Déchets toxiques et café-cacao : Gbagbo préfère l’argent aux vies humaines

Publié le par Denis-Zodo

 

 

En permettant l’audition des ministres ayant géré les portefeuilles de l’Agriculture et de l’Economie et des finances depuis 2000, pour que la vérité éclate au grand jour dans la nébuleuse qui a entouré la gestion de la filière café-cacao, le gouvernement ivoirien, et au-delà, le président Laurent Gbagbo veut prouver pour ainsi dire, son attachement à la transparence. C’est pourquoi, cités comme des sachants dans les opérations effectuées par les dirigeants de cette filière au cours de leurs différentes dépositions, avant leur incarcération à la maison d’arrêt et de correction d’Abidjan (Maca), les ministres de l’Agriculture, Alphonse Douati (2000-2002), Sébastien Dano Djédjé (2002-2003), Amadou Gon Coulibaly (2003-2008), puis les ministres de l’Economie et des finances, Paul Antoine Bohoun Bouabré (2000- fin 2005) et Charles Diby Koffi (2005-2008) ont été autorisés à être entendus par le juge d’instruction qui en avait formulé le souhait. Et comme l’article 621 du code de procédure pénale, ne permet à ces personnalités d’être entendues à titre de témoins qu’après l’accord du gouvernement, le conseil des ministres de jeudi dernier a alors balayé cet obstacle. Ainsi, nos cinq ministres ne comparaîtront qu’à titre de témoins. « Ils ne sont pas inculpés », a tenu à préciser le communiqué du conseil des ministres lu par son porte-parole, le ministre de l’Intégration africaine Amadou Koné. On le constate donc. Gbagbo est décidé à faire triompher la vérité autour de la gestion financière de ce secteur. Mais au même moment, on a envie de se demander ce qui fait tant courir le n°1 ivoirien. Dans la mesure où, en reformant en 2001 ce secteur clé de l’agriculture, Gbagbo avait mis à la tête des différentes structures de gestion, des hommes qui lui étaient proches, ou presque. La gestion du monde agricole, disait-il depuis qu’il était dans l’opposition, doit revenir aux planteurs eux-mêmes. Mais il semble que ce ne fut pas le cas. Puisque, ceux qui se sont retrouvés à la tête de ces structures, n’étaient pas forcément des planteurs. Peut-être qu’ils ont forcé les choses, pour l’être après, de sorte à être en adéquation avec la volonté émise par Gbagbo. Toujours est-il que ces hommes ont amassé beaucoup d’argent, qu’ils ont même mis à la disposition de l’Etat, pour faire face à la rébellion née du coup d’Etat manqué de septembre 2002. Le chef de l’Etat le sait, et ne saurait  le nier aucunement. Maintenant, que Gbagbo l’ayant su, et qu’il s’entête à les faire embastiller, alors, on peut se demander ce que recherche le chef de fil de la refondation ? A la vérité, on pourrait penser que le président Gbagbo veut faire patte blanche devant la Communauté internationale. Faire passer son régime pour un pouvoir propre. Mais, d’aucuns pourraient penser aussi que le chef de l’Exécutif ivoirien veut en découdre avec Amadou Gon Coulibaly, le directeur de campagne de Alassane Dramane Ouattara, président et candidat du Rdr aux prochaines présidentielles. Ce ministre, notons-le, est le seul à avoir passé jusque là, plus d’années à la tête de ce département. Mais récemment, ledit ministre avait déclaré avoir été écarté de la gestion de ce secteur par le chef de l’Etat lui-même, avec preuves à l’appui, publiées par la presse.

Mais ce qui ne finit pas d’étonner, c’est la volonté de Gbagbo de clarifier tout dans ce secteur clé qui a fait et qui continue de faire les beaux jours financiers de la Côte d’Ivoire. Et pourtant, un scandale où les Ivoiriens ont attendu en vain, la vérité, n’a pas fait l’objet d’autant d’attention de la part du chef de l’Etat.

 

                            Le scandale des déchets toxiques attend son tour de vérité

 

En septembre 2006, le directeur général du port autonome d’Abidjan Marcel Gossio, le directeur général des Douanes, Gnamien Konan, le gouverneur du district d’Abidjan, Djédji Amondji Pierre et le directeur des affaires maritimes avaient été accusés d’avoir laissé déverser les déchets toxiques à Abidjan en échange d’une somme colossale, et par conséquent, avaient été suspendus de leurs postes respectifs par le Premier ministre Charles Konan Banny. Les ministres des transports et des eaux et forêts, respectivement du Mfa et du Pit (opposition), avaient également fait les frais de ces accusations. Ils avaient été chassés du gouvernement et remplacés par des membres de leurs partis. Mais au bout du compte, les trois directeurs généraux précités, ont été remis à leurs postes sans aucun jugement. Marcel Gossio et Amondji Pierre, notons-le, sont membres du Front populaire ivoirien, parti au pouvoir. Si Gnamien Konan, alors DG des Douanes, n’était pas reconnu comme étant un militant du Fpi, il n’en demeure pas moins qu’il était proche du chef de l’Etat. Alors, on pouvait comprendre leur réinstallation à leurs postes. Et jusqu’à ce jour, l’Etat ivoirien n’a pas travaillé à la manifestation de la vérité dans cette affaire. Et pourtant, l’opération de déchargement aurait permis à certains hauts responsables de l’Etat, de se faire beaucoup d’argent sur le dos des Ivoiriens morts pour certains, et malades pour d’autres. On parle même de plusieurs milliards qui ont circulé en direction de la Côte d’Ivoire. Alors que de nombreux Ivoiriens en sont morts ou continuent de mourir. Et jusque là, où il y a eu mort d’hommes, l’on n’a pas songé à y voir clair. Mais comme il s’agit d’espèces sonnantes et trébuchantes dans le café et le cacao, on s’attarde là-dessus. C’est à croire que la vie des humains, des Ivoiriens, n’intéressent pas le Fpi, préoccupé plutôt par l’argent du café et du cacao. Les Ivoiriens savent désormais qu’on leur préfère tout. A quand donc une véritable enquête sur le scandale des déchets toxiques ? C’est là la grande question qui attend réponse.

 Seulement, quand arriveront les fameuses élections, ces Ivoiriens brimés et ignorés seront loués et magnifiés. Pour être martyrisés ensuite. Pauvres de nous, citoyens. Il est temps qu’on se fasse respecté. Avec le Fpi au pouvoir, le respect de la personne humaine n’a vraiment pas prévalu. Malheureusement ! 

Publié dans Politique ivoirienne

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