La Guinée Konakry, hier et aujourd'hui

Publié le par Denis-Zodo

De colonie oubliée, la Guinée est devenue l’un des Etats africains les plus controversés sous le nom de République populaire révolutionnaire de Guinée. Classé parmi les pays les plus pauvres de la planète, ce pays a pourtant des richesses minières considérables et des potentialités agricoles. Ce pays de l’Afrique de l’Ouest, dont l’histoire est très contre versée n’a pas fini de livrer les secrets de sa misère. Qu’est ce qui explique la situation actuelle de la Guinée Konakry ? Quelles sont les origines de ses problèmes ?


Pendant 3 décennies et demie, son régime politique sous Sékou Touré n’a pas réussi à améliorer de manière appréciable et significative les conditions de vie des populations guinéennes dont une grande partie est expatriée pour des raisons aussi bien économiques que politiques. Une gestion centralisée sur une longue durée, dans laquelle les inégalités ont été observées dans l’allocation des ressources humaines et matérielles : La seule ville de Konakry avec moins de 20% de la population guinéenne emploie 40% de médecins, 51% de sages-femmes et 39% d’infirmiers, au moment où la population de l’intérieur et des zones rurales enclavées souffre de moyens de transport, de production, de santé et de loisir. Pis, l’accès au crédit et la dégradation de l’environnement et des choses exogènes n’ont fait que progresser.


Au niveau de l’éducation, il y a un faible taux de scolarisation au sein des populations défavorisées avec un taux de mortalité infantile très élevé. On assiste également à un taux élevé d’analphabétisme et l’existence de pratiques culturelles rétrogrades et criminelles, telles l’excision et l’exploitation des enfants.


Le gouvernement, quant à lui, après avoir expérimenté une révolution non capitaliste qui lui a été préjudiciable économiquement et politiquement pendant quelques années, a décidé d’épouser le libéralisme économique. Malheureusement, celui-ci n’a pas encore apporté de résultats significatifs. Pour faire décoller la Guinée, le Président va libéraliser l’exploitation minière, en faisant appel aux pays étrangers amis. Après son indépendance, Sékou Touré qui dans son parti unique et son système socialiste strict a entraîné le pays dans des contradictions même après avoir changé de système : Après avoir été abandonné par la France, la Guinée de 1965 à 1982 a eu des rapports orageux avec ses voisins ; tels la Côte d’Ivoire, le Niger, le Sénégal et la Haute-Volta. Il connaît donc du coup, un isolement politique qui, ajouté, à une économie mal planifiée va entraîner la colère des populations et la faillite du pays. Sorti de ces difficultés, il va réviser la constitution, en étendant ses pouvoirs. Cela ne va pour autant pas apporter des résultats probants.


Après sa mort, le gouvernement d’intérim, dans la même logique, sera rapidement renversé par Lassana Conté, qui prend la tête du comité militaire de redressement national (LMRN). Il assoupli aussitôt le régime, amnistie et libère les prisonniers et crée un rapprochement avec la France et ses voisins. Ouverte au monde, et faisant preuve de démocratie minimum, Lassana Conté échappe à une tentative de coup d’Etat en 1985. Le problème, c’est que des peuples proches de Sékou Touré ne supportent pas le nouveau régime qu’ils trouvent arbitraire et faible.


Les premières élections pluralistes de 1993 vont confirmer Lassana Conté. Les violences post-électorales fragilisent la politique de Conté. Ainsi, en 1996, une mutinerie secoue terriblement la Guinée en pleine restructuration. Un Premier ministre est nommé en la personne de Sydia Touré. Les grandes communautés Peuls et les Malinkés reprochent à Lassana Conté de favoriser les Soussou, ethnie de son origine. Or en Guinée, il existe des communautés de réfugiés venues des pays voisins en guerre (Sierra Léone, Libéria, Haute-Volta…) et des communautés rebelles qui y prennent appui pour agir dans leur pays. Tout ceci, ajouté à la pauvreté met la Guinée dans une position instable et incertaine.


Ainsi, à la réélection de Lassana Conté en 1996, l’opposition avec pour chef de file Alpha Condé va contester jusqu’à ce qu’il soit arrêté et mis en résidence surveillée. Après une accalmie, relative le pays va connaître des moments tumultueux meublés de grèves générales intempestives et d’émeutes. Lassana Conté va donc élargir les pouvoirs du Premier ministre afin de donner un sens à la démocratie. Les choses restent en l’état.


Au fil des années, une analyse va révéler des problèmes de gouvernance, qui tirent leur origine de l’empire guerrier.


Cette gouvernance continue de se traduire par des faibles performances économiques, d’obstacles d’ordre institutionnel, juridique et d’une corruption généralisée. La plupart des guinéens voient la cause de leur misère dans la mauvaise gouvernance des autorités politiques. L’absence de transparence dans la gestion des ressources et la culture de l’impunité sont à la base de détournements de deniers publics.


Fort de tout ce qui précède, les gouvernants ivoiriens doivent faire attention à la manière de gouverner et favoriser l’esprit d’équité, de dialogue et de transparence.


Aucune nation ne peut se bâtir favorablement sans la transparence. Au demeurant, les actes iniques, les rackets, la corruption et autres actes d’exclusion, sont de nature à dégrader la situation sociopolitique. Raison pour laquelle, les dirigeants ivoiriens doivent faire preuve d’ouverture d’esprit en mettant au premier plan la nécessité de sortir de la crise.



