Démission : Thabo Mvuyelwa Mbeki, un courage politique

Publié le par Denis-Zodo

On peut l’aimer comme ne pas l’aimer. Mais, au regard de ce qui s’est passé entre samedi et dimanche derniers, on peut affirmer que Thabo Mvuyelwa Mbeki a fait preuve de courage politique en démissionnant de la présidence sud-africaine, là où il aurait pu entretenir un bras de fer. Alors qu’il lui était certes reproché beaucoup de choses au sein de son propre parti, le Congrès national africain (ANC), le successeur du mythique Nelson Mandela à la présidence sud-africaine, a préféré rendre le tablier sans faire de résistance. Donnant ainsi force à la démocratie. Avouons-le tout net. Le courage dont vient de faire preuve Mbeki, est un exemple dans une Afrique où les démissions ne sont pas monnaie courante. Combien de chefs d’Etat africain peuvent accepter de se plier aux exigences de démission du peuple ? Il n’en existe peut-être pas dans le tiers-monde. D’ailleurs, ils sont nombreux, qui ont plus de vingt (20) ans  au pouvoir mais qui sont prêts à tout pour des prolongations. Peut-on s’attendre à une démission de la part de ceux-là même qui font des pieds et des mains pour garder le pouvoir ? Non et mille fois non. Mais Mbeki, à quelques mois de son départ définitif du pouvoir, a préféré s’éclipser. Pourtant, il aurait voulu terminer son mandat, et partir en beauté. Mbeki, pour s’être comporté en homme responsable, évitant à son pays un blocage politique, mérite qu’on le salue et qu’on lui reconnaisse cette vertu de vrai démocrate.

Ce n’est pas un fait du hasard puisque Thabo Mbeki, né le 18 juin 1942, avant d’être président d’Afrique du Sud, a été membre de l’ANC à l’âge de 14 ans, puis a représenté son parti à l’extérieur à partir de 1967, c’est-à-dire à l’âge de 25 ans seulement. Il a donc beaucoup appris et surtout, auprès de Nelson Mandela en tant que vice-président d’Afrique du Sud de 1994 à 1999. Date à laquelle il a succédé au plus vieux prisonnier de tous les temps. Cette propension à la démocratie, il la tient de ce grand parti, des anciens tels Nelson Mandela, Desmond Tutu,…et de Govan Mbeki, son père (1910-2001), lui aussi militant de première heure de l’ANC et du parti communiste sud-africain. Avec ces grands noms, Thabo Mbeki ne pouvait faire autrement que de poursuivre sur la voie du respect de la démocratie interne reconnue à son parti. L’ANC, on le sait, a lutté pour l’égalité des races en Afrique du Sud, pour la démocratie dans le pays. Si bien que le parti jouit d’une considération et d’un respect certains qui lui valent aujourd’hui des lauriers. Créer un blocage au sein de cette prestigieuse formation politique et à la tête du pays, serait faire fausse route. Mbeki l’a si bien compris qu’il ne s’est pas hasardé sur le mauvais chemin, celui du bras de fer ou de la résistance.

 

                                           Victimes de ses mauvais choix

 

Il est certain qu’au-delà de ce courage politique que nous continuons de saluer, qu’on ne peut faire le bilan de la présidence de Mbeki, sans lever un coin de voile sur ce qu’il a fait de positif pour l’Afrique. Il a été une cheville ouvrière de la mise en œuvre du Nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique (le Nepad), mais aussi de l’Union africaine. C’est à lui que revient la paternité du concept de « Renaissance africaine ». Il a également prôné avec le Brésil, l’Inde, et récemment le Venezuela, une alliance des pays en voie de développement. Luttant auprès des Nations –unies, pour la prise en compte des questions d’intérêts liées aux pays en développement.

 De plus, dans les crises que l’Afrique a connue sous sa présidence à la tête de l’Afrique du Sud, Mbeki a joué un rôle prépondérant dans l’extinction de celles-ci, même si l’on lui reproche le fait de s’être en réalité préoccupé plus des intérêts économiques, au détriment des problèmes existants.

