La prévention de la criminalité en Côte d’Ivoire : Approche globale intégrée et multi-sectorielle

Publié le par Denis-Zodo

Partout dans le monde les crimes, les délits et les contraventions sont monnaie courante. Ces infractions, inhérentes à la société, participent toutefois au dynamisme de celle-ci non sans représenter une menace pour la sécurité de l’ensemble des personnes et de la collectivité, compromettre le développement si l’on n’y prend pas des mesures idoines. Il appartient donc à l’Etat de protéger les citoyens et les citoyennes contre ces crimes et délits afin de leur permettre d’exercer en toute quiétude, leurs activités économiques et sociales, et jouir de leurs droits et de leur liberté individuelle. En Côte d’Ivoire, la criminalité évolue sous toutes ses formes. La criminalité, au sens large est un nombre variable d’actions ou d’omissions transgressant une disposition légale ou sociale.


Cette définition prend en compte, les violations graves des règles sociales ou ethniques d’une collectivité qui nécessite des sanctions corporelles ou pécuniaires ou encore des mesures de sûreté. Par exemple, la transgression d’un interdit d’une communauté entraîne des sanctions exemplaires.


Elle prend aussi en compte, les différentes infractions déterminées par le code pénal ivoirien, notamment, la classification tripartite des infractions (crime, délit, contravention).


Le code pénal classe les infractions en groupes :


Les infractions contre la personne (homicide,...), les infractions contre les biens, contre la propriété (vol, fraude...), les infractions contre les mœurs (proxénétisme,…) etc.


L’ensemble des infractions effectivement commises correspond à la criminalité.


La lutte contre la criminalité coûte très cher économiquement et socialement, en raison des moyens colossaux qu’elle mobilise pour sa répression et sa prévention.


En outre, l’évaluation des coûts sociaux est difficile, mais celle-ci est considérable car entraîne une dégradation de la qualité de vie qui touche les victimes, les contrevenants, délinquants ou criminels et la population en général.


C’est pourquoi, il faut lutter efficacement contre la criminalité en vue de réduire le taux à des proportions tolérables par la société.


De la lutte, la répression et la prévention.


La lutte comprend la répression qui consiste à faire payer l’auteur de l’infraction à travers une sanction ou une peine. Elle est généralement assurée par les services policiers, le système judiciaire, carcéral et structures assimilées.


Parallèlement à la répression, il faut la prévention de la criminalité. Car la répression agit en aval, tandis que la prévention agit en amont.


En effet, dans le schéma de la lutte contre la criminalité, la prévention contribue à réduire la criminalité réelle et à bâtir des milieux de vie plus sécuritaires pour les citoyens. Elle est très importante dans ce schéma. Mais, en quoi consiste-t-elle ?


La prévention de la criminalité consiste en des mesures proactives et non pénales qui ont pour but spécifique de réduire la criminalité en agissant, soit sur les facteurs qui en déterminent, soit sur les circonstances et l’environnement dans lesquels sont commis les délits ou encore sur les facteurs contemporains qui prédisposent à la criminalité.


Par exemple, aujourd’hui en Côte d’Ivoire, la prolifération des armes en raison de la guerre constitue un facteur. La pratique de la corruption en constitue un autre également. Par la sensibilisation des auteurs, on peut rompre cette chaîne de corruption.


Il existe deux grands modèles de prévention de la criminalité en criminologie : la prévention situationnlle ou techno-préventive et la prévention sociale.


La prévention situationnlle consiste à agir sur les circonstances de la criminalité et l’environnement. On se pose la question de savoir ce qui a facilité la perpétration de tels actes ? On y identifie tous les facteurs dépendants et on agit directement sur ces facteurs pour empêcher les infractions de se réaliser.


Pour preuve, la prolifération des miliciens armés pendant la guerre est liée à une fourniture régulière en armes, en munition et en moyens d’entretien.


Il suffit donc de supprimer les moyens et la fourniture régulière en armes pour réduire cette prolifération anarchique de ces groupes.


La prévention de la criminalité exige la connaissance des facteurs de celle-ci, à savoir la nature socio-économique, la présence d’occasion favorisant la perpétration du délit, ainsi que ses liens avec les valeurs sociales individuelles.


La prévention sociale consiste à déterminer les aspects socio-économiques, psychologiques et culturelles qui prédisposent la commission de l’infraction (pauvreté, indigence …..).


Ces conditions comportent des facteurs situationnelles (circonstance ou environnement) qui rendent l’infraction plus ou moins facile ou attrayante.


Exemple : le domicile moins surveillé, les biens convoités ….


Du diagnostic de la situation.


Le diagnostic de la prévention en Côte d’Ivoire révèle des actions multiples et éparpillées, l’existence des activités méconnues du ministère de la sécurité et ceux des tutelles, absence d’évaluation des actions de prévention de la criminalité, insuffisance d’action de prévention en générale, inexistence d’action de prévention pour contrer les nouveaux phénomènes criminels, financement moyen, les critères d’attribution inappropriés, absence de concertation au niveau gouvernemental dans le cadre de la prévention, pas de responsabilité suffisante des collectivités et organismes privés.


Toutefois, l’accent est mis sur la répression de la criminalité.


