Echéances électorales en Côte d'Ivoire: Ouaga, malade de ses signataires

Publié le par Denis-Zodo

Le jeudi 09 Mai dernier, les membres du Cadre Permanent de Concertation que sont Laurent Gbagbo, Chef d’Etat, Guillaume Soro, Premier ministre, Henri Konan Bédié, Président du PDCI, Alassane Dramane Ouattara, Président du RDR et Blaise Compaoré, Président du Faso, par ailleurs, facilitateur, se sont (encore) retrouvés pour la troisième fois pour faire l’évaluation de la mise en œuvre de l’accord politique de Ouaga et de ses accords complémentaires. Le communiqué final issu de cette rencontre nous interpelle à plus d’un titre, surtout que des zones d’ombre persistent dans le texte. Ainsi, on a l’impression que les invités autour de la table ovale tournent en rond sans faire des avancées notables et tardent à proposer des solutions courageuses. En parcourant ligne par ligne, paragraphe par paragraphe, ce communiqué final, le troisième du genre, cinq points nous laisse sur notre faim et cela est inquiétant pour la suite de la sortie de crise.

Le premier point qui saute aux yeux et qui fâche, c’est le fétichisme des dates qui refait surface. Les signataires s’interdisent de communiquer un chronogramme avec des dates précises des différentes étapes d’avant élection. Notamment, la reconstitution de l’état civil, le démantèlement des milices, le regroupement et le désarmement des ex-combattants, les audiences foraines, l’identification, la composition des listings électoraux… Comment peut-on fixer la date de la présidentielle sans donner un chronogramme quant à toutes les étapes qui précèdent cette élection ? Autant dire qu’il est fort à craindre que les chances pour le respect de la date du 30 novembre prochain soient maigres. Ceci, pour la simple raison qu’on ne peut se donner une heure d’arrivée pour une distance à parcourir, si on ne s’impose pas un temps de kilométrage.

Le deuxième point non moins important, est celui des difficultés évoquées pour le financement des élections. Tout transparaît au cœur de cette préoccupation. Le constat est qu’on n’a pas les moyens d’organiser les élections. Et pourtant, il est évident que les étapes ne connaîtront un début de commencement que lorsque les moyens nécessaires seront dégagés. En d’autres termes, c’est seulement si, lesdits moyens sont disponibles que cette volonté ne pourra se traduire dans la réalité. Parce qu’il est clair que les ex-combattants ne déposeront les armes que lorsqu’ils seront désintéressés. C’est pourquoi, il est plus qu’impérieux d’éviter que la côte d’Ivoire fasse un saut en arrière, en occultant les problèmes réels indispensables au retour à une paix définitive et durable.

Le troisième point, c’est celui là même qui inquiète le plus. Il est étroitement lié à la sécurisation du processus électoral. Sur ledit point, on veut faire avaler aux Ivoiriens qui ont tant souffert des affres de cette sale guerre, une autre couleuvre. Comment est-ce possible que le Centre de Commandement intégré (CCI) qui n’existe que de nom et les Forces impartiales puissent véritablement élaborer un plan global de sécurisation des élections, si les ex-combattants tiennent encore leurs armes et sont encore maîtres dans leurs zones respectives d’occupation ? Pour preuve, des « territoires » sont interdits à des leaders politiques, et pourtant, nous sommes entrés de plein pied dans la période pré-électorale. Disons-le tout net, est-il possible à Alassane Dramane Ouatara, Président du RDR de tenir un meeting à Mama ? Est-il possible à Henri Konan Bédié de faire un meeting dans un village du Nord du pays en toute quiétude ? Autant de questions qui posent le problème d’une élection avant désarment ou après désarmement.

Le quatrième point, qui est le point d’achoppement, est celui d’une élection démocratique, transparente et ouverte. Sur ce point précis, les membres du CPC ont entendu l’exposé de Robert Beugré Mambé, Président de la Commission Electorale Indépendante (CEI) qui a demandé aux acteurs politiques de cultiver le « bon ton », sans pour autant rassurer les uns et les autres sur les rapports de son institution avec la Cour Suprême et la Cour Constitutionnelle. Et pourtant, c’est un secret de polichinelle, la question de la légitimité et de la crédibilité de ces deux institutions se pose. A l’occasion, l’un des membres du CPC, en l’occurrence le Président du RDR, a soutenu que seules la CEI et l’ONU avaient pouvoir et compétence pour valider et certifier les élections. Ainsi dire que, la Cour Suprême et la Cour Constitutionnelle doivent rester à l’écart, parce qu’elles ne sont plus légales. Curieusement, comme par un tour de magie, la dernière réunion du CPC n’a pas dit un seul mot sur ce dossier. Toute chose, qui suscite des interrogations. Tia Koné va-t-il ressurgir pour délibérer sur les dossiers des candidats à la prochaine présidentielle comme en 2000 ? Ou simplement sera-t-il mis à l’écart ? Là est toute la question. Etant donné que les deux institutions susmentionnées ne sont plus légales, qui va donc recevoir les dossiers des candidats et les valider ?

Le dernier et l’un des points les plus importants, sont incontestablement celui relatif à la presse. En effet, le problème de la presse reste toujours posé. Rien n’est fait pour que la Côte d’Ivoire se dote d’une presse véritablement indépendante, crédible et responsable. Des reformes salutaires ont été annoncées à la faveur du nouveau régime juridique de la presse. Malheureusement, rien ne bouge. Nous en voulons pour preuve le fait que les décrets qui doivent installer les organes de régulation et leur donner pleins pouvoirs, tardent à être signés. Conséquence, il est fort à craindre qu’on se retrouve dans la campagne électorale avec une presse de propagande et excessivement « agressive ». En tout état de cause, à la lumière de ce qui est décidé entre les « quatre grands », l’on peut avancer que c’est du vent. Qu’on ne nous distrait donc pas. Dans tous les cas, le peuple vigilant de Côte d’Ivoire ne se laissera pas distraire éternellement.

A bon entendeur…

Publié dans Politique ivoirienne

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