Sa tâche était d’autant plus difficile qu’il succédait à un monsieur presque parfait à la tête de la nation arc-en-ciel. En l’occurrence « Madiba », entendez Nelson Mandela. C’est justement ce dernier qui lui a certainement inoculé l’envie et la volonté de jouer les médiateurs dans les crises en Afrique. En effet, c’est Mandela qui avait entamé les négociations de paix entre les parties en conflit au Burundi et en République démocratique du Congo (RDC). Son successeur n’a fait que poursuivre son œuvre de pacification des foyers de tension. Une attitude mal interprétée par la suite par l’opinion sud-africaine qui estimait que Mbeki était plus porté sur l’extérieur que sur les questions internes. Le Rwanda, le Burundi, la RDC, la Côte d’Ivoire, le Kenya, et récemment le Zimbabwe, pour ne citer que ces exemples. Pris à partie dans son pays, il était la cible de certains protagonistes des crises dont il assurait la médiation. En 2005 en Côte d’Ivoire, l’ex-rébellion des Forces nouvelles et ses partisans ont rejeté la médiation de Mbeki, après qu’ils ont constaté un parti pris flagrant dans la crise qui l’opposait au président ivoirien Laurent Gbagbo. La presse proche de l’opposition l’avait même traité de « dealer » et d’affairiste. Pour elle, Mbeki profitait d’un statut de médiateur qu’il se faisait attribuer par l’Union africaine, pour ensuite faire des affaires dans le pays. Le rachat des sociétés nationales de téléphonie mobile par des sociétés sud-africaines, puis d’autres contrats économiques dans les pays où il a assuré des médiations, sont des questions qui ont été révélées. On se rappelle des titres tels, « Or donc, le médiateur n’était qu’un dealer », ou encore, « Mbeki troque son costume de médiateur contre un manteau d’affairiste ».

 Le 17 avril dernier, Morgan Tsvangirai, le leader de l’opposition zimbabwéenne rejetait la médiation Mbeki qu’il estimait inefficace et de parti pris. Mais avouons-le, à force d’insistance, il est parvenu à un accord, signé récemment entre le parti au pouvoir et l’opposition. Ce ne fut pas le cas en Côte d’Ivoire, où il a été chassé comme un malpropre de la médiation qu’il assurait dans le pays. S’il est vrai qu’il a reçu beaucoup de coups dans ses tentatives de résolution des différends politiques en Afrique, il n’en demeure pas moins qu’il a le mérite d’avoir essayé au moins, et d’en avoir souvent perdu des plumes.

Au plan interne, il a été beaucoup critiqué sur la politique économique qu’il a administrée au pays. Peinant à réaliser une croissance économique véritable, Mbeki n’a pas réussi à créer une vraie politique énergétique et de l’habitat. En somme, l’eau potable, l’électricité, le logement, l’emploi, et même la santé, n’ont véritablement pas connu d’essor. Accroissant ainsi la misère des populations, la criminalité et la pandémie du Sida. Justement, sa position vis-à-vis du sida a été pour beaucoup dans la déchirure avec les populations. Contrairement à son prédécesseur Nelson Mandela, Mbeki a plutôt adopté une attitude méprisante vis-à-vis des malades du Vih-sida. Il a nié le lien entre le virus et la maladie, affirmant qu’il ne connaissait personne qui soit mort du sida dans son entourage immédiat, dans un pays où 800 personnes meurent chaque jour de la pandémie.

Toujours est-il que l’élection du très populaire Jacob Zuma à la tête de l’ANC, son grand rival et ancien vice-président du pays, suite à une série de scandales politiques, est évoquée comme l’affaire qui a précipité le départ de Mbeki du pouvoir. On lui reproche d’avoir influencer la justice, pour espérer la voir condamner Zuma, qui aurait alors démissionné de la tête de l’ANC et serait hors course pour la présidentielle de 2009. Rappelons que la justice avait décidé de surseoir aux poursuites contre Zuma. Mais il semble que les accusations de l’ANC contre Mbeki soient un prétexte pour ce parti de se séparer de Mbeki qui avait montré ses limites dans la gestion du pouvoir d’Etat.    

Publié dans Politique africaine

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