Face à tout cela, on ne se gène plus pour dire que la prévention de la criminalité en Côte d’Ivoire rencontre beaucoup d’obstacles, malgré la volonté des acteurs d’agir.


Or, cette prévention est devenue incontestable et incontournable pour les Ivoiriens. Cependant,elle doit être axée sur une approche globale intégrée et multi-sectorielle. Elle doit prendre en compte les organismes gouvernementaux à vocation sociale et socio-économique.


Les communautés, à travers les municipalités, les districts et les conseils généraux, associations et groupes ayant déjà une expertise du développement communautaire peuvent asseoir dans les localités des groupes de sécurités urbaines. A travers l’orientation sociale et situationnelle, une politique peut être menée. Pour ce faire, nous préconisons une stratégie d’intervention diversifiée et une approche intégrée en prévention de la criminalité.


De la nécessité d’une stratégie d’intervention diversifiée.


Il est évident que la perpétration du délit ou le passage à l’acte repose sur la présence simultanée de 3 facteurs qui sont : un contrevenant motivé à atteindre son but, une cible appropriée et un environnement favorable.


La prévention va donc consister à agir sur ces facteurs ‘’prédisposant’’, (en même temps ou de façon alternative).


Dans ce cas, une approche intégrée en prévention pourra nous orienter vers les conditions de succès de l’opération au niveau national et local.


La meilleure façon d’harmoniser les activités actuelles de prévention déployée sur le territoire ivoirien, d’en améliorer l’efficacité et de les compléter par de nouvelles initiatives consiste à développer une approche globale résumée en cinq points :


- La coordination au niveau du ministère de la sécurité,


- la maîtrise d’œuvre au plan local,


- le partenariat avec les acteurs sociaux,


- la démarche structurée de planification des interventions préventives,


- les concertations interministérielles.


1°/ Au plan national, il faut une coordination de toutes ces activités par le ministère de la sécurité. Un contrôle et un suivi plus affirmé en prévention de la criminalité sur l’ensemble du secteur en Côte d’Ivoire.


Il doit donc pour ce faire :


- Encadrer davantage les interventions sur le terrain,


- offrir un soutien technique et financier aux intervenants et assurer la pérennité de certaines activités de prévention prometteuses ou efficaces,


- mobiliser les autres ministères et organismes autour d’objectifs nationaux dans un cadre permanent de concertation,


- promouvoir la promotion de la prévention de la criminalité auprès des populations, des organismes privés de la société civile, des municipalités et autres ministères et organismes gouvernementaux,


- favoriser le développement des connaissances en prévention de la criminalité et développer sa propre expertise ou assurer un renforcement des capacités.


2°/ Au plan local, les conseils généraux, les municipalités doivent coordonner les activités de prévention de la criminalité à travers les initiatives dénommées ‘’sécurité urbaine’’, dont ils en seront les maîtres d’œuvre.


Cela est possible parce que, ces autorités ont la responsabilité d’assurer la protection des personnes et leurs biens sur leur territoire; leur autorité politique leur confère la capacité de mobiliser les ressources du milieu dans le but de définir les stratégies locales de prévention qui reposent sur la concertation et le partenariat. Ses pouvoirs lui permettent en outre de coordonner la mise en œuvre de la stratégie retenue et des interventions sur le terrain. Ainsi, l’imputabilité politique de ces autorités fournit l’assurance que l’ensemble de la démarche sera rigoureusement encadré.


3°/ Le partenariat : La clé du succès.


La criminalité est un fait social complexe qui interpelle différents acteurs sociaux tout autant que les citoyens, car elle influence directement leur qualité de vie.


A cet égard, le partenariat est perçu comme un mode d’action incontournable pour bien intervenir sur un ou plusieurs problèmes.


Les actions non coordonnées et individuelles des acteurs ne donnent pas de résultats satisfaisants. La conjugaison des efforts respectifs s’avère essentielle pour la réussite d’un tel programme. C’est pourquoi, il faut une synergie de tous les intervenants qui peuvent être regroupés selon leur spécialisation dans des ensembles spécifiques.


Par rapport à la spécificité des intervenants, la référence des clients pourrait constituer un facteur favorable dans la collaboration.


4°/ Une démarche structurée de planification des interventions préventives.


Comme on l’a annoncé, la criminalité est un phénomène social complexe dont la prévention nécessite une approche rigoureuse et systématique.


En ce sens, le ministère de la sécurité doit préconiser au niveau national l’application d’une démarche de planification des interventions préventives pour établir un diagnostic de la criminalité et de sécurité, déterminer les interventions à réaliser, mettre en œuvre une stratégie d’intervention et évaluer l’impact des interventions déjà réalisées par ledit ministère.


5°/ Au niveau gouvernemental, une concertation annuelle interministérielle est nécessaire.


La prévention de la criminalité requiert une approche globale et intégrée d’autres ministères et organismes gouvernementaux à vocation sociale et socio-économique (Assemblée Nationale, Conseil Economique et Social, …) peuvent contribuer de façon significative à la prévention de la criminalité par l’intermédiaire de certains programmes placés sous leur responsabilité.

Publié dans Politique ivoirienne

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