Elections en Côte d’Ivoire : la peur bleue de Gbagbo

Publié le par Denis-Zodo

Les présidentielles ivoiriennes approchent à pas de géant. Même si la date du 30 novembre 2008, décidée par les autorités ivoiriennes est faite de doute, ces élections finiront tout de même par arriver. Et ce n’est peut-être plus loin. Ceux qui sont donc farouchement opposés à ces élections, devraient se rendre à l’évidence, qu’elles auront bel et bien lieu. Et comme les uns et les autres savent pertinemment qu’elles se tiendront un beau jour, chacun des candidats ou partis politiques tente de gagner des points. Mais, dans cette lutte acharnée, le chef de l’Etat sortant, Laurent Gbagbo, a en face de lui, une forte opposition qui a décidé de se réunir au sein du Rassemblement des houphouétistes pour la démocratie et la paix (Rhdp). Il s’agit du Pdci-rda, du Rdr, de l’Udpci, et du Mfa. Tous ces quatre partis se réclament du premier président de la République de Côte d’Ivoire, père fondateur de ce pays, Félix Houphouët Boigny. Et donc devant un Pdci fort de ses 50 ans et plus, un Rdr déterminé et rassembleur, un Udpci jeune, mais dynamique à l’image de son président Mabri Toikeusse, et d’un Mfa dont le leader Anaky Kobenan est de ceux qui ont fait Laurent Gbagbo lui-même, que peut le parti au pouvoir, le Fpi, pour ne pas dire le Congrès national de la résistance et de la démocratie (Cnrd), une coalition de petits partis et mouvements de soutien à Laurent Gbagbo ? Quelle force devant quatre dinosaures ? Gbagbo peut-il gagner ces élections ? C’est la question que se posent certainement le chef de l’Etat et ses partisans. Qui, visiblement, ont peur de perdre les avantages qui sont les leurs en ce moment. Et des Ivoiriens n’hésitent pas à répondre par la négative. Pour eux, c’est justement parce que Laurent Gbagbo sait qu’il ne peut gagner les élections qu’il met tout en œuvre pour les retarder afin de profiter au maximum des avantages du pouvoir, ou pour manœuvrer, de sorte à se donner toutes les chances de battre illégalement ses adversaires. Car, comme sont convaincus de nombreux gens, tant que le n°1 ivoirien ne saura pas qu’il a les moyens nécessaires de gagner ces élections, il ne s’y aventurera pas. Il le sait. Qu’au nord du pays, aussi bien qu’à l’ouest et au centre, il ne peut faire le poids devant ses opposants. Même au sud où il semble que le pays akyé lui soit favorable, il n’est pas sûr de faire le plein face à l’opposition qui tente des percées dans ces régions. Car, Gbagbo a contre lui, la gestion scabreuse des fonds de l’Etat, et celle des crises qui ont fait trop de victimes. De la nébuleuse gestion du binôme café-cacao et du pétrole ivoirien, à l’affaire des déchets toxiques, à la base de la mort de plusieurs Ivoiriens, en passant par la hausse des produits de consommation courante et le deuil occasionné par des tueries massives d’opposants, tout lui est opposé. Même ses partisans, sans le dire tout haut, ruminent une colère dans leur for intérieur. C’est bien lui qui, alors dans l’opposition, disait que Houphouët Boigny en faisait trop. Il critiquait pêle-mêle le culte de la personnalité et une constante présence sur les écrans de la télévision publique. Mais aujourd’hui, il ne reste plus qu’à aller placarder les posters de Gbagbo sur le plateau du 20 heures, tant ses apparitions et éditions spéciales sur les antennes nationales sont fréquentes. Il semble même que lorsqu’il est animé d’une envie de « se vider », ou de répondre à une sortie de l’opposition sur un sujet donné, il suscite une ou des rencontres avec les populations d’une région, venues le saluer et lui dire merci pour tel ou tel service rendu. Et là, il en profite pour « se défouler » sur les concernés devant les caméras de la télévision nationale. Alors, toutes ces contradictions entre les professions de foi d’hier et les actes posés aujourd’hui, font dire aux uns et aux autres, même à ses partisans, que le socialiste autoproclamé n’est qu’un personnage qui se servait du socialisme pour se payer la conscience du peuple. Convaincu d’avoir rompu la confiance entre lui et le peuple, Gbagbo sait dès lors, qu’il n’aura pas la voix des Ivoiriennes et des Ivoiriens aux prochaines élections. Comme solution, il a décidé, dans le noir, de créer des dissensions au sein des partis de l’opposition. Ainsi, plusieurs d’entre eux ont subi des remous. Le Pdci avec Laurent Dona Fologo, le Rdr avec Zémogo Fofana, Jean-Jacques Béchio, Ali Kéita, Georges Coffi et Kouamé Oi Kouamé, le Mfa avec Stéphane Kipré, mais surtout l’Udpci avec Danièle Boni Claverie, Eric Kahé Victor, Paul Gui Dibo, Tia Monnet Bertine, Noutoua Youdé Célestin, Oulé Tia. De nombreux parmi eux ont, notons-le, créé des partis politiques pour fragiliser les formations dont ils venaient. L’objectif principal étant de ratisser large au sein des militants de ces partis. Mais comme ces hommes politiques ne valaient que par le poids que leur donnaient leurs partis d’origine, il va sans dire que l’effet n’a pas été celui attendu. Ils n’ont rien glané. Si bien que de nombreux partis créés sont aujourd’hui presque inexistants. Leurs commanditaires ayant compris qu’ils ne pouvaient rien attendre d’eux. Voici où se pose aujourd’hui la difficulté avec Mabri Toikeusse, président du parti de feu le général d’armée Robert Guéï. Selon des sources concordantes, le chef de l’Etat, convaincu du fait que tous les noms sus-cités ne pouvaient pas lui permettre d’avoir avec lui les électeurs du grand Ouest, l’homme se serait rabattu sur le président du parti lui-même. Puisque cette partie du pays est réputée la plus dense du territoire. Mais il semble là, que l’accord ne soit pas parfait. Si bien que les relations entre les deux hommes ne sont pas meilleures. Toujours est-il que le parti présidentiel continue son travail de laboratoire pour espérer trouver des moyens de venir à bout de cette opposition qui lui en veut terriblement. Laquelle opposition, pour les besoins de la cause, doit, elle aussi, travailler à sa cohésion. Sinon, le contraire arrangerait Gbagbo. Mercredi dernier déjà, le Pdci annonçait qu’elle portait plainte contre le Fpi pour fraude industrielle, c’est-à-dire sur des documents administratifs, à savoir sur les actes de naissance et sur les pièces d’identité. C’est dire jusqu’à quel point, la trouille a gagné le camp Gbagbo, désormais enclin à utiliser les coups bas pour réussir ce qu’il est conscient de ne pas réussir dans la clarté. Malheureusement !

Publié dans Politique ivoirienne

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article