Media: Les difficultés de la presse ivoirienne

Publié le par Denis-Zodo

A la faveur du retour au multipartisme, l’univers des médias en Côte d’Ivoire a enregistré une floraison de publications, baptisée à juste titre, ‘’ le printemps de la presse ivoirienne’’. 16 ans après ce ‘’boom’’, de 2 quotidiens (Fraternité Matin et La Voie), les lecteurs ivoiriens ont le choix aujourd’hui entre 13 quotidiens et plus d’une dizaine d’hebdomadaires et de périodiques. Pour autant, cette volonté affichée des éditeurs n’est pas de tout repos, à cause des difficultés multiples qu’ils rencontrent au quotidien. Synopsis d’un univers, ou amateurisme, manque de moyens… le disputent à la mauvaise politique du gouvernement.

DE LA PRECARITE DES MOYENS

A l’instar des autres secteurs d’activité, celui de la presse obéit à plusieurs principes sacro-saints. C’est pourquoi, l’engouement des années 90 avec le printemps de la presse s’est vite estompé. Ainsi, plusieurs périodiques, tels ‘’l’Indépendant’’, ‘’la Tribune du Banco’’, ‘‘le Nouvel Horizon’’, ‘‘Téré’’, ‘’Liberté’’… ont disparu. D’ailleurs, il n’est point besoin de souligner que ces  journaux étaient adossés à des chapelles politiques. Ne faisant donc pas recette, pour la plupart, ils ont dû mettre la clé sous paillasson. Toutefois, la lutte pour l’avènement d’une démocratie vraie en Côte d’Ivoire a favorisé l’intrusion de certains opérateurs économiques et autres investisseurs privés dans le secteur de la presse. Cela, pour juguler un tant soit peu, le problème de la précarité des moyens. Ainsi, enregistre-t-on l’apparition de deux nouvelles rotatives (imprimeries) à côté de la Société Nouvelle de Presse et d’Edition de Côte d’Ivoire (SNEPCI (éditrice de ‘’Fraternité Matin’’, ‘’Stades d’Afrique’’, ‘’Femme d’Afrique’’…) notamment Roto 2000, éditrice de ‘’la Voie’’, …et Roto ci (groupe Olympe). Evidemment l’arrivée de ces nouvelles imprimeries, va ‘Booster’ cette activité, sans pour autant résoudre le problème du manque de moyens. L’impression n’étant pas à la bourse de tout le monde. Aujourd’hui, trois sociétés d’imprimeries, SNEPCI, Sud Actions Medias et Olympe se partagent ce segment du marché.

DU ROLE DE L’IMPRESSION

La fabrication d’un journal obéit à plusieurs étapes. Parmi elles, l’impression. De la collecte de l’information à la mise en vente, l’impression représente une étape importante. Raison pour laquelle, on ne pourrait parler des difficultés de la presse ivoirienne sans évoquer cette phase décisive. D’ailleurs, lorsque vous abordez ce sujet avec un éditeur, sa réponse est sans équivoque. « L’impression » rétorquera-t-il. Toute chose qui est d’autant plus vraie, quand tous sont unanimes pour reconnaître que les intrants, en l’occurrence, le papier journal et tous les accessoires, importés coûtent très chers. Conséquence, les imprimeurs, pour amortir les coûts très élevés des importations sont obligés de fixer des prix exorbitants. Par exemple, pour 5.000 exemplaires, l’éditeur est obligé de débourser la coquette somme de 350.000 Fcfa. Un simple calcul permet de constater que ce sont plus de 2.000.000 Fcfa qui sont décaissés chaque semaine pour un quotidien. Comme on peut le constater, l’impression, cette étape incontournable dans la fabrication du journal apparaît comme un véritable budgétivore.

