L’Afrique, nouvelle destination du djihadisme (Acte 1)

Publié le par Denis-Zodo

Des experts et non des moindres, à travers des recherches approfondies soutiennent que sur la majorité des conflits les plus meurtriers et dévastateurs du moment, la plus grande partie se déroule en Afrique. Face à cette situation, les pays africains semblent impuissants. En attendant qu’une première force d’urgence continentale voit le jour, l’ONU tire la sonnette d’alarme.

« L’ambition des groupes terroristes, c’est de conquérir toutes les régions qui pourraient être faciles à conquérir. Donc moi, franchement, je n’élimine pas la possibilité que ces groupes terroristes essaient d’entreprendre des efforts pour des attentats terroristes dans les pays du voisinage du Mali qui est actuellement leur cible privilégiée. » Dixit le représentant de la Minusma au Mali Mongi Hamdi à l’occasion de la conférence de presse annuelle des Nations unies tenue à Abidjan en novembre dernier.

Pour autant, a-t-il insisté sur la nécessité la collaboration entre les différents pays. « Le nord du Mali aujourd’hui est infesté par toutes formes de groupes terroristes (…) Ils sont déterminés, ils vont s’engager plus que jamais pour faire dérailler le processus de paix au Mali. Donc il nous appartient et il appartient aux forces de paix d’accélérer, premièrement, la cadence de la mise en œuvre de l’accord au Mali, mais aussi de coopérer d’une manière beaucoup plus étroite, pour faire face à cette menace qui n’a pas de frontières en fait. » Renchérit le diplomate onusien.

De fait, le constat est qu’il y a un manque de conscience géopolitique sur le continent noir, et pourtant la sécurité devrait être considérée comme un bien public global. En effet, la fragilité des Etats et leur faiblesse en matière de maintien de la paix et de la sécurité, notamment dans le Sahel, sont patentes. Traqués, menacés pour certains d’Algérie, leur principale base, les différents groupes djihadistes qui se sont militarisés ont envahi le Sahel. Les exemples, les plus patents sont ceux des chabab en Somalie ou de l’Organisation de l’Etat islamique (OEI) en Syrie et en Irak.

A côté de ces organisations djhadistes sus-mentionnées, il faut ajouter Boko Haram, la secte nigériane, dont les tentacules sont désormais au Cameroun, au Niger et même en Centrafrique, avec des points de connexion avec l’EI et des groupes qui se réclament d’Al-Qaida. Ces différents groupes prospèrent plus facilement dans les zones, où le pouvoir central a peu de prise, et s’appuient sur des réalités locales, tel le séparatisme touareg dans le nord du Mali ou la guerre civile en Libye par exemple.

Comment opèrent-ils ?

A quelques différences près, la plupart des groupes djhadistes ont presque tous, le même mode de fonctionnement. Prenant racine grâce à des liens familiaux et claniques, s’assurant des réseaux de solidarité et de renseignement, ils s’installent dans l’économie locale, escortant des convois, percevant des droits de péage, participant à des trafics — armes, drogue, cigarettes, otages — pour se financer. Non sans puiser dans le vivier d’une jeunesse pauvre en surnombre, attirée à la fois par cette offre politique d’un nouveau genre et par les soldes attribuées aux combattants du djihad.

Se transformant ainsi en entrepreneurs de la violence aveugle et de masse, parfois en entrepreneurs de l’économie criminelle. Evidemment, cela leur permet de se doter de ressources financières et de capacités militaires souvent supérieures à celles des forces de défense et de sécurité traditionnelles des pays en crise. Nous en voulons pour preuve, le cas d’un groupe armé organisé comme Boko Haram, qui met la main sur des villages entiers, développe une idéologie de conquête des cœurs et des esprits, et offre un cadre de socialisation. Ce groupe, faut-il le rappeler est tout aussi dangereux que tout autre groupe terroriste dans le monde.

Point, n’est besoin de dire que ce mode opératoire est le plus souvent soutenu par une stratégie de conquête, alimentée notamment par certains pays du Golfe, qui véhiculent l’idéologie wahhabite et salafiste, surfant sur la contestation de l’islam confrérique existant dans le Sahel. Pour ainsi, accusent-ils, les Etats de se comporter en vulgaires agents de l’Occident chrétien, ces djihadistes prennent pour prétexte les interventions militaires étrangères et utilisent le Sahel, traditionnelle fracture entre le monde musulman et l’Afrique animiste ou chrétienne, à la fois comme champ d’action idéologique, théâtre d’opérations et zone de repli stratégique.

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