Report des élections en Côte d’Ivoire : enfin la sagesse ?

Publié le par Denis-Zodo

 

A la mi-avril, dès que la présidentielle prévue pour le 30 juin 2008 a été reportée au 30 novembre de la même année, nous avons été parmi les premiers à déclarer à qui veut l’entendre, que cette date ne serait malheureusement pas respectée. Nous avons poursuivi notre campagne de sensibilisation jusqu’à ce jour, non parce que nous ne voulions pas que ces élections se tiennent, mais plutôt pour éviter d’entretenir l’espoir, un espoir vain, chez de nombreux Ivoiriens. Un espoir qui, à la longue, allait inévitablement se transformer en une grosse désillusion. Mais le premier ministre Guillaume Soro lui, plus clairvoyant, nous voyait venir. C’est pourquoi, très tôt, il a refusé de s’inscrire dans un « fétichisme des dates ». Parce qu’il savait que tout était possible, surtout quand on sort de crise. C’est plutôt le chef de l’Etat qui, donnant l’impression de trop vite vouloir aller aux élections, appelait son opposition à y aller, pour sortir définitivement le pays de la crise. Avec lui, le président de la Commission électorale indépendante (CEI), Robert Beugré Mambé. Celui-ci a passé tout le temps à rassurer et à se convaincre sur la tenue du premier tour de la présidentielle, à la date du 30 novembre 2008. En se rendant en avril 2008 à New York, où il devait prendre la parole à l’ONU, Laurent Gbagbo s’était rassuré auprès de la CEI. « J’irai dire aux Nations Unies que nous irons bel et bien aux élections le 30 novembre 2008. Donc, ne me faites pas mentir ». A la tribune des Nations Unies, il avait effectivement déclaré que la date du 30 novembre 2008 serait tenue par les Ivoiriens. Mais au fil du temps, les uns et les autres ont commencé à comprendre que la tenue de cette date serait difficile, voire impossible. Les discours ont changé d’un cran, et les assurances se sont plutôt muées en suppositions. Ainsi, entendait-on dire, « si on arrive à faire l’identification et l’enrôlement en deux mois… », ou encore, « Au Nigeria, en un ou deux mois, l’identification a été réussie. Et pourtant, la population nigériane, c’est deux ou trois fois celle de la Côte d’Ivoire ». En réalité, personne n’y croyait plus. Sauf peut-être Gbagbo qui, recevant le 12 septembre 2008, des populations de l’ouest du pays, prévoyait les opérations d’identification des populations et de recensement des électeurs, entre 30 ou 45 jours, et donc la présidentielle pour le 30 novembre 2008 ou le 15 décembre de la même année. Après avoir procédé au lancement officiel de ces opérations combinées le 15 septembre dernier à Yamoussoukro, Gbagbo et tous les Ivoiriens se sont rendus compte de leur lenteur et des difficultés sur le terrain. Pour avoir compris qu’il faut éviter de se lancer dans des discours incertains, Gbagbo finit par se raviser devant d’autres populations, aller le saluer au palais présidentiel. « L’essentiel était d’avoir la paix pour notre pays. Nous avons réussi à guérir notre pays, c’est le plus important et il faut louer Dieu pour ça. Pour ce qui est des élections, si elles ont lieu demain ou après demain, ça fait quoi ? (...). Si les élections ne se déroulent pas le 30 novembre, ça fait quoi ? », avait-il banalisé. Et de déclarer par la suite qu’il « ne s’en tenait désormais qu’à la CEI ». Et plus récemment, le chef de l’Etat annonçait devant les ressortissants de la Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), qu’il fallait « laisser la CEI travailler », en évitant de lui mettre la pression. En d’autres termes, la CEI pouvait prendre le temps qu’il fallait, pour faire le travail attendu.

 

                                                L’aveu du président de la CEI

 

Comme s’il voulait ouvrir une porte de sortie, le président de la CEI a déclaré devant les journalistes, après une rencontre avec le chef de l’Etat, que son institution se donnerait le temps nécessaire pour que les opérations d’identification et de recensement se fassent bien dans le pays. Il a reconnu avec ses pairs de l’Institut national de Statistique (INS), de SAGEM, l’opérateur chargé de l’établissement des documents électoraux, de l’Office national d’identification (ONI), que les problèmes sont nombreux et difficiles à résoudre sur le terrain, et qu’il n’était pas impossible de penser à un éventuel report. Autrement dit, quand Mambé parle de temps nécessaire à prendre, il ne s’agit certainement pas des 45 jours qui nous séparent du 30 novembre 2008. Il s’agit de bien plus que cela. Ce qui nous fait dire que cette date n’est visiblement pas tenable et qu’il faille la reporter. Mais le report à une date ultérieure n’est pas en soi un problème. Le véritable problème se situe au niveau du respect de cette énième date. Parce qu’une chose est de reporter les dates des élections, mais une autre est de les respecter. A plus de quatre fois, celles-ci ont été fixées, puis reportées à d’autres. Si à l’approche du 30 novembre et dans l’impossibilité d’organiser les élections à la date indiquée, une autre date est fixée, rien ne prouve que cette dernière sera respectée. Car, au-delà des susceptibilités, il est à se demander si des gens veulent réellement que ces élections aient lieu maintenant. Quand on s’acharne, donnant l’impression de vouloir permettre la tenue des élections et que par la suite, on donne une autre impression : celle de tout banaliser, on ne sait plus vers où on se dirige.

L’important, c’était d’avoir depuis des mois, le triomphe modeste, et de reconnaître que la date du 30 novembre 2008 n’était pas tenable. Ce qui, nous espérons, sera fait dans très peu de temps. Du moins quand on s’en tient aux propos du chef de l’Etat et du président de la Commission électorale. Alors, tout se jouera autour de la nouvelle date à choisir. Ne subira t-elle pas les mêmes traitements que les précédentes ? On n’est jamais très sûr de quelque chose dans un pays comme la Côte d’Ivoire, où les professions de foi ne sont jamais suivies d’actes concrets. Malheureusement !

Publié dans Politique ivoirienne

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