DU ROLE DES EDITEURS

Il aura fallu plus de 15ans pour voir les éditeurs ivoiriens s’organiser et formaliser leur secteur. Depuis 2007, ils sont donc regroupés au sein d’une association baptisée le Groupement des Editeurs de Côte d’Ivoire (GEPCI), dirigé par M. Denis K. Zihon, par ailleurs Directeur Général et gérant du groupe ‘’le Réveil’’. De fait, plusieurs opérateurs économiques et même des journalistes débarquent dans l’édition des journaux, sans véritablement maîtriser les rouages de cet univers inexpugnable. Le monde de l’édition requiert non seulement une parfaite connaissance de ce milieu mais aussi la maîtrise d’une véritable politique managériale c’est-à-dire une photographie ou une idée de ce marché « la connaissance » de ses lecteurs. En définitif une étude sur l’audience est nécessaire. Pour garantir le succès de cette étude, trois étapes s’imposent : le pré-test, comprendre réellement si le questionnaire proposé a été bien compris par l’échantillon interrogé. L’étude à proprement parler et le post-test, qui consiste à interroger de nouveau l’échantillon pour savoir si le questionnaire a été bien assimilé. Car en amont comme en aval, un travail judicieux est indispensable. Surtout que la concurrence fait rage sur le marché. Pour mieux positionner leurs produits, la qualité du contenant et du contenu est nécessaire. Sans compter que le suivi dans son circuit de distribution est indispensable. C’est justement à ce niveau que se pose le problème du rôle du distributeur exclusif, Edipresse.

DU ROLE DE EDIPRESSE

Comme sus-mentionné, la presse ivoirienne a connu son printemps depuis les années 90. Depuis cette date donc, elle a fait son petit bonhomme de chemin. La majorité des journaux vont mourir de leur propre mort pour certains et d’une mauvaise politique du seul circuit de distribution, Edipresse, pour d’autres. S’il est vrai que pour cause de crise militaro-politique, depuis 6 ans (septembre 2002) le circuit de distribution de Edipresse a été réduit, il n’en demeure pas moins que de tout temps, Edipresse qui détient le monopole de la distribution des journaux en Côte d’Ivoire, n’est pas exempt de critiques. Et pourtant, depuis l’indépendance de la Côte d’Ivoire, cette société a le monopole de la distribution des journaux. Au prolata  elle a 33% des ventes. C’est-à-dire que sur 1numéro vendu, elle a 33% contre 67% à l’éditeur. Evidemment, cette situation n’arrange pas les éditeurs qui doivent faire face à plusieurs charges. Notamment, celles du loyer, d’électricité, d’eau, de salaire… A la vérité, Edipresse développe une mauvaise politique. Car la distribution dont elle a en charge n’est pas suivie. Nous en voulons pour preuve, le fait qu’au moment où des lecteurs sont à la recherche de certains titres dans les différentes communes d’Abidjan, ceux-ci sont stockés dans les supermarchés où le choix des lecteurs est porté sur les grands magazines et hebdomadaires étrangers. Tels, ‘’Jeune Afrique l’Intelligent’’, ‘’le Point’’, ‘‘l’Express’’, ‘’le Figaro’’, ‘‘le Canard  enchaîné’’… Et dire qu’un simple suivi sur le marché aurait permis aux responsables de cette société de réaliser que certaines zones étaient favorables à tel ou tel journal. Pour le bonheur bien sûr des éditeurs. A cela, il faut ajouter la complicité des petits revendeurs ou revendeurs ambulants. Faute de suivi, une fois en possession des journaux, ces derniers arpentent les escaliers des immeubles pour se retrouver dans des bureaux où ils remettent les différentes publications à des potentiels lecteurs qui lisent, moyennant la somme de 50 Fcfa par journal. Les journaux sont repris chaque fin de matinée pour être retournés dans les locaux de Edipresse et considérés comme invendus au détriment de l’éditeur. Les exemples quant à la mauvaise politique de distribution de la société Edipresse sont légion. Considéré comme les bourreaux de la presse ivoirienne, les responsables de cette société et les autorités gouvernementales doivent veiller, surtout avec l’octroi du fond d’aide à la presse à une meilleure politique de distribution pour le bonheur des éditeurs.

