Administrateurs militaires en Côte d’Ivoire : quel rôle après la fin de la guerre ?

Publié le par Denis-Zodo

  

« La guerre est finie…La guerre est finie… ». Ces propos sont du chef de l’Etat ivoirien, qui les a tenus le 30 juillet 2007 à Bouaké, à la faveur de « la flamme de la paix », cérémonie marquant la fin de la guerre en Côte d’Ivoire. Le 30 juillet 2008, au cours de la célébration de l’anniversaire de la flamme de la paix, Laurent Gbagbo l’a à nouveau répété à satiété. « La guerre est bel et bien finie ». En tournée la semaine dernière dans le centre nord du pays, précisément à Katiola et Dabakala, l’épouse du chef de l’Etat s’est adressée aux peuples tagbana et djimini en ces termes. « Le président Gbagbo m’envoie vous dire que la guerre est finie, et qu’il faut désormais penser au développement », a-t-elle déclaré devant les populations. La flamme de la paix, en elle-même, symbolisait la fin totale de la belligérance et de la guerre, la fin de la partition du pays. C’est pourquoi, près de 2 000 armes avaient été, ce jour là, brûlées, pour démontrer aux yeux de tout le monde entier, que ç’en était fini des bruits de canon qui ont entretenu le quotidien des Ivoiriens dès le 19 septembre 2002.

A présent que la guerre est terminée dans le pays, nous sommes amenés à nous interroger sur un fait. Celui de la présence continue dans des villes de l’Ouest du pays, sous contrôle gouvernemental, de gouverneur, préfets et sous-préfets militaires. C’est vrai, malgré l’accalmie qui prévalait de façon générale après les affrontements meurtriers entre les forces gouvernementales et rebelles, la tension restait vive dans ces régions. Toute chose qui a suscité la création par le chef de l’Etat, de postes d’administrateurs militaires, dont l’objectif était de sécuriser ces zones de tension, tout en assurant l’administration. Ainsi, à Duékoué, le chef-lieu de région, un Gouverneur militaire a été nommé. Guiglo, Toulepleu, Bloléquin et Taï ont quant à elles, accueillies des préfets militaires, quand Bin-houyé et Zouan-hounien ont reçu des sous-préfets militaires. Il est vrai que cette zone, dans l’ouest, a été la plus sanglante, la plus détruite et la plus tonitruante de la Côte d’Ivoire pendant cette crise. Et on peut dire que la décision de Gbagbo n’était pas mal venue, même si elle avait été interprétée par l’opposition qui y voyait des relents politiques. Soit. Ayons tout de même le courage de reconnaître qu’aucun administrateur civil n’aurait accepté d’aller servir dans ces zones sensibles. La preuve, le sous-préfet civil de Bin-houyé qui avait fui les combats en 2002, pour y revenir en 2004, à la faveur du redéploiement de l’administration, n’était pas serein. Si bien que l’administrateur que nous avons rencontré en mai 2004 dans cette ville, a fini par plier bagages dans les instants qui avaient suivi son retour dans la zone.

 Dans de nombreux pays en guerre, des administrateurs militaires sont formés sur le tas, pour assurer l’administration dans les zones dites dangereuses. Mais une fois la guerre terminée, que ces responsables militaires retrouvent le treillis, laissant l’administration aux administrateurs de formation.

 Des fois même, en cas de guerre dans un autre pays, il leur est souvent fait appel pour servir d’administrateurs, en tant que personnes d’expérience dans ce domaine. La Côte d’Ivoire n’est donc pas la seule ou la première à tenter une telle expérience.

Mais quand la guerre prend fin, comme le reconnaît depuis plus d’un an le chef de l’Etat lui-même, les militaires doivent reprendre le treillis, laissant la place aux gouverneurs, préfets et sous-préfets civils, formés exclusivement au métier de l’administration. A moins que le n°1 ivoirien ne nourrisse d’autres intentions.

 De ce qui précède donc, nous considérons qu’il est inadmissible de maintenir militarisée, cette zone. Comme ce fut le cas depuis plus de quatre années. Maintenant, si l’on considère qu’ils se sentent bien dans leur peau d’administrateurs ou qu’ils sont aptes à poursuivre le travail entamé, alors, que nos chers administrateurs troquent leurs tenues militaires contre le kaki galonné des administrateurs civils. Suivant ainsi, l’exemple du Colonel et ministre Emile Constant Bombet, et de Feu le Colonel Major Issa Diakité, lui aussi ministre de la République à deux reprises comme Bombet. Ces deux hommes avaient décidé de s’engager dans l’administration, laissant de côté le treillis.

 Il est donc important que le chef de l’Etat Laurent Gbagbo laisse certes, à ces vaillants hommes qui ont joué leur partition dans la crise ivoirienne, le soin de choisir l’option qui leur sied, au lieu de les maintenir dans une situation métissée de militaire-administrateur. Une double fonction qui, cependant, ne leur permet pas d’être efficaces comme le seraient des préfets et sous-préfets civils.

Publié dans Politique ivoirienne

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