Menace sur le processus de paix en Côte d'Ivoire: le cas Zakaria

Publié le par Denis-Zodo

"Affaire Koné Zakaria" tel pourrait être intitulé le nouveau feuilleton offert aux Ivoiriens depuis quelques jours par nombre de tabloïds locaux et médias nationaux et supra nationaux. Pour comprendre cette autre crise au sein des Forces –Nouvelles (FN) ex-rébellion armé ivoirienne, une analyse rétrospective de la crise qui dure depuis 6ans s’impose. C’est pourquoi, il nous sied d’en dégager les causes, les conséquences et pourquoi pas des exquises de solutions pour garantir le succès du processus de sortie de crise. 

 Débutée le 19 septembre 2002, la crise militaro politique qui durant plus de 6ans a défiguré la Côté d’Ivoire, contrairement à tout ce qui a été avancé par certains observateurs n’a pas fini de livrer ses secrets. Ne dit-on pas que pour soigner efficacement une maladie, un bon diagnostic est indispensable ? Fort de cette assertion, l’on peut avancer que les différentes convulsions qui ont meublé les multiples tentatives de résolution de la crise, sont le fait d’un mauvais diagnostic. Pour mémoire, au départ de la rébellion, que ce soit le mouvement Patriotique de Côte d’Ivoire (MPCI) le Mouvement Patriotique de Côte d’Ivoire, le Mouvement Pour la Libération du Grand Ouest ( MPIGO) ou le MJP Mouvement pour la Justice et la paix, l’objectif ou du moins les raisons évoquées étaient convergentes . Rétablir une démocratie vraie. Cela, évidemment passe par chasser du pouvoir Laurent Gbagbo et ses affidés. Six ans après, que constate t-on ? Loin d’être un simple soulèvement de soldats mécontents, les raisons profondes se trouvaient dans un malaise politique profond. Cela a été démontré à travers les multiples accords. De Marcoussis à, Ouaga, en passant par Pretoria, Accra I, Accra II, les discussions ont été menées par les politiques. En occurrence, la branche politique du MPCI, conduite par son Secrétaire Général Guillaume Soro  Kigbafory , le PDCI –RDA, le RDR, le FPI, parti au pouvoir et certains partis significatifs de l’opposition. En témoigne les gouvernements qui se sont succédés jusqu’à l’actuel, celui de Guillaume Soro, devenu entre temps Premier ministre de la Côte d’Ivoire. Il convient de souligner également qu’au sortir du conclave de Pretoria, la rébellion va changer de configuration. Les trois mouvements rebelles (MPCI – MPIGO-  MJP) vont se muer en un seul, les Forces Nouvelles avec pour un seul leader, Soro Guillaume le Secrétaire Général du MPCI. Outre les grands changements constatés au sein des forces Nouvelles, avec la mise en place d’une véritable administration dans les zones sous leur contrôle, des bouleversements sont également notables dans la sphère politique ivoirienne, surtout celle de l’opposition. Dès lors, les différentes discussions entre les ex-belligérants et les partis politiques de l’opposition auront un caractère beaucoup plus politique. Certains militaires de l’ex-rébellion tronquent le treillis contre le costume. Pour autant, la sérénité et la quiétude ne sont pas de mise dans les rangs des Forces Nouvelles.

De l’affaire IB

Au fil des différentes discussions, des dissensions naissent au sein de l’ex-rébellion. Celui qui est considéré à tort ou à raison comme l’une des figures de proue du soulèvement militaire du 19 septembre 2002, Ibrahim Coulibaly, alias IB, bien connu dans l’armée pour son activisme depuis 1999, au moment même où Aimé Henri Konan Bédié et le PDCI –RDA ont été chassé du pouvoir par les ‘’ jeunes gens ’’ du Général Robert Guéi,  trouble le sommeil de ses ex-compagnons de lutte. Accusé de vouloir créer une rébellion dans la rébellion, certains soldats supposés être proches de lui seront traqués et exécutés. Inéluctablement, la méfiance va s’installer au sein de l’ex-rébellion. Pendant ce temps, IB en exil depuis le déclenchement de la crise ne prend pas de gants pour fustiger Soro Guillaume et ses hommes. Par médias interposés chacun revendique la paternité de la rébellion. Toute chose qui affaiblit les ’’ libérateurs’’ du 19 septembre 2002. Après plus de 5 ans d’une situation de ni paix ni guerre, les maîtres de Bouaké, Korhogo, Man…semblent être gagnés par l’usure du temps. Surtout que les multiples accords de paix n’ont pas apporté les résultats ex comptés. De part et d’autre, la fatigue semble avoir gagné les deux camps .Pendant ce temps, fort de l’administration mise en place dans les dites zones, les chefs de guerre se sont enrichis au détriment des populations et des soldats. Toute chose qui va provoquer de temps à autre des frictions entre les populations,  les soldats et les désormais  seigneurs de guerre.