DU ROLE DES ANNONCEURS ET DES AGENCES CONSEIL

Que serait un journal, sans publicité ? Cette question mérite d’être posée, dans la mesure où ceux-ci jouent un rôle on ne peut important dans la vie d’un journal. Parce que les annonces publicitaires sont de véritables pourvoyeuses de fonds pour ces journaux. D’ailleurs, il n’est pas exagéré de soutenir que ce sont les annonceurs qui font vivre les journaux. C’est pourquoi, sur le plan commercial, les agences conseils en communication ou agents commerciaux doivent être aptes à convaincre l’annonceur en lui présentant un produit de qualité. Longtemps dominé par des sociétés telles Novalim et Unilever pour les produits culinaires, Solibra (brasserie) les sociétés de téléphonie (Orange-CI, MTN-CI, Moov-CI, Koz) se disputent aujourd’hui ce segment de marché depuis quelques années. En ce qui concerne le milieu de la presse, il est nécessaire d’aborder les annonceurs avec un dossier complet sur le nombre de tirage, l’audience, la périodicité du journal. C’est donc en fonction de tous ces paramètres ou renseignements signalétiques suscités qu’on discute avec le représentant ou l’agence conseil en communication qui est habilité à étudier chaque support présenté de façon générale, un certain nombre de questions méritent d’être posées. Telles, quel genre d’étude voulons-nous et quel objectif visons-nous en faisant une telle étude ? Est-ce une étude par échantillonnage, c’est-à-dire sans tenir compte de l’âge, du sexe et aussi du nombre de personnes à interroger, ou une étude par quota, en d’autres termes sélectionner la catégorie des personnes qu’il faut interroger en prenant cette fois-ci en compte le sexe et la catégorie socioprofessionnelle. En outre, plusieurs objectifs peuvent être visés. Par exemple, quels sont les taux de pénétration dans le district d’Abidjan ou quelle est la répartition par tranche d’âge (18-20 ans, 30-40 ans…) qui lit le journal ?

Au total, plusieurs facteurs liés à l’environnement socioculturel, politique et économique freinent en partie l’émergence d’une presse responsable et d’avenir. Toutefois, nous osons croire que fort de la volonté du gouvernement d’octroyer un fond d’aide à la presse, les éditeurs vont souffler un tant soit peu. 

DU ROLE DE L’INTERNET

Pour une question d’image et de notoriété, la plupart des journaux ont un site. Quel est l’objectif véritable assigné à cette nouvelle trouvaille. En réalité, tous les journaux ont une tarification pour les différents formats quant aux espaces publicitaires. Au demeurant, ces quelques informations sont nécessaires pour le fonctionnement de l’Internet.

Site web : espace virtuel situé sur un serveur de l’Internet contenant des renseignements présentés de diverses façons. Chaque site est composé d’une ou plusieurs pages reliées les unes aux autres par des liens.
Exemple : www.aviso.ci, paris.7evous.fr, www.lemonde.fr, etc.

Portail web : site multiservices, généralement commercial, qui permet d’accéder par des liens à un ensemble de pages de contenu ou de services.
Exemple : www.abidjan.net, www.science.gouv.fr, etc.

Fournisseur d’accès à l’Internet : agrée par ATCI pour commercialiser l’accès à l’Internet comme Orange ou MTN sont autorisés à commercialiser le téléphone.
Les FAI sont : aviso, afnet, africaonline, globeacces, etc. Un FAI comme toute entreprise peut s’offrir un site web pour faire connaître ses produits. C’est le cas de Côte d’Ivoire Télécom ou aviso. Pour agrémenter ce site, ils proposent des informations, de la musique, des jeux, etc. Mais ce n’est pas leur spécialité, car ils ne les commercialisent pas. 
 
Au regard de ce qui précède, peut-on parler d’un apport subséquent de l’Internet à l’image et la notoriété des journaux ? Ou alors est-ce parce qu’on est beaucoup visité qu’on est de facto sûr d’avoir une meilleure audience et une notoriété ? Cela suffit-il pour dire qu’on est beaucoup lu et acheté ? Pas si sûr. A la vérité, tous ces visiteurs ne sont pas forcément de potentiels clients-lecteurs. Chacun doit donc jouer pleinement sa partition dans le concept de l’autoroute de l’information.

Publié dans Economie

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