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Lundi 20 octobre 1 20 /10 /Oct 17:43

L’Afrique subit avec une acuité particulière les déstabilisations politiques et sociales dues à des causes internes et externes. Depuis 1952, année du premier coup d’État perpétré en Égypte par Nasser contre le roi Farouk, le continent africain a connu 77 conflits armés depuis 1945 et 75 coups d’État. Ce chiffre atteint 115 si l’on y ajoute les tentatives de coup d’Etat.

 

Qu’est ce qu’un coup d’Etat ? Quelle est l’origine de la multiplicité de coups d’Etat en Afrique ?

 

Un coup d’État ou un putsch est un changement de pouvoir soudain, imposé par surprise, par une minorité utilisant la force des armes.

On le distingue d'une révolution en ce que celle-ci est populaire et massive, alors qu'un coup d'État est effectué par un petit groupe, comme le « quarteron de généraux » (de Gaulle à propos du putsch des Généraux) ou quelques colonels (en Grèce à propos du régime des colonels) qui prennent violemment le pouvoir afin d'instaurer une junte.

Le terme français de coup d'État (coup d'État du 18 brumaire) a été repris, tel quel, en anglais (entre autres), car il n'y a pas de mot d'origine anglaise pour décrire ce type d'opération.

Le mot putsch, d’origine suisse allemande , communément utilisé en français est l’équivalent du mot coup d’Etat. Il a été, à l'époque moderne, popularisé par les coups d'État manqués de 1920 et 1923 en Allemagne (putsch de Kapp et putsch de Munich).

En quoi consiste le coup d’Etat ?

 

La technique de base du coup d'État consiste à s'emparer des organes centraux de l'État ou à les neutraliser, en occupant leurs lieux de fonctionnement qui sont aussi les lieux symboliques du pouvoir.

 De l’ampleur du phénomène en Afrique

L’Afrique fait l’objet de plusieurs coups d’Etat. En effet, sur 53 pays indépendants, seuls trois d’entre eux sont restés stables depuis l’indépendance. Les coups d’Etat en Afrique ou leurs tentatives finissent généralement dans des guerres prolongées. A titre d’exemple, on peut citer les guerres du Tchad (40 ans) ; du sud Soudan (37 ans); d’Érythrée (30 ans) ; d’Angola (27 ans,) etc.

 En outre, ces guerres n’épargnent aucune région géographique du continent  réparti en trois grandes zones : la Corne de l’Afrique (Éthiopie, Soudan, Érythrée, Somalie), l’Afrique australe, 12 conflits, et l’Afrique de l’ouest, une dizaine de guerres.

En dehors de l’Afrique du Nord avec à sa tête le Maroc qui reste " marginale ", apparaissant comme un havre de paix, hormis l’Algérie qui eut " sa " guerre,combien d’Etats africains peuvent-ils aujourd’hui s’enorgueillir d’avoir établi et enraciné des conditions de succession mature au pouvoir ? Le Sénégal ? Juste un fantastique exception. L’Afrique du Sud ? Un merveilleux rêve? Le Gabon, Un miraculeux petit laboratoire, le Kenya …

 Et au-delà ? Rien. Presque rien. Le phénomène des coups d’Etat est donc crucial.

Pour mieux appréhender les causes de ces coups d’État en Afrique on peut les classer dans deux périodes  historiques distinctes : celle allant de 1952 à 1989, année marquant le début des processus de démocratisation, et celle de 1989 à nos jours.

Cinquante-trois coups d’État ont été enregistrés durant la première période, contre 20 durant la seconde. Ici aussi, deux grandes zones existent : l’océan indien, Seychelles et Comores notamment, le dernier cité détenant le record avec 15 à 18 coups d’État depuis son indépendance, et l’Afrique de l’ouest (34 coups d’État).

On le voit, l’instabilité ronge l’Afrique : A titre d’illustration, on a les coups d’Etat en Guinée-Bissau (septembre 2003) et à Sao-Tomé- et-Principe (juillet 2003), tentatives de putsch au Burkina Faso et en Mauritanie (octobre 2003), renversement de M. Charles Taylor par une rébellion au Liberia (août 2003), remous politiques au Sénégal (année 2003), déstabilisation de la Côte d’Ivoire (depuis septembre 2002)… l’Afrique de l’Ouest semble s’être durablement installée dans la crise politique. Au total, l’Afrique de l’Ouest se trouve au bord de l’effondrement général qui compromet son développement.

Et si certains pays y échappent, pour combien de temps seront-ils à l’abri des secousses ? Il convient de rechercher objectivement les causes de ce phénomène afin d’y apporter des solutions idoines.

Les causes

Les caractéristiques générales révèlent que, déjà fragiles, les jeunes Etats indépendants ont hérité d’une souveraineté chancelante que la domination des multinationales et la dislocation des sociétés sous l’effet des politiques d’ajustement structurel et la male gouvernance ont achevé de réduire à néant. Ainsi, la puissance publique devient une fiction dont on cherche à tirer profit et le coup d’Etat un mode naturel de conquête du pouvoir.