De l’accord politique de Ouagadougou

A l’initiative du chef de l’Etat ivoirien, Laurent Gbagbo, un accord de paix inter ivoirien est signé à Ouagadougou dans la capitale Burkinabé en Avril 2007 sous les auspices du président du Burkinabé Faso, Blaise Compaoré. Et pourtant , depuis le déclenchement de la crise, le président du pays des hommes intègres a toujours été considéré comme le père, le manipulateur, le relais entre les mains occultes qui manœuvrent pour la déstabilisation de la Côte d’Ivoire. « J’ai toujours marqué mon désaccord depuis que cette lutte a pris de nouvelles orientations… » Dixit Koné Zakaria dans une interview accordée à un medias français. Contrairement à tout ce qui  a été dit et écrit, l’accord politique de Ouagadougou n’a jamais rencontré l’assentiment de certains chefs rebelles qui pensent que Soro a foulé au pied les intérêts de FAFN. De fait, l’accord politique de Ouaga, malgré des avancées notables,  garde en lui des germes d’une implosion, à même de mettre en péril le processus de sortie de crise. Surtout que certains membres de la hiérarchie militaire, tel Wattao ne prend pas de gants, pour fustiger le mythique et mystique chef de guerre de Séguela et de Vavoua, le Commandant Koné Zakaria. A la  réalité, progressivement la coalition du mal se met en place. Ibrahim Coulibaly, Konaté Daouda, et depuis le vendredi 16 au samedi 17 mai 2007, Koné Zakaria, cela fait officiellement trois chefs de guerre en cavale.

De la menace du tandem IB Zakaria

A la lumière des derniers développements de l’actualité, l’on peut avancer sans risque de se tromper que la désertion du Commandant Koné Zakaria, remet au goût du jour le débat sur la paternité de la rébellion ivoirienne déclenchée le 19 septembre 2002. On le sait. Après les moments d’euphorie, aux premières heures de la crise, la rébellion ivoirienne, outre les menaces d’attaque du pouvoir en place a connu des moments de troubles en son sein. Considéré comme l’un des leaders de la révolte du 19 septembre 2002, Ibrahim Coulibaly, allias IB a été contraint à l’exil et poursuivi, pour tentative de déstabilisation, en France. Dès lors, la sérénité a déserté les rangs des rebelles. Certains chefs, tel Adam’s, supposé proche de IB a été abattu et brûlé dans une ruelle à Bouaké. Konaté Daouda, un autre chef rebelle, proche de IB a eu plus de chance que son comparse suscité. Quant à Koné Zakaria, dont l’aversion pour l’accord politique de Ouagadougou est un secret de polichinelle, il a confirmé son probable et  indéfectible attachement à IB, même s’il affirme qu’ils n’ont aucun contact. Autant dire que, même si certains leaders de l’ex-rébellion ivoirienne soutiennent mordicus qu’il n’y a pas le feu en la demeure, force est de reconnaître que la sérénité n’est pas de mise dans les rangs des Forces Nouvelles. Car, il n’est point besoin de souligner que depuis le déclenchement de la rébellion armée ivoirienne, l’éternel pu schiste Ibrahim Coulibaly allias IB a toujours troublé le sommeil de Guillaume Soro et ses hommes. Quant à Koné Zakaria, il s’est illustré, même s’il est en rupture de ban avec ses camarades d’hier, comme un redoutable chef de guerre. En témoigne la prise de Séguéla et Vavoua. Raison pour laquelle, un rapprochement entre les deux chefs rebelles apparaît comme une autre menace sur le processus de paix.

De l’influence des politique

Certaines langues le disaient  tout bas. La crise militaro politique qu’a connu la Côte d’Ivoire a des connexions politiques aussi bien au plan national qu’international. Cette assertion, sans faux fuyant, koné Zakaria, l’a confirmé. « En réalité, beaucoup d’entre nous, ont été trompés par Soro et certains hommes politiques » a-t-il martelé. De fait, de quels hommes politiques parle t-il ?

Bien malin, qui pourrait répondre par l’affirmative. Toujours –est-il qu’à travers ces propos, la face cachée  de l’iceberg, serait le fait des hommes politiques. Dont le relais incontestablement serait celui que Zakaria qualifie de traître, l’actuel Premier Ministre, Soro Kigbafory Guillaume. En attendant, les futures élections, le suspense demeure. Une réelle menace plane sur le processus de sortie de crise. C’est pourquoi, les autorités ivoiriennes, toutes tendances confondues doivent prendre toutes les dispositions idoines pour sauvegarder les acquis du processus de paix en cours. Seul gage, d’un retour définitif à la paix en Côte d’Ivoire.

Publié dans Politique ivoirienne

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