Déchets toxiques : des morts en sursis

Publié le par Denis-Zodo

                      

Le scandale des déchets toxiques, porté au grand jour en septembre 2006, est consécutif au déversement de 400 tonnes de produits toxiques, après l’accotement d’un bateau battant pavillon panaméen à Abidjan, dans la nuit du 19 au 20 août 2006. Le déversement de ce dangereux produit à plusieurs endroits de la capitale ivoirienne, avait causé la mort de près de 17 personnes et fait plus de 10 000 intoxiqués. La population s’était alors fait entendre, si bien que le premier ministre d’alors, avait fait démissionner son gouvernement. Mais au moment de le reformer, les ministres des transports, Anaky Kobenan, et de l’environnement, Jacques Andoh ne figuraient plus sur la liste du gouvernement. Leurs ministères étaient cités dans cette sale affaire. Tout comme le port autonome d’Abidjan, le district d’Abidjan, les douanes ivoiriennes, la direction des affaires maritimes. Comme il fallait s’y attendre, le premier ministre Charles Konan Banny avait suspendu de leurs fonctions, ces différents responsables. Le temps que les enquêtes aboutissent à des résultats concrets. Après quelques mois d’accalmie, c’est le chef de l’Etat qui s’immisce dans le dossier, et réinstalle à leurs postes respectifs le directeur du port, Marcel Gossio, le gouverneur du district d’Abidjan, Djédji Amondji Pierre et le directeur général des douanes, Gnamien Konan.

Qu’en est-il alors des deux ministres déchus et du directeur des affaires maritimes ? Ils ont purement et simplement fait les frais de ce scandale.

 L’affaire reste donc classée, et en février 2007, l’Etat de Côte d’Ivoire décide de ne pas poursuivre Trafigura, la Société à laquelle appartenaient ces produits hautement toxiques. Mais c’est un deal qui est passé entre les autorités ivoiriennes et Trafigura qui devait payer 100 milliards de francs CFA à l’Etat, au titre des dommages et intérêts. Le partage, bien entendu s’avère difficile. Les vraies victimes se plaignent et se sentent lésées, au détriment des faux malades qui, selon elles, sont inscrites sur les listes par des manières détournées.

Le lundi 29 septembre 2008, la Justice ivoirienne déterre le dossier et décide d’entendre tous ceux qui ont été cités dans cette affaire, en vue de la recherche de la vérité. Environ une dizaine d’accusés est entendue. Tous rejettent la responsabilité du déversement de ces déchets dans Abidjan. D’autres et non des moindres suivront. Il s’agit des responsables du port, du district d’Abidjan, des douanes ivoiriennes, et de la Société de pétrole et de gaz de Côte d’Ivoire. Ce qui est certain, c’est que tous auront à se défendre d’une façon ou d’une autre.

Toujours est-il qu’au moment où la recherche de la vérité se poursuit à la Cour d’assises d’Abidjan, le danger est toujours présent autour des populations. Le danger de la mort.

 

                                        La mort rôde autour des populations

 

En effet, de nombreux sites pollués n’ont pas été dépollués. Ou s’ils l’ont été, il y a encore des résidus de ce dangereux produit, là où ils ont été déversés. Selon des informations, la société chargée de la dépollution des sites n’a pas été réglée. Aussi, apprend-on que les déchets recueillis et emballés n’ont jusque là pas été traités, et dorment dans un quartier d’Abidjan. A l’intérieur du pays, 3 000 personnes sont en train de faire les frais d’un produit qui s’apparente trait pour trait à ces déchets toxiques. Située à plus de 300 kilomètres d’Abidjan, M’Bahiakro, au centre-est du pays, n’est pas à l’abri du danger. Idem pour les populations abidjanaises, qui, après de grandes pluies, ou avec des grands vents, plongent dans les mêmes souffrances d’août 2006. Cela se constate dans plusieurs communes d’Abidjan. L’argent du deal passé entre Trafigura et l’Etat de Côte d’Ivoire ne pouvait-il pas servir à financer la collecte d’une infime partie de ces déchets ? Et lorsque les populations, désabusées, vont crier leur ras-le-bol face à cette situation qui n’en finit pas de causer des dégâts, on lui présentera la matraque. On l’a vu en septembre 2006. Alors qu’ils sortaient pour demander qu’on leur enlève ces déchets, des jeunes gens et de vieilles personnes, déjà meurtris par ces produits toxiques, avaient été bastonnés et chassés à coup de matraque et de gaz lacrymogène. C’était pareil en avril 2008, lorsque les populations, sorties pour protester contre la vie chère, ont subi le même sort. Deux personnes avaient même trouvé la mort. C’est dire que la population est exposée. Mais au même moment, cette population que l’on mate et qu’on approche quand les élections pointent le nez.

Il est temps que les autorités pensent à la situation sanitaire qui prévaut avec ce problème de déchets toxiques. C’est vrai, il est bon de laisser éclater la vérité dans une affaire qui a fait autant de morts parmi la population. Mais prévenir le mal serait salutaire. Car, si l’on ne débarrasse pas le pays de ces déchets, les conséquences seront énormes à l’avenir. Car, avec ce qu’on a connu comme effets néfastes, il semble que si on laisse faire, les choses pourraient plus se compliquer. Surtout qu’il s’agit, selon des experts, d’un poison qui détruit les poches des poumons et peut produire des insuffisances rénales, l’arrêt du fonctionnement de certains systèmes, et pourquoi pas des conséquences sur les enfants qui naîtront après le déversement de ces déchets, et leur inhalation par les hommes et les femmes.

On le constate donc, les pauvres populations ne sont pas à l’abri du pire, entendez, la mort. Et c’est là que le social doit se faire sentir et pourquoi pas s’appliquer. Cela ne vaut-il pas mieux que les longs discours théoriques.  

 

 

 

Publié dans Politique ivoirienne

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