Partant, les causes peuvent être classées en causes endogènes et causes exogènes.

Les premières citées sont essentiellement liées aux dysfonctionnements de l’État africain post-colonial qui n’était pas préparé à assurer la paix et la sécurité à l’intérieur de ses frontières. D’où sa faillite sur trois plans.

D’abord sur le plan politique. Le pouvoir politique est détenu par un parti dominé par un individu ou un petit groupe, ce qui entraîne la gestion opaque des affaires publiques et l’absence d’alternance à la tête de l’État.

Ensuite, la faillite sur le plan économique marquée par l’exercice par l’État d’un monopole dans la gestion des ressources nationales. " Ces ressources sont monopolisées au profit de cercles politico-mafieux proches du pouvoir ". Toute chose qui entraîne des inégalités et injustices sociales.

Enfin, une faillite sur le plan sécuritaire incontestable justifie cela. En effet les Forces de Défense et de Sécurité, censées assurer la protection des personnes et des biens, sont instrumentalisées par les dirigeants en vue d’assurer leur longévité au pouvoir. Ainsi, ils procèdent aux recrutements des membres des formations militaires et sécuritaires sur la base partisane ou tribale, ethnique ou religieuse. Aussi, après leur venue au pouvoir avec l’aide des factions armées (milices, rebelles…), les dirigeants abandonnent leurs promesses à leur endroit. Cela entraîne de fait l’émergence des groupes armée hostiles frustrés par cette pratique injuste.

La mise en jachère de l’Etat et la transformation de l’espace public en arène féroce où ne peut par conséquent prospérer que le langage du vice institutionnalisé et de la force débridée – à l’instar de la désespérante répétition des coups de force militaires, qui atteint aujourd’hui des pays jusque-là réputés « stables » comme la Côte d’Ivoire,la question n’est donc pas tant le coup d’Etat que les conditions et les situations qui permettent, autorisent ou encouragent la tentation du coup de force à la tête de l’Etat. Par exemple, il est évident que les coups d’Etat ne sont pas le fait d’armées républicaines. Or il ne saurait y avoir d’armée républicaine sans République. Dans ce cas de figure précis, ce serait une farce que d’essayer de rendre républicaine une armée qui opère dans un contexte où tout est  juré avec la République ;

A ces causes s’ajoutent les facteurs aggravants, notamment la privatisation de la guerre à travers la création de milices privées à la solde d’individus assoiffés de pouvoir, la circulation inquiétante des armes légères et la manipulation de l’information par certains médias au profit de certaines personnes qui aspirent au pouvoir, ainsi que des promesses électorales non tenues. On a aussi la mauvaise politique de réinsertion économique et enfin, l’enjeu du partage du pouvoir d’Etat.

A ces facteurs, il convient d’ajouter, une boulimie de certains individus pour le pouvoir, des ambitions personnelles démesurées (cas de Jonas Savimbi en Angola qui a guerroyé pendant 27 ans). Il y a aussi les dérapages relevés au niveau des processus démocratiques, ainsi qu’une gestion approximative de la question nationale.

Sur les facteurs extérieurs, le partage de l’Afrique par la Conférence de Berlin en 1885 a jeté les bases d’un certain nombre de problèmes, en particulier la naissance d’États artificiels, sans cohésion, sans viabilité. " Les colonisateurs ont beaucoup usé de la tactique du diviser pour régner. Ils ont ainsi favorisé des petits groupes au détriment du plus grand nombre ".  Pendant le temps de la guerre froide, les grandes puissances ont favorisé des situations de conflits en Afrique à travers des ventes massives d’armes aux pays (par exemple, en 1987, l’URSS a vendu pour trois milliards de dollars d’armements à l’Angola, selon une source onusienne).

Enfin, il y a le rôle de pyromane de certains pays voisins et les multinationales (bailleurs de partis) dans le déclenchement de coups d’Etat et de certaines guerres civiles. Ceux-ci utilisent soit la proximité ou les moyens colossaux pour soutenir des groupent rebelles en transformant leurs revendications corporatistes en revendication politiques en raison des intérêts qu’ils visent.

L’instabilité continue à laquelle l’Afrique est confrontée, repose sur les causes évoquées ci-dessus, cependant, la réalisation de ce phénomène est rendue possible par les facteurs d’exposition des pays africains.

Facteurs d’exposition aux coups d’Etat

Quatre types de facteurs, peuvent expliquer l’exposition aux coups d’État. Il s’agit  : des mouvements sociaux récurrents non maîtrisés, de l’affaiblissement ou la fragilisation du pouvoir étatique, de la démarche de l’armée jouant un rôle de force d’opposition, des  revendications à caractère corporatiste mal traité.

Des enjeux  des coups d’Etats ?

Pour comprendre objectivement les enjeux des coups d’Etat, il faut faire la différence entre les coups d’État antidémocratiques et les coups d’État à caractère subversif et les coups d’Etat pro-démocratique.

