L'accord de Ouagadougou

Publié le par Denis-Zodo

L’accord politique de Ouagadougou signé le 04 mars 2007 et sanctionné par un dialogue direct, entre Soro Guillaume, le secrétaire général des forces nouvelles (FN) et SEM, Laurent Gbagbo, le chef de l’Etat ivoirien a propulsé le premier cité à la primature. Il y a environ un an que cet accord, dans un élan de balbutiement semble montrer ses faiblesses évidentes, alors qu’il était perçu comme la panacée à la crise ivoirienne. Pour éviter d’être versé dans le débat contradictoire, une analyse s’impose. Le but final étant de proposer des correctifs et ajustements en vue de le redynamiser. D’abord, il est important de signaler que cet accord politique scrupuleusement imposé aux parties signataires a fait l’objet de viol successif par celles-ci. C’est pourquoi, nombre d’Ivoiriens y voient plutôt un arrangement politique qui s’imposerait exclusivement aux autres. Mais, pour s’en convaincre, on citera le piétinement du processus occasionné par les partisans de Gbagbo, le chef de l’Etat et celui des Forces Nouvelles dans leurs zones. Toute chose qui fait croire que cet accord est un arrangement entre deux parties pour entretenir la crise dans une situation de ni paix ni guerre jusqu’en 2010. De fait, à la pratique, les faiblesses réelles de cet accord sont notables. En effet, les avancées  constatées ne peuvent pas pour autant occulter les défaillances. En dehors des symboles de pacification et la relance des audiences foraines et l’affectation de quelques représentants préfectoraux et municipaux en zone centre nord et ouest, les efforts restent à faire. Les acquis sont  moindres par rapport aux objectifs qu’ils se sont fixés et au temps imparti. Les audiences foraines sont conduites lentement. Le processus de Désarmement Démobilisation et Réinsertion ne trouve pas l’application de son mode opératoire en raison de la co-existence des milices progouvernementales dont le démantèlement s’est mué en une conversion systématique dans l’armée. Résultat : le désarmement des ex-combattants n’avance pas. Le centre de commandement intégré connaît des problèmes  de logistiques. Certes, les éléments armés belligérants se sont retirés de certains fronts stratégiques de combats. Toutefois, la restructuration de l’armée n’est pas très avancée. Quant à la réhabilitation communautaire et l’indemnisation des victimes de guerre, c’est un dossier qui est en souffrance, en raison du manque de financement. A ces difficultés, il faut ajouter les intérêts politiques pesants et les difficultés techniques de leur réalisation. En ce qui concerne, le retard ou l’absence de financement, les causes sont à rechercher du côté des parties prenantes à la crise. Car l’hésitation et le retard de financement accusé de la part des bailleurs de fonds sont justifiés par la récurrence des actions de déstabilisation ou de résistances à l’avancée du processus entraînant du coup sa stagnation dans sa mise en œuvre. Déjà, depuis la signature de cet accord, 78 milliards de francs CFA ont été investis. Alors que, la libre circulation des personnes et des biens n’est pas établie partout, même s’il existe des zones fréquentables. Les problèmes d’infrastructures et d’insécurité demeurent dans certaines zones. Le service civique chargé de former et réinsérer socio professionnellement les jeunes non aptes à intégrer la nouvelle armée, et les déscolarisés n’est pas encore fonctionnel. S’il est vrai, qu’on ne sort pas de la guerre comme on sort d’un dîner gala,il n’en demeure pas moins que beaucoup reste à faire. Toute fois, il est évident qu’il faut faire avancer les choses au risque de perdre les acquis. La tentative d’assassinat de Soro Guillaume, le Premier ministre qui a occasionné la mort de deux ses collaborateurs n’a pas encore livré ses conclusions alors, qu’avant l’enquête l’on avait soutenu connaître les auteurs… L’attentat ayant rendu inapplicable le chronogramme, un séminaire a été initié par Soro en vue de donner un nouveau souffle au compromis politique.  L’accord complémentaire signé fin novembre 2007 est venu fixer de nouvelles dates pour le redéploiement de l’administration au plus tard le 31 janvier 2008 et les élections présidentielles dans un délai de 09 mois. Une fois encore, rien n’a été respecté. Alors que l’opposition soutient être prête pour les élections, elle hésite encore en conditionnant cela à une normalisation intégrale de la situation. De fait, peut-on faire des élections sans désarmement ? Faut-il normaliser la Côte d’Ivoire pour aller aux élections ou aller aux élections pour normaliser la Côte d’Ivoire ? Comme, on est fatigué, on recherche la paix. Entre les réponses à ces questions et le doute de la crédibilité des parties signataires de l’accord de Ouagadougou, existe un pacte de compromission entre Soro et Gbagbo dans la célébration des symboles pour exprimer les avancées notables.

En tout cas, l’accord politique de Ouaga a laissé plus d’un Ivoirien sur sa faim .Nous osons toutefois espérer que les choses évolueront positivement pour le bonheur des Ivoiriens.

Publié dans Politique ivoirienne

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