Mme Gbagbo en zone Forces nouvelles : que de provocations inutiles

Publié le par Denis-Zodo

Depuis le 1er septembre dernier, l’épouse du chef de l’Etat ivoirien est en tournée dans le Centre Nord du pays, tenu depuis le 19 septembre 2002 par les Forces nouvelles. Pour une tournée qui a débuté par Katiola, chef lieu de département, situé à 50 kilomètres au nord de Bouaké, fief de l’ex rébellion, on peut dire sans risque de se tromper, que Mme Gbagbo y était pour provoquer. Et ce n’est pas faux, quand on se réfère à son discours tenu face à Touré Hervé dit Vétcho, chef militaire des Forces nouvelles de la région. Discours dont nous vous proposons des pans. « Quand j’entends parler de Com’zone (appellation de Commandant de zone dans l’ex rébellion), ça me gêne énormément »,….  « Touré Vétcho, où est-ce qu’il est ? Tiens, il est là. Je voudrais vous demander de cesser d’être Com’zone pour devenir un citoyen ordinaire »,…. A Dabakala, dans un département voisin, elle insistera. « Il faut que le pays soit complètement libéré. Que les Com’zones et Com’secteurs disparaissent totalement ». Et de poursuivre ; « Ce qui a envoyé le désordre dans le pays, c’est le fait que des gens se sont donné le droit de ne plus respecter les lois de la Côte d’Ivoire », allusion faite aux Forces nouvelles. Quel culot ! Peut-on s’exclamer ; et on a raison. Mais plus grave, c’est que dans ses discours, elle fait croire aux populations civiles, qu’elles peuvent mettre fin à la crise en se constituant en comités d’auto-défense contre ceux qui ont pris les armes, c’est-à-dire contre les Forces nouvelles. Toute chose qui a aussitôt suscité la colère chez les ex rebelles. D’abord, Mme Gbagbo a été convoquée par les Forces nouvelles à une rencontre le dimanche 7 septembre à Bouaké. Pour la première dame, ce n’est pas une convocation. C’était une rencontre prévue bien avant le début de cette tournée. Ont clarifié les services de la première dame. Ensuite, comme une réponse du berger à la bergère, le Commandant de zone de Katiola, Touré Hervé dit Vétcho, dans une interview accordée à trois journaux de la place, interdit à la première dame de pousser leurs populations à la révolte. Répondant à Mme Gbagbo, le Com’zone lui dira : « Inscrivez vous sans faux-fuyant dans  l’accord de Ouaga, et les Com’zones disparaîtront d’eux-mêmes ». Toujours est-il qu’à Bouaké, la rencontre de dimanche s’est tenue entre Fn et Simone Gbagbo, soutenue par le président de l’Assemblée nationale Mamadou Koulibaly et le député William Attéby, deux hommes de l’aile dure du parti au pouvoir. Les deux parties se seraient comprises.

 

                                         Les non-dits de la première dame

 

On sait que l’épouse du chef de l’Etat ivoirien n’a jamais pardonné l’attaque du 19 septembre 2002. Mais on croyait qu’avec l’accord de Ouagadougou du 4 mars 2007, signé entre le camp présidentiel et les Forces nouvelles, les uns et les autres mettraient un peu d’eau dans leur vin. Que non ! En tout cas, si certains l’ont fait, ça ne semble pas le cas chez la vice-présidente du Fpi. On a l’impression, à entendre ses propos, que Mme le député d’Abobo a la rancune tenace et qu’elle n’est pas prête à pardonner aux Forces nouvelles leur soulèvement 2002. Et elle ne s’en cache pas. Du moins, elle tente de dissimuler la réalité qui l’anime, mais ne parvient pas à le faire, surtout quand elle se retrouve devant eux. Alors, elle s’oublie et elle charge. Mais ce qu’il ne faut pas non plus oublier, c’est que la présidente du groupe parlementaire Fpi avoue être l’envoyée du chef de l’Etat, son époux, dans les coins et recoins qu’elle sillonne. De deux choses l’une. Soit elle veut réellement faire mal, et ayant gros sur le cœur, elle tente de se débarrasser une fois pour toute, de ce qui la ronge depuis ; soit elle ne fait que rapporter ce que l’envoyeur, c’est-à-dire Gbagbo lui-même, lui a demandé de dire. En somme, une récitation. Dans tous les deux cas, il serait malheureux de le dire, mais on doit être d’accord avec le fait que la sincérité n’habite pas les signataires de Ouaga, ou du moins, le camp présidentiel. Car, à part une ou deux sorties chez les Forces nouvelles qui ont pu mettre mal à l’aise Gbagbo et ses partisans, les anciens rebelles se sont toujours gardés de tenir des propos dérangeants contre le pouvoir. Bien au contraire, on reproche même à Ouattara Issiaka dit Wattao, un des responsables des Forces nouvelles, de trop s’afficher avec des proches du pouvoir, en l’occurrence Blé Goudé, un leader de jeunesse. Par contre, les Forces nouvelles ne connaissent pas cette courtoisie de la part de leur co-signataire de l’accord de Ouagadougou, pour ne pas dire leur nouvel allié. Soro et ses hommes sont littéralement bombardés par le Fpi et ses satellites. Si ce n’est pas Danièle Boni Claverie qui demande à Guillaume Soro, premier ministre, de quitter la tête des Forces nouvelles, c’est Eric Kahé Victor, membre avec Boni Claverie, du fameux Conseil national de la résistance et la démocratie (Cnrd), une coalition de partis politiques proche du pouvoir, de demander aux Forces nouvelles de quitter l’hôtel qui les abrite depuis la formation du premier gouvernement de réconciliation nationale issu de l’accord de Marcoussis. Souvent même, c’est le président du Fpi Affi N’guessan qui attaque, suppléée en cela par sa vice-présidente, Simone Gbagbo. Autant dire que rien n’est fortuit dans tout ce qui se fait chez les proches du chef de l’Etat. Ont-ils d’autres intentions inavouées ? Sinon, sur quoi compte la première dame pour oser s’attaquer verbalement aux Forces nouvelles sur leurs bases ? Sur quoi s’appuie t-elle pour adopter de telles attitudes ? Il est vrai qu’on peut dire que la Côte d’Ivoire est unifiée après la signature de l’accord de Ouaga. Cela autorise t-il Mme Gbagbo à remuer le couteau dans la plaie ? C’est sûr, le camp présidentiel est convaincu que les Forces nouvelles sont affaiblies après les nombreux troubles internes qu’elles ont connus en leur sein, et après les malentendus dus à la nomination de Guillaume Soro au poste de premier ministre en mars 2007. Le camp présidentiel aurait-il une idée derrière la tête ?  Evincer par exemple Soro, de son poste de premier ministre, au cas où il ne réussirait pas à organiser les élections le 30 novembre 2008 ? De sorte à le mettre dans une situation où l’homme Soro, qui n’est plus en odeur de sainteté avec sa base de Bouaké, se replie peut-être sur Ouagadougou, laissant la chienlit s’installer dans sa zone. Prenant donc prétexte de l’unicité du pays, les forces gouvernementales pourraient donc trouver la nécessité d’instaurer l’ordre, devant des ex rebelles désunis, et donc affaiblis. Tout cela n’est que supposition. Même si nous pouvons nous permettre de penser  qu’avec les propos tenus par la première dame au nez et à la barbe des Fn, « la guerre n’est pas finie ». Contrairement à ce qu’on annonce ici et là depuis quelque temps. Le discours de Mme Gbagbo est inutilement provocateur. Et il semble que ce ne soit pas fortuit.                                 

Publié dans Politique ivoirienne

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