Les premiers ne favorisent pas l’épanouissement de la démocratie, au contraire mettent fin au processus démocratique en cours, celles-là sont fortement combattues car nous inscrivent dans le chaos.

Les deuxièmes étant le fait de pays voisins, de multinationales ou de grandes puissances, a pour but de déstabiliser la structure Etatique hostile pour en instaurer une équipe plus favorable à leurs parrains.

Les troisièmes,  ont pour objectif de créer les conditions de l’essor de la démocratie .C’est donc avantageux, car ils surviennent quant on est dans une impasse totale dont la seule alternative de s’en défaire est le coup d’Etat. De tels coups d’Etat peuvent être expliqués par l’état de nécessité. (Cas du Mali avec le colonel ATT),

Mais, qu’est-ce qui fait qu’en Afrique toutes ces choses si terribles, si extraordinaires, paraissent si simples, si faciles, et si…ordinaires ? En d’autres termes pourquoi cette horreur politique majeure qu’est le coup d’Etat est-elle devenue si banale sur ce continent ? Autant la sagesse conventionnelle nous apprend que les peuples n’ont que les dirigeants qu’ils méritent, autant pourrait-on légitimement soutenir que les Etats n’ont que les coups qu’ils méritent et tant qu’ils les méritent.

Coups d’Etat comme un symptôme à la misère des peuples

Le coup d’Etat n’est pas un mal en soi. Il peut être un  symptôme à la souffrance des citoyens. C’est à dire la manifestation externe, une sorte de signal d’alarme qui nous indique que, quelque part, il existe quelque chose qui ne va pas. Le mal auquel il est nécessaire dans ce cas de trouver un remède n’est pas le coup d’Etat, mais la cause qui conduit aux coups d’Etat, et la cause qui fournit aux coups d’Etat l’occasion de prendre d’assaut notre quotidien.

De la nécessité de régularisation après un coup d’Etat

À l'occasion d'un coup d'État, un « vide » constitutionnel et institutionnel apparaît. Il est donc nécessaire, généralement, de régulariser ce vide en créant une nouvelle Constitution, permettant ainsi l'exercice d'un nouveau pouvoir constituant originaire.

 

Une autre solution de régularisation d'un coup d'État peut être trouvée par un plébiscite, comme ceux de Napoléon III, ou par des élections. Ainsi, leur action politique se retrouve légitimée à posteriori.

 Toutefois, cette solution se déroule souvent après l'établissement d'une nouvelle Constitution, de manière autoritaire, sans recours au suffrage universel et au principe démocratique. Cette dernière situation ne présume pas la paix, mais une spirale de troubles sociaux

 

C’est pourquoi, pour que les résultats du coup d'État soient acquis, il est préférable qu'ils correspondent aux vœux de la majorité de l'opinion publique et qu'ils soient compatibles avec le contexte international

Cependant, quelques interpellations relatives au défi des coups d’Etat en Afrique nous amènent à deux réflexions suivantes :

En premier lieu, qu’est-ce qui fait que dans nombre de pays africains, un quarteron de « sous-officiers » peut dangereusement flirter avec l’idée de prendre le pouvoir par les armes et, finalement, « comme par amusement », aller victorieusement à l’assaut des Institutions de gouvernement de l’Etat ? Les cas du Libéria ou de la Sierra Leone sont édifiants pour montrer qu’il ne suffit pas d’être officier ou particulièrement intelligent pour réussir un coup d’Etat en Afrique.

En deuxième lieu, qu’est-ce qui fait que dans un pays comme le Niger – pour ne citer qu’un triste exemple de récente mémoire, l’incarnation suprême de l’Etat, le président de la République, peut être grossièrement abattu « comme un chien » (l’expression, terriblement appropriée, est du président Omar Bongo) sans que cela fasse l’objet d’un quelconque émoi ?

Fort de ces interrogations la répression par la loi communautaire n’est elle pas une solution ?

Mais, Peut-on interdire efficacement les coups d’Etat en Afrique ?

A cet égard, deux questions, formulées par Karl Popper, peuvent nous aider à mieux asseoir les bases d’un débat lucide et constructif sur la réalité des coups d’Etat en Afrique.

La première question a trait au principe de gouvernement de l’Etat : aujourd’hui en Afrique, «   y a-t-il des formes de gouvernement qui, pour des raisons morales, sont répréhensibles ? »

Et la seconde est relative aux formalités de fonctionnement de l’Etat : aujourd’hui en Afrique, « y a-t-il des formes de gouvernement qui nous permettent de nous défaire (sans violence) d’un gouvernement mauvais, ou seulement incompétent, qui cause du tort au pays ? Si la réponse à la première question est oui, alors les coups d’Etat, avec ou sans décret d’interdiction, ont encore un bel avenir sur notre continent. Si la réponse à la deuxième question est non, alors, également, nous sommes loin, très loin, d’être sortis de l’infâme auberge des putschs en Afrique.

Par Denis-Zodo - Publié dans : Politique africaine
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