Article publié dans le quotidien ivoirien "Le jour plus" du jeudi 8 mai 2008

Publié dans Politique africaine

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Setamir 20/07/2008 16:02

(I)Le maître du monde.

Rien d’extraordinaire ou d’étonnant avec cette Amérique arrogante et violente qui dicte par la menace de tout ce qui est bon ou mauvais dans le monde, qui provoque des guerres entre les Etats ou fait assassiner les opposants. C’est le Dieu du Monde. Les institutions internationales sont à ses ordres même si elles ne lui appartiennent pas ou ne les reconnaît pas telle cette Cour pénale internationale. Qui peut actuellement dénoncer : la guerre injuste contre l’Irak et les violations des Droits de l’Homme commises ? La prison de Guantanamo et les tortures d’Abou Graïb ? Les outrages continus à l’ONU et aux Lois internationales? La prison « à ciel ouvert » qu’est Ghaza ? Le mur entourant la Cisjordanie tel un grand ghetto ? Les crimes commis contre les palestiniens et le Liban ? La poursuite de la construction de colonies et la violence des colons en plus du blocus ignoble imposé. Singulièrement, se sont les Etats censés inspirer l’humanisme, qui sont pervertis en centres de leurs actions et de leurs projets funestes. Que reste-il quand tout est dicté à partir de l’Amérique? Il n’y a actuellement de liberté que dans de rares journaux ou dans cet incontrôlable Internet. S’organiser en pôles régionaux? Même pour cela il faut son « accord ». Il est vrai qu’on ne peut rien contre ce dictateur de Bush qui peut décider d’une guerre s’il estime qu’un pays risque de devenir sont ennemie, contre un Daniel Pipes expert en désinformation, un Richard Perle surnommé ‘prince des ténèbres’ artisan de la guerre contre l’Irak ou contre un David Frum et son ‘axe du mal’, un Douglas Feith, un John Hagee… pasteur etc. Et pourtant l’Amérique n’a jamais gagné de guerre du moins atteint ses objectifs dans une quelconque action dans le monde. Comme toutes les absolutismes à travers les siècles, le monde renferme suffisamment de valeurs pour les déchoir. Car les tyrannies tombent toujours.


(II) Institutions internationales ou attrape-nigauds ??

L’expérience nous montre que dès qu’il y a crise on érige une structure « internationale » sensée « prévenir » et « guérir » pour le bien de l’Humanité.
Ce sont toujours les pays riches et puissants souvent ex-colonisateurs qui en sont les initiateurs. Ces structures sont appelées instances de l’ONU, ONG et autres Unions auxquelles ont dresse des ‘règles’, des ‘droits’ et ‘obligations’.
Au fil du temps, des conjonctures internationales et des intérêts, ces structures (ou machins) on été perverties pour devenir des auxiliaires et faire-valoir des lobbyings associatifs à buts humanitaire, culturel, médiatique etc. riches et puissants qui s’organisent en monopole politique capables d’imposer leur point de vu, leurs objectifs, leur idéologie par la force souvent.
Pour ce faire, il ne lésine sur aucun moyen pour façonner la pensée en l’orientant, en l’influençant ou en la manipulant.
Pour assurer leur pérennité et surtout leur crédibilité ils opèrent dans des pays à Histoire continue et en infiltrant les organisations dites ONG, moyens efficaces pour occuper et contrôler tous les espaces d’expression et d’action.
La Cour pénale internationale n’échappe pas à leur influence. Sous couvert d’un droit international ratifié par les Etats pour se protéger des éventuelles agressions et injustices, surtout les pays pauvres dont les richesses sont convoitées, ces institutions ont été corrompues en instruments de chantage aux « Droits de l’homme » à la « Liberté d’expression et de conscience » etc. susceptible de « sanctions internationales » ou carrément l’inculpation et l’arrestation d’un chef d’Etat même en exercice.
En somme « vous faites ce que je vous dicte sinon la trique ». On est donc dans le même esprit colonialiste prédateur mais drapé de prétextes « humains » et couvert par la « légalité ». Le « Droit d’ingérence humanitaire » est l’expression même de cet esprit qui n’est pas près de s’extirper des mauvaises consciences. Les pays visés par ce « nouvel ordre » doivent comprendre que ces « structures » que l’on cautionne par une « adhésion » sont des pièges mortels, sournois, des attrape-nigauds visant à perpétuer des intérêts, des privilèges, par des jeux pervers sur des principes humanistes dont ils sont loin d’en accepter l’instaurations dans ces contrées « utiles ».
Ces organisations ne les toucheront jamais car elles sont faites par eux et pour eux et rien d’autre.

Denis-Zodo 24/07/2008 21:32


Vous posez le problème de l’iniquité et des injustices sociales des puissances mondiales dirigées contre les pauvres à travers des mécanismes auxquels les africains adhèrent. Ce débat est bien
fondé, mais à force de mettre toujours en cause les autres on fini par négliger nos lacunes. La mal gouvernance dont fait l’objet les pays africains a-t-elle un rapport avec l’ex-colonisateur ou
les riches et puissants ? La montée de la fraude et de la corruption y compris les détournements des gouvernants africains a-t-elle un rapport avec les pays riches ?
Je crois que les responsabilités sont partagées, la notre est bien réelle !