La prolifération des religions, un danger à l’horizon.

Publié le par Denis-Zodo

 

Autrefois utilisée comme instrument de stabilité et de cohésion sociale, la religion est devenue aujourd’hui une activité lucrative qui échappe au contrôle des pouvoirs publics. De ce fait, elles connaissent une prolifération anarchique dans tous les pays du monde, et particulièrement en Afrique. Cette prolifération des religions a pris une ampleur indescriptible, voire des proportions insoupçonnées à partir des années 1980, et est à l’origine de plusieurs guerres dans le monde. Après ce constat, il est important de s’interroger sur les causes de la résurgence des religieux nouveaux dans notre société. Et au delà de l’aspect spirituel, son impact dans la vie sociale, politique et économique.

Traditionnellement, la religion assure le contrôle de la soumission dans la société. Dans ce cadre, certains Etats voyaient en leurs leaders, des analystes ou des prédicateurs de l’Afrique moderne ; une modernité chaotique pré et post coloniale. Ceux-ci s’efforçaient aussi bien d’interpréter et de réguler les tensions entre l’univers villageois et celui de la ville, qu’entre pouvoir blanc et pouvoir noir. Les religions étaient dans la logique, des Eglises ou sectes de l’antiquité, dans laquelle elles collaboraient harmonieusement avec le pouvoir, c’est-à-dire avec l’Etat. Mais à partir des années 1980, au moment où le monde entier a été frappé par les crises successives, aggravant ainsi la situation sociale des populations, notamment ceux des pays en voie de développement, une autre catégorie de religion va apparaître. Devant la quasi-indifférence des Etats, ces religions et sectes de tous poils imprègneront pernicieusement les esprits des populations. En effet, à cause du chômage, la plupart des jeunes ou diplômés sans emplois sont devenus des hommes de Dieu, des pasteurs, des prophètes… Ces hommes ont du talent dans la parole pour subjuguer la foule et tous les esprits. On le voit dans leurs actes : guérison miraculeuse, désenvoûtement, les visions et prédications, la délivrance de l’emprise des esprits méchants et impurs, à l’annonce de l’apocalypse, sont leurs activités quotidiennes. Lesquelles activités sont aussi orientées principalement vers le soutien politique et la corruption. Les dérives  sectaires témoignent de cela. Dans leurs manœuvres, des représentations fragmentaires prolifèrent dans les quartiers précaires, là où règnent l’ignorance et la recherche de la prospérité à tout vent. D’autres, beaucoup plus nantis, organisent des croisades soumises à la publicité tapageuse. Jésus-Christ a-t-il fait tant de tapage pour guérir l’aveugle de naissance et ressusciter Lazare, le frère de Marthe et de Marie ?

Seules ces personnes inspirées et ointes nous le diront.

Mais, il est bon de savoir que selon la bible « des hommes qui n’ont pas connu ce désert avant de servir Dieu, se sont prosternés devant le malin pour la gloire et l’argent… ». De ces ramifications de sectes et de religions les plus dangereuses et modernes sont les églises ethniques ou partisanes. Seuls, ces leaders religieux croient savoir quel homme politique est capable de diriger un pays ; si bien qu’ils se retrouvent toujours dans le sillage des hommes politiques. A l’église, on ne parle que l’ethnie dominante, excluant les fidèles minoritaires.  Ces escrocs, indélicats, magiciens de l’enfer et mystificateurs profitent toujours des situations difficiles pour annoncer la fin du monde, ou la dérive de telle ou telle personne politique.

Ces églises ou religions vues comme compagnon ou outil du capitalisme néo-libéralisme au plan social, politique et économique, favorise le développement du prosélytisme religieux qui se manifeste en particulier dans le repli communautaire de fractions de plus en plus importantes de la population. Leur prolifération donne un regain de vigueur à l’obscurantisme, qui aboutit au fétichisme et à l’intégrisme.

Ainsi, on a les oppositions religieuses qui engendrent de plus en plus de guerres, jetant ainsi des centaines d’individus dans la misère, en raison d’incessants conflits dus au fanatisme. Des escroqueries de toutes sortes et des attaques contre les droits des minorités, notamment les attaques à la liberté des femmes de disposer de leur corps, ainsi que les actes homophobes virulents sont inquiétants.

Plus grave est l’intrusion de façon récurrente de la religion dans des milieux de l’éducation publique qui deviennent de plus en plus récurrentes. Il est déplorable de constater cette agonie des consciences devant une complicité active des Etats. L’Etat doit agir. Car, il est vrai que « la neutralité bienveillante de l’Etat » impose dans les établissements de l’éducation et de formation, ainsi que dans les lieux publiques, tout signe ostensible d’appartenance à une religion. Mais aussi, la recherche du gain par  des hommes de Dieu doit être combattue. Car, dans sa mission et son mandat, il doit apporter de l’aide à la population ou aux individus qui souffrent, en raison de la pauvreté et la maladie et non les appauvrir, ni les tuer. En l’absence de source légale, le législateur peut se fonder sur les textes religieux et la consultation des grands conseils religieux. Il est aussi vrai qu’en référence à la constitution ivoirienne et selon les textes sur la déclaration des droits de l’homme, nul ne peut faire entrave à la liberté religieuse. Mais, celle-ci ne doit pas être nuisible à autrui. Autant la prolifération des religions et sectes fait l’objet de litige en raison de déclarations arbitraires d’imposture, de charlatanisme et des dérives sectaires considérables, autant si l’on n’y prend garde, on risque d’assister à des désordres sociaux, à des instabilités politiques et économiques. Il est donc nécessaire d’intervenir maintenant afin de dénouer ce phénomène qui prend de plus en plus de l’ampleur dans tous les pays. Il faut ramener les religions à leur fonction primaire qui est la spiritualité dans la cohésion sociale.    

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