.” En 2004, une série d’incendies spontanés se déclarent dans le village de Canneto di Caronia, en Sicile. Plus de 180 appareils électroménagers non branchés s’enflamment spontanément, les téléphones portables sont pris de folie, les GPS fondent littéralement. Chercheurs italiens et étrangers accourent dans le village sicilien. Mais, comme leurs collègues venus de toute l’Europe pour résoudre cette folle énigme, les scientifiques du Centre national de recherche de la péninsule déclarent forfait, écrivent Giuseppe Lo Bianco et Piero Messina dans l’hebdomadaire italien. Ici, l’exorciste en chef du Vatican, le père Gabriele Amorth, dénonce quant à lui l’œuvre du Malin. Devant ces facteurs multiples prévisibles, comment prévenir efficacement ce fléau. Aussi, la prévention de celui-ci n’est pas détachable d’une prévention générale des risques urbains en raison de les interconnexions entre ces maux. Dans cette perspective, que doivent faire les collectivités locales ? Ou du moins le ministère de la ville et de la salubrité ainsi que celui de la construction et de l’urbanisme ? Les collectivités locales face à la gestion des risques La politique des risques des collectivités locales doit prendre en compte plusieurs facteurs parmi lesquels la perception du risque dans la société africaine et les obstacles éventuels à la prévention. Comment perçoit-on le risque d’incendie dans la société africaine ? Dans les pays en développement, la précarité sociale donne du risque, une perception souvent liée aux croyances selon lesquelles, les risques et les accidents ne relèvent pas de la volonté humaine et contre eux, il n’y a aucune protection. Les populations s’abritent derrière la fatalité comme forme de conjuration du risque. Les populations les plus touchées sont souvent les plus défavorisées. Ce sont elles qui s’installent dans les zones marécageuses, ou dans des habitations de fortune sans eau courante ni électricité. La précarité des populations défavorisées dans les grandes villes africaines constitue en elle-même un risque, vécue comme inhérente à la pauvreté. A cette permanence du risque, répond une culture dite d’urgence. On pare au plus pressé, à la catastrophe, tel l’incendie, mais on ne la prévoit pas ni sur le plan technique, ni sur le plan sociologique. Des obstacles à la politique de prévention Ces obstacles sont de trois ordres : • Technique. Sur le plan technique, les obstacles sont liés à la non application des règles d’occupation des sols, voire à l’absence de ces règles. Les communications sont souvent imparfaites et il n’existe pas de système d’alerte. Sans oublier que lorsque survient la catastrophe, les secours sont attendus de l’étranger, du fait de la faiblesse de l’équipement sanitaire et des moyens d’évacuation. • Institutionnel et politique. L’inefficacité des secours est due aussi à une mauvaise coordination des acteurs (gouvernement, agences et organisations non gouvernementales) quand ils ne sont pas dus tout simplement au mauvais fonctionnement de l’Etat. Le détournement des secours, observable dans plusieurs villes, correspond en amont au désintérêt de l’Etat pour la prévention des risques. • Culturel. Sur le plan culturel, les obstacles rencontrent la perception du risque qui permet de l’intégrer dans l’insécurité ambiante des couches défavorisées de la société. Quelles recommandations pour améliorer la gestion des risques en général et celui des incendies en particulier ? Pour prévenir les risques, il faut en avoir une connaissance précise tant du point de vue des enjeux que des facteurs aggravants, s’assurer une réglementation adéquate de l’aménagement, promouvoir un système de surveillance et d’intervention en cas d’accident. Chaque risque découle de phénomènes particuliers relevant de mécanismes d’origine naturelle ou technologique qui n’acquièrent leur dimension de catastrophe qu’en présence d’enjeux humains, économiques ou environnementaux. Pour les risques naturels, la mise en danger des personnes survient surtout lorsque les délais d’alerte et d’évacuation sont trop courts ou inexistants. Pour les risques technologiques, dont la manifestation immédiate est l’explosion, l’incendie ou le nuage toxique, fait suite à une fuite de produit toxique ou sa combustion. L’approche rationnelle de la gestion des risques d’incendie commence donc par le recensement des grands risques naturels dans la région. Cette identification doit être suivie d’une évaluation un zonage des risques ainsi que des populations installées et une planification préventive des secours nécessitant des politiques éducatives, des moyens économiques et administratifs pour les gérer. Ainsi, contre les catastrophes naturelles, cinq mesures peuvent être prises d’emblée : • orientation de l’urbanisation vers des zones moins risquées, • développement d’une politique dans le sens de modifier les actions anthropiques génératrices de risques, • fixation des normes de construction adaptées, • réalisation des ouvrages de génie civil, correctifs de stabilisation des pentes, de canalisation des cours d’eau, de lutte contre l’érosion par le reboisement, • installation des systèmes et des équipes d’alerte et de surveillance et organisation d’un système de secours éventuel. Ces recommandations nécessitent par ailleurs, la prise en compte des conditions sociologiques, des moyens techniques, des pratiques d’urbanisme propres à chaque Etat et à chaque région, permettant d’optimiser la prévention en associant d’ailleurs les populations concernées à la politique préconisée. Cependant, la prise en compte des risques généraux dans l’aménagement du territoire doit être la règle. La politique de décentralisation mise en place en Côte d’Ivoire, rend les collectivités locales, responsables en partie de l’urbanisme et de la qualité de l’environnement, d’où la nécessité : • d’intégrer le risque dans les documents d’urbanisme, de réglementer la construction ou l’implantation d‘une réglementation et la mise en place des procédures spécifiques telles qu’un « plan de prévention des risques » qui comprenne un document synthétique d’information sur les risques majeurs, appréhendant la description des risques et de leurs conséquences pour les personnes, les biens et l’environnement et conçu comme support à l’information des populations, un système d’information préventive, et un système d’alerte, • d’assurer un système de surveillance avec l’élaboration d’une carte de synthèse des risques naturels et technologiques, le zonage et le repérage des zones à risques, la cartographie des enjeux, • de se préparer à la crise avec la mise en place préventive d’un plan de secours, des procédures et réglementations adaptées.

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Arielle 16/03/2009 18:08

Après le marché de Belle-ville à Treicheville, Port-bouët, Gagnoa, c'est dire que nos marchés ne sont pas en sécurité. les pauvres commercçants ont tout perdu. Et le Gouvernement de Soro ne prend aucune mesure pour remédier à ces incendits à repétition!!!

Denis-Zodo 17/03/2009 10:20


nous avons évoqué les incendies recurrents sur les marchés .chacun prendra ses responsabilités. merci